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"L'éviction de Patrick Pélata, une décision avant tout politique"

Par Barbara Leblanc - Publié le
Moteur Renault - Cleon - 2007
© D. R.

  Suite à l’audit rendu public lors du conseil d’administration de Renault le 11 avril, Bernard Jullien, à la tête du Gerpisa, procède à l’analyse de l’éviction de Patrick Pélata et aux changements dans la stratégie du groupe.

Que pensez-vous des décisions prises par le conseil d’administration de Renault le 11 avril ?
La principale reste l’éviction de Patrick Pélata de la tête de la direction générale du groupe. Je pense que cette décision est avant tout politique. Il s’agit de suivre ce qu’avaient déclaré Eric Besson et Christine Lagarde. Patrick Pélata sert donc de fusible d’ajustement, ce qui permet de préserver Carlos Ghosn au sein de l’Alliance. Le président du groupe a réussi à convaincre que sa propre éviction fragiliserait le groupe. Politiquement parlant, cette décision reste curieuse, car d’un point de vue médiatique, personne ne connaît Pélata.

Et au niveau de la stratégie du groupe, elle vous semble plus opportune ?
Je la trouve pour le coup très risquée. Car Patrick Pélata avait les mains dans le cambouis et connaissait tous les dossiers de fond. Et surtout celui du véhicule électrique, qui constitue quand même le virage stratégique du groupe pour les années à venir. Par exemple, il avait en tête toutes les négociations avec Leclerc, EDF, les communes. Et ce, même s’il y avait une organisation derrière. Il y a donc eu un hiatus au sein de la direction du groupe entre ce qu’il fallait faire médiatiquement parlant et ce qu’il fallait pour la stratégie du groupe dans les deux ans à venir.

Le conseil d’administration d’hier a entraîné de nombreux départs. A quelle nouvelle équipe dirigeante peut-on s’attendre ?
Jusque-là, Carlos Ghosn s’est toujours entouré d’équipes qui lui étaient fidèles, conservant peu de collaborateurs de ses prédécesseurs ayant les fondamentaux de l’entreprise en tête. Dans les syndicats, on indique souvent que ce noyau de direction était peu en phase avec le management intermédiaire. Il faut reconstruire cette relation, avec une direction mieux en prise.

Qui imaginez-vous pour remplacer Patrick Pélata par exemple ?
Je n’ai pas de nom précis, mais une personne qui ne doit pas tout à Carlos Ghosn. Comme c’était le cas de Patrick Pélata, qui avait une légitimité car il avait été petite main dans le groupe Renault. Il faudrait quelqu’un comme Jacques Chauvet (actuel leader du Comité de Management de la Région Euromed) par exemple. 

Plus globalement, pensez-vous que le groupe Renault doit procéder à un rééquilibrage au sein de l’Alliance ?
Je pense que Carlos Ghosn a compris les quelques directives implicites de l’Etat. Actuellement, on assiste à une sorte de Yalta entre Renault et Nissan. Le japonais a le beau rôle avec une présence aux États-Unis et en Chine, deux pays où les profits ne sont pas difficiles à réaliser. Dire que Nissan est le leader de l’Alliance est une lecture tronquée, car jusqu’à nouvel ordre, c’est encore Renault qui détient 40% de Nissan et non l’inverse.

Avez-vous des informations sur l’ambiance dans le groupe actuellement ?
Les gens parlent peu, mais d’après les quelques échos que j’ai eu, je pense que les salariés vont être déçus de la décision prise. Ils espéraient en majorité le départ de Ghosn. Pour eux, c’est la mauvaise surprise du mois d’avril.
 
 

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1 réaction

janus | 13/04/2011 - 16H20

Il y a aussi des salariés qui ne voulaient ni le départ de Pélata, ni celui de Carlos Ghosn. Le tandem Ghosn Pelata était un bon tandem.

L'acharnement médiatique pour "réclamer des têtes" est ridicule, cela ne sert pas l'entreprise surtout en ce moment. Cela met Renault dans de beaux draps désormais.

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