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L'histoire du sèche-linge raté de Whirlpool

Par Adrien Cahuzac - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3243
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Le sèche-linge Green Generation, véritable four pour le site Whirlpool d'Amiens.
Le sèche-linge Green Generation, véritable four pour le site Whirlpool d'Amiens.
© PASCAL SITTLER / REA

  Des « microvariations électroniques » auraient précipité l'arrêt du Green Generation, six mois après son lancement. Les conséquences de ce lourd échec technologique inquiètent les salariés.

Il était attendu comme le Messie par les salariés de l'usine d'Amiens. Le sèche-linge Green Generation de Whirlpool avait été lancé en grande pompe en novembre 2010 pour conquérir l'Europe... et sauver le site picard de la fermeture. Six mois après, c'est la douche froide. La fabrication est définitivement arrêtée en raison de « problèmes techniques », comme nous l'avons révélé en exclusivité le 26 mai sur notre site Usinenouvelle.com. Une décision lourde de conséquences pour le groupe américain. Quatre années de R et D en France et en Allemagne et 20 millions d'euros d'investissement (dont 5 millions pour l'usine) avaient été dégagés pour financer ce projet. Qualifié « d'avancée technologique », il était le premier sèche-linge de classe A à s'affranchir de la technologie de la pompe à chaleur, très onéreuse, utilisée par les concurrents. Quinze brevets ont été déposés pour réaliser cette rupture.

Las ! « Après une série de tests, nous nous sommes rendu compte qu'il y avait une perte de performance énergétique », justifie aujourd'hui Jean-Jacques Blanc, le président de Whirlpool France et vice-président pour l'Europe. Selon le dirigeant, « 10 % des appareils fabriqués n'atteignaient pas les critères de la classe A ». Ce renoncement soudain et sans appel, intervenu quelques semaines après la mutation précipitée du directeur de l'usine, Raphaël Delrue, suscite de nombreuses questions. Comment le numéro un mondial du gros électroménager, fort de 12,9 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2010, a pu arriver à un tel raté ? Et surtout quelles vont être les conséquences pour l'usine et ses 370 salariés ? La direction de Whirlpool reste évasive et refuse de détailler les « problèmes techniques » rencontrés. « Il s'agit d'une succession de microvariations sur plusieurs composants, qui ont entraîné ce déclassement par rapport aux modèles de présérie », concède Jean-Jacques Blanc, sans plus de détails. Des « microvariations », apparemment insolubles ou trop chères à corriger. « Nous avons envisagé plusieurs modifications, mais qui ne donnaient pas satisfaction », poursuit-il.

Des déviances en production 

Selon les syndicats de salariés, la fabrication du sèche-linge était déjà arrêtée depuis un mois quand Whirlpool a officialisé sa décision. Dès le mois de mars, la CFTC pointait dans une note interne « des problèmes de qualité et d'approvisionnement sur certaines pièces ». « Il y avait des problèmes de fuite sur certains appareils », affirme Yannick Dufresnoy, délégué CFTC. Des élus de la CGT parlent, eux, de « déviances possibles sur les consommations des moteurs ou sur les cartes électroniques », en provenance d'Asie. Certains y voient d'ailleurs un lien possible avec les problèmes actuels de l'industrie japonaise, toujours sous le choc des catastrophes en série qui ont frappé l'archipel. Un argument que Whirlpool réfute.

Pour l'heure, les syndicats pointent du doigt « l'incompétence » de la direction et menacent de déclencher un « droit d'alerte » lors du comité d'entreprise du 28 juin. Depuis deux mois, l'usine tourne sans directeur, « tel un bateau à la dérive », pour certains. Beaucoup de salariés voient dans l'exil soudain de Raphaël Delrue dans l'usine suédoise de micro-ondes, une sanction. Il était l'artisan du plan de retour à la compétitivité du site baptisé Optima, qui avait permis d'accueillir le nouveau sèche-linge. En attendant son remplacement qui se fait toujours attendre, les salariés restent inquiets. « On comptait beaucoup sur ce sèche-linge pour sauver l'usine. Nous avions une réelle avance technologique », estime un cadre embarrassé souhaitant garder l'anonymat. De son côté, Whirlpool rappelle que le Green Generation ne constituait que 6 à 10 % des 500 000 appareils produits par l'usine. « Cet arrêt n'entraînera pas de chômage partiel », affirme Jean-Jacques Blanc. Mais l'équipe de nuit prévue pour le mois de juillet ne devrait pas voir le jour. Les 87 salariés du principal sous-traitant, le plasticien amiénois Prima, partagent ces inquiétudes. Quinze presses à injection sur vingt-trois seraient arrêtées depuis trois semaines, selon Eddy de Meulenaere de la CFTC. Sans espoir de relance dans l'immédiat.

L'échec va en tout cas peser sur les comptes et l'image commerciale de Whirlpool en Europe. Un dédommagement de près de 100 euros a été prévu pour les acheteurs du sèche-linge (3 000 en France, 23 000 en Europe). Le groupe a revu aussi ses ambitions à la baisse. Sa volonté de truster, d'ici à deux ans, un tiers du marché européen des sèche-linge (contre moins d'un quart aujourd'hui) n'est plus d'actualité. Pour rattraper les volumes perdus, le groupe entend accélérer le lancement d'un sèche-linge haut de gamme, cette fois à pompe à chaleur, pour la rentrée. Présenté comme ultra-sobre, consommant 40 % de moins qu'un classe A, il sera aussi beaucoup plus cher à produire. Et son prix de vente, attendu à plus de 1 000 euros (contre 750 euros pour le Green Generation), risque de limiter sa diffusion.

Des contrôles aléatoires

Pour déterminer la classe énergétique des appareils, « les fabricants font leurs tests auprès de laboratoires indépendants et déclarent ensuite les résultats, explique Patrick le Dévéhat, le directeur technique du Groupement interprofessionnel des fabricants d'appareils d'équipement ménager (Gifam). Mais la réglementation européenne impose que les États membres s'assurent qu'il n'y a pas de déclarations frauduleuses. » La DGCCRF a le pouvoir de procéder à des contrôles aléatoires. Si la valeur dépasse de 15 % les consommations annoncées, trois nouveaux prélèvements sont effectués. La moyenne des trois valeurs ne doit pas être supérieure à 10 % de celle annoncée. Sinon, le fabricant encourt 1 500 euros d'amende par appareil non conforme...

 


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