L'ÉTANG DE BERRE NE LÂCHE PAS SON PÉTROLE
Par PAR JEAN-CHRISTOPHE BARLA, CORRESPONDANT EN PACA - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3261La mise sous cocon de la raffinerie de LyondellBasell permet de gagner deux ans sur une perspective de fermeture. Les autres raffineries s'efforcent d'assurer leur pérennité.
Le 31 décembre, la raffinerie LyondellBasell de Berre-l'Étang (Bouches-du-Rhône) cessera ses activités. Après l'annonce de sa fermeture, le 27 septembre, puis le blocage du complexe pétrochimique par les salariés, l'intersyndicale CGT-CFE/CGC-CFDT-FO-CFTC a négocié une mise sous cocon de l'unité jusqu'au 31 décembre 2013. « Une première dont il nous faut définir les modalités de mise en oeuvre », explique Rémi Patron, le délégué CFE/CGC. Cette décision permettrait un redémarrage si les marges de raffinage s'améliorent, si la fermeture altère la rentabilité globale du site pétrochimique ou si un acquéreur se manifeste.
Les discussions portent aussi sur un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) applicable jusqu'en juin 2016 pour les 1 250 salariés du complexe, dont 370 au raffinage. Alors que l'État promeut l'embauche des demandeurs d'emploi de plus de 50 ans, syndicats et direction évoquent des mesures facilitant le départ des salariés âgés de plus de 52 ans. « La confiance dans LyondellBasell pour assurer l'avenir du site est entamée, assure Patrick Sciurca, le délégué CGT. Les candidats ne manqueront pas. » Autour de l'étang de Berre, personne ne croit pourtant à un redémarrage, d'autant plus qu'un grand arrêt coûtant au moins 50 millions d'euros s'imposerait en 2013. Le ministre de l'Industrie a déjà acté la suppression de 350 postes en demandant à LyondellBasell « un programme clair d'investissement permettant d'assurer la pérennité de l'activité et de l'emploi des 900 salariés qui travaillent sur ce site ».
Préserver l'outil
« Cette petite raffinerie apparaissait très vulnérable dans un contexte de surcapacité de raffinage, précise Jean-Louis Schilansky, le président de l'Union française des industries pétrolières (Ufip). On pourrait considérer que son arrêt renforce ses trois voisines. Mais la demande se réduisant, il ne résout rien. » Ce qui n'empêche pas les responsables des autres raffineries de tenter de préserver leur outil. Ineos, à Lavera, effectue le plus gros effort. Grâce à l'entrée dans son capital de PetroChina à hauteur de 50 %, le 1er juillet, elle dépensera 40 millions d'euros dans le remplacement des réacteurs qui font tourner son hydrocraqueur depuis 1972. L'opération se déroulera lors du grand arrêt du printemps 2012. Elle permettra d'accroître la production de gazole et de kérosène, exempts de soufre. « Nous avons même conservé la possibilité d'un dégoulottage, si le marché le permet », explique Jérôme Python, le directeur des services supports. Début 2012, Ineos inaugurera en plus une unité de traitement de soufre. Un investissement de 75 millions d'euros. Elle projette également de substituer à l'horizon 2013-2014 ses chaudières de production de vapeur au fioul par des installations à gaz. Coût de l'opération : 100 millions d'euros.
À La Mède, Total a programmé le grand arrêt de la partie est de sa raffinerie en janvier 2012. Selon son directeur, Antoine Londiche, 53 millions d'euros seront affectés à la maintenance et 15 millions à la sécurité, la fiabilité et l'amélioration des performances énergétiques et environnementales. « L'objectif numéro un reste de garantir l'intégrité de l'outil et de renforcer sa robustesse, tout en réduisant les possibles nuisances. Son acceptabilité par les riverains est un facteur essentiel », souligne Antoine Londiche, confronté par ailleurs à une négociation délicate de son plan de prévention des risques technologiques (PPRT) qui aurait un impact sur près de 900 habitations.
Afin de contourner au début 2012 les zones habitées, Esso remplace à Fos-sur-Mer, pour près de 18 millions d'euros, une canalisation par un pipeline de GPL de 22 kilomètres. « Il est plus important que jamais de démontrer à nos actionnaires que notre raffinerie est fiable et sûre », insiste le directeur, Erik Van Beek. En janvier, elle a consacré plus de 60 millions d'euros à son arrêt pour renforcer sa production de gazole et rester l'une des meilleures raffineries d'Europe par ses performances et sa compétitivité, selon Francis Duseux, le président d'Esso France.
Futur sous conditions
Personne n'osera soutenir que ces trois raffineries perdureront plusieurs années. « Pour les faire vivre, il faut une marge de 20 à 25 euros par tonne, contre 15 euros aujourd'hui », précise Jacques Ripoche, le délégué régional de l'Ufip. L'abandon du projet d'OilTanking-Mediaco d'un dépôt de stockage de produits raffinés a éloigné une menace. La décision de LyondellBasell a, de plus, remobilisé les politiques locaux, inquiets de voir se tarir le « pipe » de leurs ressources fiscales.
L'idée d'une mutualisation d'équipements entre raffineries fait sourire. Certains opérateurs préféreraient que les élus allègent des réglementations. Elles seraient à l'origine, selon l'Ufip, de 600 millions d'euros de surcoûts annuels pour le raffinage national. La stabilité du port de Marseille constitue une autre condition. En 2010, les grèves contre la réforme portuaire auraient coûté 230 millions d'euros. Au grand étonnement des industriels, le mouvement national du 11 octobre n'a pas perturbé les terminaux pétroliers sous la responsabilité de Fluxel (lire ci-dessus). Il faudra cependant patienter pour juger d'une évolution des mentalités...
C'est, en euros, l'impact économique estimé du raffinage dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.
« Fluxel fonctionne mieux que nous le pensions », assure Jean-Louis Schilansky. En mars, le président de l'Union française des industries pétrolières (Ufip) avouait sa déception qu'une filiale à capitaux majoritairement privés n'exploite pas les terminaux pétroliers de Fos et de Lavera. Le Grand Port maritime de Marseille détient 66 % des parts, Ineos 20 %, la Société du pipeline sud-européen 10 % et la Compagnie fluviale de transport 4 %. Fluxel a débuté ses activités le 16 mai. « Nous sommes une PME avec un management de proximité. Cette situation modifie le dialogue social, assure Michel Peronnet, son président. C'est un atout pour conquérir des activités qui compenseront l'arrêt des unités de Reischtett et de Berre. » Fluxel gère 55 millions de tonnes de pétrole brut, soit 64 % du tonnage du port de Marseille.

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