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"L'euro a permis d'établir une concurrence de l'innovation"

Par Morgane Remy - Publié le

  L’euro a dix ans, ce 1er janvier 2012. Un triste anniversaire sur fond de crise économique européenne. Une crise de la production provoquée par des pays qui n’ont pas su innover, affirme l’économiste Jean-Louis Levet, pariant sur l’avenir de la zone euro.

L'Usine Nouvelle - L’euro a-t-il été bénéfique à l’industrie européenne ?
Jean-Louis Levet - Il est très difficile de parler d’industrie européenne. Malgré quelques projets en commun comme Galileo ou Airbus, les pays ont abordé différentes stratégies. L’euro a été utilisé comme un moteur de développement par certains pays - ceux du Nord, l’Allemagne et l’Autriche - et pour d’autres, il a été un paravent pour cacher leur propre incurie.

Comment l’euro a aidé les pays du Nord et germaniques alors ?
Depuis plusieurs décennies en Allemagne, depuis les années 1990 dans les pays du Nord, les gouvernements ont parié sur l’économie de la connaissance. Ils ont investi massivement dans l’éducation, la recherche et l’industrie. L’euro leur a évité de s’épuiser en guerre de monnaie. La concurrence s’est axée sur l’innovation, ce qui est beaucoup plus constructif. C’est une stratégie de développement par le haut. L’industrie représente dans ces pays plus de 20% de la valeur ajoutée et apporte au pays un savoir-faire et des postes à compétences.

Et pour les autres ?
L’Espagne, la Grèce et dans une moindre mesure l’Italie (qui a un tissu de PME étoffé), l’euro a agi comme un bouclier protecteur qui leur a permis un modèle de croissance basé sur le surendettement pour compenser un sous-investissement. Ces pays ont trouvé plus facile de se tourner vers les services plutôt que de mettre le paquet sur les infrastructures et la recherche. Leur économie est axée sur des services à faible valeur ajoutée. Le pays importe ce qu’il ne produit pas ou plus et la balance commercial déficitaire est financée par l’endettement. Aujourd’hui, la crise de la dette souveraine relève surtout d’une crise de la production.

La France se situe où entre ces deux pôles de la zone euro ?
La France est à cheval sur les deux. Elle a encore quelques avantages comparatifs dans l’énergie, le ferroviaire… Mais des milliers d’emplois industriels sont détruits et la France se tourne de plus en plus vers les services à faible valeur ajoutée, ce qui explique le creusement dramatique de sa balance commerciale depuis 30 ans. Sur la longue durée, il y a un effondrement de notre commerce extérieur.

Henri Sterdinyak (voir encadré) pense que la fin de l’euro permettrait à la France de regagner en compétitivité-prix. Qu’en pensez-vous ?
Il ne faut pas prendre l’euro comme un bouc émissaire. Il a permis d’éviter la guerre des monnaies où les Etats auraient essayé d’augmenter leur exportation en dévaluant leur devise. Au lieu de ça, aujourd’hui c’est la concurrence par l’innovation qui l’emporte. De plus, la zone euro est un facteur d’attractivité.

Comment la zone euro peut être un facteur d’attractivité ?
Il y a une plus grande circulation des hommes et des produits. L’euro aussi est un facteur d’attractivité. C’est plus simple d’y investir. L’Union européenne attire un tiers des investissements direct étrangers mondiaux. Soit trois fois plus que les Etats-Unis et quatre fois plus que la Chine.

Et pour la compétitivité ?
Il faut faire le choix de l’innovation. La France a fait le choix implicite de la désindustrialisation depuis 20 ans. Dans les années 1980, l’idéologie dominante était de croire au passage d’une société post-industrielle, des cols bleus aux cols blancs. Mais même dans l’industrie, avec l’automatisation, les cols blancs se substituaient aux cols bleus avec une montée en compétence. Dans les années 2000, on croyait au modèle d’entreprises sans usine prôné par Alcatel. Alors nous avons délocalisé massivement.

L’Allemagne aussi délocalise…
Oui mais les pays comme l’Allemagne ou les pays scandinaves n’ont délocalisé que des étapes de la production. Le produit était conçu et assemblé en Allemagne. La délocalisation n’est pas un mal en soi mais il faut conserver la valeur ajouté. En France, nous nous sommes rendu compte de notre erreur en 2004 quand des régions entières étaient touchées par des fermetures d’usines. Puis en 2008, avec la crise, avec l’effondrement des carnets de commandes. Par un raisonnement par l’absurde, le ralentissement de l’activité industrielle a prouvé à quel point elle était indispensable à l’économie.

II faut donc réindustrialiser et non renoncer à l’euro pour sortir de la crise de la dette ?
Oui, il faut aller plus loin que les politiques ne le font déjà en France. Et pour ça il faut l’Europe et la monnaie unique. Nous avons une main d’œuvre qualifiée et un savoir-faire dans tous les domaines d’avenir si nous nous mettons ensemble. Et c’est la seule façon d’avoir une existence face au duopôle Etats-Unis - Chine. Si nous jouons collectif, nous avons une place.

"Les pays du sud de l’Europe se sont désindustrialisés à cause de l’euro"
Pour Henri Sterninyak, économiste à l'OFCE et co-auteur du "Manifeste d’économistes atterrés : crise et dettes en Europe", l’euro serait le coupable et non la victime de la crise de la dette. Et d’expliquer que "les pays du sud de l’Europe se sont désindustrialisés à cause de l’euro". Il s'en explique dans un entretien accordé à L'Usine Nouvelle.


 

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1 réaction

EuropeGarrot | 02/01/2012 - 02H20

Par la faiblesse et l’incompétence de nos dirigeants, la BCE a été construite à l’identique de la Bundesbank. Les conséquences de cette réalité se révèlent aujourd’hui très graves :

Ce sont les allemands qui possèdent l’arme monétaire et ils en usent contre les pays du sud comme ils ont utilisé les chars Tigre naguère, avec la même froideur, la même efficacité.

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