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L'heure croate

Par Pierre-Olivier Rouaud - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3268
Pierre-Olivier Rouaud
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L'arrivée proche de la Croatie dans l'Europe a déjà transformé ce pays. Et ouvre un peu plus l'espace économique des Balkans.

La signature s'est faite sans tambour ni trompette à l'occasion de l'un des énièmes "sommets décisifs" destinés à sauver la zone euro. C'est en effet le 9 décembre, lors de ce Conseil où fut décidé un nouveau traité sur la gouvernance économique, que les leaders européens ont acté, à Bruxelles, l'adhésion de la Croatie à l'Union. Quel paradoxe que l'accueil de ce 28e membre le jour même où le Royaume-Uni refusait un nouveau traité ! Mais revenons à la Croatie. Ce 22 janvier, de Dubrovnik, la perle de l'Adriatique, à Zagreb, avec son vieil air austro-hongrois, en passant par Vukovar, de sinistre mémoire, les électeurs se prononceront par référendum sur l'entrée de leur pays dans l'Europe. La victoire du oui fait peu de doute, malgré un recul du sentiment pro-européen.

De fait, les nerfs des 4,2 millions de Croates ont été mis à rude épreuve, avec un processus d'entrée qui demeure à ce jour le plus long : presque dix ans. Echaudée, l'Europe ne voulait pas d'une intégration à la va-vite, façon bulgare ou roumaine. Hormis le sujet des criminels de guerre du conflit de l'ex-Yougoslavie, les points épineux des 35 chapitres de la négociation ont porté sur l'indépendance de la justice, le holà aux aides publiques aux sociétés d'État ou la lutte contre la corruption. La Croatie en est profondément changée même si cette entrée, prévue le 1er juillet 2013, ne résoudra pas par miracle les problèmes de son économie, stagnante depuis le début de la crise. Le pays a pourtant bénéficié d'un afflux d'investissements étrangers : 35 millards d'euros en dix ans, presque l'équivalent de son PIB, avec une forte présence allemande, autrichienne, italienne, ainsi que française (Lactalis, Vinci).

Depuis trois ans le flux s'est tari, la modernisation reste inachevée, le chômage pointe à 17 %. La Croatie qui sera encore en récession en 2012 (- 0,4 %), peine, contrairement à son voisin slovène, à diversifier une économie centrée sur le BTP, l'agroalimentaire et surtout le tourisme. Cet or bleu, fort d'une myriade de 1 200 îles, pèse 20 % du PIB. Zoran Milanovic, le Premier ministre de centre gauche élu fin décembre, a juré de redresser le pays, avec de la rigueur (la dette s'élève à 100 % du PIB) tout en comptant, bien sûr, sur l'afflux des fonds structurels européens : 3,5 milliards d'euros sur deux ans. Mais foin des chiffres. L'adhésion croate comblera surtout un peu ce "trou noir" des Balkans, béant depuis le conflit yougoslave. C'est l'essentiel, même si la tâche est immense pour intégrer les autres candidats : Serbie, Macédoine, Bosnie-Herzégovine ou le Monténégro où l'euro circule déjà. Pour eux, malgré ses maux, l'Europe reste attirante. Tant mieux !

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