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L'exception chinoise, clé des discussions au G20

Publié le

par Toni Vorobyova et Gernot Heller

PARIS (Reuters) - La Chine a posé vendredi ses conditions à un accord du G20 sur la mesure des déséquilibres économiques, une position qui complique la tâche de la France pour la première étape de sa présidence à la tête du Groupe.

Christine Lagarde, qui préside la réunion des ministres des Finances et banquiers centraux des 20 pays membres, a néanmoins réaffirmé sa confiance en déclarant que "ça avance bien" à son arrivée au dîner des représentants de ce forum.

Les pays du G20, qui regroupent 85% du produit intérieur but (PIB) mondial, sont censés annoncer samedi un accord au moins partiel sur une liste d'indicateurs permettant d'évaluer les déséquilibres mondiaux dans l'espoir d'y remédier ensuite.

Mais la Chine, régulièrement accusée d'entretenir la sous-évaluation de sa monnaie pour favoriser ses exportateurs, a affirmé vendredi son opposition à la prise en compte des taux de change et des réserves de change parmi ces critères.

Son ministre des Finances, Xie Xuren, a également suggéré de remplacer le critère des comptes courants par celui de la balance commerciale.

Nicolas Sarkozy a appelé le G20 à ne pas limiter ses discussions au choix délicat de ces instruments.

"Je souhaite éviter que vos débats s'enlisent dans des discussions interminables sur ces indicateurs qui nous détourneraient de l'essentiel", a-t-il dit devant les ministres et les gouverneurs des banques centrales.

Il a indiqué en outre que la Chine avait accepté d'organiser fin mars un séminaire sur la réforme du système monétaire international dans le cadre de la présidence française, pour laquelle il espère un programme de travail et de premières mesures concrètes d'ici la fin de l'année.

BONNE VOLONTÉ

Premier exportateur mondial, la République populaire a ravi l'an dernier au Japon le titre de deuxième puissance économique de la planète. Si elle s'emploie à réduire son énorme excédent commercial (plus de 130 milliards d'euros en 2010), elle dispose aussi des premières réserves de change mondiales, estimées à plus de 2.000 milliards d'euros.

"Nous pensons qu'il n'est pas approprié d'utiliser les taux de change réels et les réserves" comme indicateurs des déséquilibres, a dit Xie Xuren lors d'une rencontre avec ses homologues russe, brésilien et indien. "Nous devons substituer la balance commerciale aux comptes courants", a-t-il ajouté.

Selon le commissaire européen aux Affaires économiques, Olli Rehn, la batterie d'indicateurs à retenir doit inclure les comptes courants, le taux de change effectif réel, les réserves de change ainsi que les dettes publique et privée.

"Les comptes courants et le taux de change effectif réel sont essentiels", a-t-il souligné devant des journalistes avant de se dire confiant dans la possibilité d'un accord.

L'Allemagne, présentée régulièrement comme un autre obstacle potentiel à un accord car elle affiche elle aussi un important excédent commercial (154 milliards d'euros l'an dernier), s'est montrée plus conciliante que la Chine.

Berlin ne voit pas d'inconvénient à ce que les cinq ou six critères susceptibles d'être retenus pour mesurer les déséquilibres incluent les comptes courants, a déclaré à Reuters Insider TV son ministre délégué des Finances, Jörg Asmussen.

"LES GERMES DE LA PROCHAINE CRISE"

Pour souligner l'enjeu de la réduction des déséquilibres, le gouverneur de la Banque d'Angleterre, Mervyn King, a choisi un ton plus alarmiste lors d'une conférence en marge de la réunion.

"Les déséquilibres globaux ont aidé à alimenter la crise financière et aujourd'hui ils menacent la soutenabilité de la reprise de la croissance globale", a-t-il dit.

Si des réformes ne sont pas mises en oeuvre, "au mieux il y aura une reprise mondiale faible, au pire les germes de la prochaine crise financière seront présents", a-t-il ajouté.

Dans un rapport qui doit être présenté au G20, le Fonds monétaire international souligne les risques d'une reprise globale à deux vitesses, les pays avancés restant exposés à la menace d'un nouveau ralentissement alors que certains émergents tentent d'éviter une surchauffe.

La Chine a ainsi relevé une nouvelle fois vendredi le ratio de réserves imposé aux principales banques du pays, pour tenter de freiner les flux de crédit et de maîtriser l'inflation, qui a atteint 4,9% sur un an en janvier.

La réduction des déséquilibres est l'une des priorités affichées de Nicolas Sarkozy pour la présidence du G20 avec la réforme du système monétaire international, la réforme de la gouvernance des grandes institutions internationales et la lutte contre la volatilité des prix des matières premières.

Ce dernier dossier semble davantage préoccuper les observateurs alors que plusieurs pays connaissent des poussées inflationnistes nourries par l'envolée des cours de l'énergie et des produits alimentaires de base. Le baril de Brent a dépassé le seuil des 103 dollars vendredi à Londres, au plus haut depuis fin 2008.

Avec Emmanuel Jarry et Yann Le Guernigou, Marc Angrand pour le service français, édité par Yves Clarisse

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