L'hécatombe se poursuit dans l'industrie
Par Solène Davesne - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3136En hausse de 20 % au second semestre 2008, le nombre de faillites d'entreprises dans l'industrie devrait rester très important début 2009.
Le fabricant de matelas Cauval (650 millions d'euros de chiffre d'affaires), le groupe de textile DMC (145 millions d'euros) ou l'équipementier automobile Sonas (près de 160 millions d'euros)... La liste est longue. Depuis cet été, les défaillances ont augmenté de près de 20 % dans l'industrie, selon le cabinet d'études Altarès, mettant fin à plusieurs années de baisse. Cette fois-ci, le phénomène a principalement rattrapé les plus grandes entreprises. « Ce sont traditionnellement les TPE qui forment le gros du bataillon des défaillances. Mais depuis quelques mois, on voit arriver de plus en plus d'entreprises de taille importante, assez anciennes et donc bien structurées », confirme Thierry Montéran, avocat au sein du cabinet UGGC. En un an, le nombre d'entreprises de plus de 200 salariés placées en redressement ou en liquidation judiciaire a plus que doublé, passant de 37 à 92 procédures.
« Une situation inquiétante, car cela augmente le risque de défaillances en série », souligne Thierry Million, le responsable des études d'Altarès.
La crise économique et le retournement brutal des marchés depuis septembre ont précipité les difficultés des entreprises. La chute rapide du volume d'activité a augmenté les stocks et asséché les trésoreries parfois déjà sous-tension. Un choc difficile à absorber. Dans l'automobile, où les mesures de chômage technique se sont multipliées en décembre, la mortalité des sous-traitants a bondi de 38 % sur l'année. Mais tous les secteurs sont concernés. Dans le contreplaqué, les Parquets Marty sont en redressement depuis juillet et Plysorol depuis novembre. Mathé a pour sa part cessé son activité.
Après des annulations de commandes à répétition, le constructeur de semi-remorques réfrigérées Lamberet a vu ses stocks augmenter et a dû se placer sous procédure de sauvegarde en octobre, faute de trésorerie.
Le groupe Cheynet et Fils, qui produit des élastiques pour la lingerie, a enregistré 30 % de commandes en moins en avril et mai. « La force de l'euro nous a fait perdre de la compétitivité par rapport à nos concurrents asiatiques et le marché de la lingerie s'est retourné », explique Grégoire Giraud, le PDG de l'entreprise. En équilibre en 2007, avec 71 millions d'euros de chiffre d'affaires, la société s'est placée sous procédure de sauvegarde dès juillet. « Cela nous a permis de restructurer l'entreprise plus rapidement en trouvant des fonds pour financer en partie l'opération. Sans cela, nous aurions déséquilibré les comptes de la société », juge Grégoire Giraud. Sur les six sites de production français, l'effectif devrait passer de 700 à 500 salariés.
Retards d'investissements, mauvais positionnement produit sur le marché, management défaillant... La moindre erreur se paye cher. Pour les entreprises qui traînent des difficultés structurelles depuis plusieurs années, l'équation devient encore plus difficile. « On voit les sociétés sorties de faillites il y a peu revenir au tribunal. Les plans de redressement ont été établis sur un volume d'activité qui n'est plus là », souligne Régis Barbey, administrateur judiciaire à Grenoble. D'autant que les difficultés de financement bancaire ont limité les portes de sortie possibles. En déficit depuis plusieurs années, Tergal Industrie est en redressement depuis cet été, après un premier plan de sauvegarde en 2007. « Nous ne pouvions pas rembourser notre prochaine échéance de créance. Nous perdions 300 000 euros par mois à cause de la hausse du prix des matières premières », explique Alain Escat, le PDG de cette ancienne filiale de Rhône-Poulenc, spécialisée dans la fibre textile et le PET. Sorti également d'un plan de sauvegarde, Setforge L'Horme a, lui, été liquidé en décembre.
Tant que la conjoncture internationale ne s'améliore pas, la casse risque de continuer pour les entreprises. En 2009, le nombre de défaillances pourrait atteindre 63 000, selon Euler-Hermès, contre environ 57 000 en 2008. Les mesures de chômage technique et les arrêts de production de la fin de l'année devraient commencer à se faire sentir à plein dès février sur les trésoreries des entreprises, à cause du décalage engendré par les délais de paiement. « Certaines sociétés ont aussi pu retarder le paiement de leurs charges sociales en décembre et ont gagné ainsi quelques mois de sursis, estime Thierry Montéran. Une partie des conciliations en cours risquent aussi d'aboutir en redressement judiciaire, faute d'accord entre les créanciers. »
Face à des difficultés, les entreprises peinent pourtant toujours à réagir. « On est parfois ébahi de la façon dont les entreprises gèrent leur cash. Les dirigeants n'ont pas toujours une vision claire de l'état de leur trésorerie courante ni prévisionnelle », reconnaît Jean-Paul Beauchamp, le responsable du département restructuration de Grant Thornton.
Réformée par ordonnance début 2009 pour inciter davantage d'entreprises à anticiper leurs difficultés, la procédure de sauvegarde - qui permet de se placer à l'abri de ses créanciers sans dépôt de bilan - ne concerne toujours que 1 % des procédures. « Le texte rend pourtant attractif la prévention. Mais il faut modifier les mentalités. C'est un long processus. Les chefs d'entreprise ont encore tendance à faire l'autruche », affirme Marcel Sengelin, le président du tribunal de commerce de Lyon, responsable du quart des procédures de sauvegarde en France. Les chances de survie sont pourtant supérieures de 50 % pour les entreprises en sauvegarde par rapport à celles en redressement judiciaire. .

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