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L’Estonie, le petit pays qui donne des leçons de numérique au monde entier

Ridha Loukil , ,

Publié le

L’Estonie s’impose comme un modèle dans l’exploitation du numérique pour simplifier la vie des citoyens, améliorer l’efficacité politique ou encore doper l’économie. Du monde entier, entrepreneurs et décideurs politiques viennent s’inspirer de ce petit pays balte, devenu l'avant-poste de l’OTAN en cyberdéfense.

L’Estonie, le petit pays qui donne des leçons de numérique au monde entier © e-Estonia

Vous projetez d’endosser le costume d’entrepreneur, l’Estonie vous propose le statut e-Resident. Pas besoin de vous rendre dans le pays balte. Le service est accessible en ligne dans le monde entier. En seulement 18 minutes, vous pouvez créer votre entreprise puis démarrer votre activité. Déclarations fiscales, démarches administratives, opérations bancaires, signature de contrats…Tout cela se fait sur internet de façon sécurisée grâce à l’identité électronique qui vous aura été attribuée par l’Etat estonien. Depuis son lancement en 2015, le service a séduit plus de 20 400 étrangers de 138 pays et enregistré la création de près de 3 300 entreprises.

Presque tout est faisable en ligne

C’est l’un des tout derniers services emblématiques de l’Estonie numérique. Le petit pays balte propose aujourd’hui pas moins de 2500 services internet, dont plus de 500 à destination des citoyens. « Nous pouvons aujourd’hui tout faire en ligne, à l’exception de trois démarches : le mariage, le divorce et l’achat immobilier, affirme Indrek Önnik, chef de projet à l’e-Estonia, le showroom à Tallinn, vitrine de l’Estonie numérique. Nous avons gardé cela pour des raisons à la fois légales et sociales. »

L’Estonie se targue d’être le modèle par excellence d’appropriation du numérique pour simplifier la vie des citoyens, améliorer l’efficacité de l’Etat et doper l’économie. Une position privilégiée qui fait de l’e-Estonia un point d’attraction couru par des journalistes, entrepreneurs, investisseurs, universitaires, diplomates et décideurs politiques. Du monde entier, les visiteurs s’y bousculent pour s’inspirer de l’exemple estonien. Parmi figure Angela Merkel, la chancelière d’Allemagne.

Pivot du système: la carte d'identité électronique

« Nous sommes un petit pays de seulement 1,3 million d’habitants sur une superficie plus étendue que celle de la Belgique, des Pays-Bas ou de la Suisse, explique Indrek Önnik. Vue la faible densité de population et la limite de nos moyens, nous n’avions pas le choix. Nous devions miser sur le numérique pour offrir à moindre coût des services de qualité aux citoyens et entreprises. »

Le coup d’envoi a été donné en 2000 avec la mise en place de la signature électronique, de la déclaration d’impôt en ligne, de l’e-gouvernement et des démarches d’état civil sur internet. La vague du numérique s’est ensuite étendue à la banque, aux transports, à la santé, au vote, aux démarches auprès de la Police ou encore à l’éducation. Un développement rendu possible par l’introduction en 2002 de la carte d’identité électronique, dont la réalisation a été confiée à Gemalto.

Pas besoin de mots de passe

« L’eID sert de carte sésame pour l’accès à tous les services, précise Indrek Önnik. Pour s’identifier, l’utilisateur l’insère dans lecteur de carte à puce de son PC ou de la borne de services et tape son code PIN. Pas besoin d’avoir plusieurs cartes et mots de passe. L’eID sert aussi de carte santé, carte d’électeur, carte de transports, carte de fidélité, etc. C’est une grande simplification des usages. » La carte d’identité s’obtient en deux jours. Et pas besoin de se déplacer jusqu’au poste de Police sauf quand il faut fournir les empreintes digitales.

Le système X-Road d’échange de données créé en 2001 constitue la colonne vertébrale de la  plateforme digitale. « Il évite de demander au citoyen ou à l’entreprise plusieurs fois la même chose, explique Indrek Önnik. Une fois la donnée est créée, elle est partagée de façon sécurisée avec les autres services de l’Etat. Par exemple, quand une naissance est enregistrée au registre d’état civil, l’information est automatiquement communiquée aux services sociaux, de santé, etc. Ainsi, pas besoin d’autres démarches pour que la naissance soit prise en compte par l’ensemble des organismes concernés. »

Economie de 10 000 personnes dans les bureaux de vote

En 2005, une étape importante est franchie avec l’introduction du vote électronique. L’objectif étant d’impliquer les citoyens isolés ou à l’étranger dans la vie politique du pays. Des agents de l’Etat se déplacent dans les zones isolées pour aider les électeurs à s’acquitter de leur devoir civique. Le vote électronique évite de mobiliser 10 000 personnes dans des bureaux de vote physiques. Aux dernières élections législatives en mars 2015, le scrutin s’est effectué à 30,5% par voie électronique.

La cybersécurité constitue un aspect essentiel de la plateforme. Et pour cause : en 2007, l’Estonie a subi la première cyberattaque massive au monde, attribuée à la Russie. Le système a bien résisté. Mais les estoniens ont dû revoir l’infrastructure en l’éclatant sur une multitude de sites, en généralisant sur les liens sensibles le cryptage quantique des données et en faisant appel à la Blockchain pour assurer l'intégrité des données échangées. Une campagne de sensibilisation de la population a été lancée pour développer chez les usagers la culture de la sécurité. Le pays a acquis une telle expérience qu’il a été érigé en poste avancé de l’OTAN en cyberdéfense. Sa petite taille a été un atout dans ce domaine. « Cette démarche nécessite des capacités importantes de traitement supplémentaire, remarque Philippe Trojani, vice-président exécutif en charge des programme gouvernementaux chez Gemalto. Elle est envisageable à l’échelle d’un petit pays comme l’Estonie. Mais pas dans des grands pays comme la France ou l’Allemagne. »

Adoption d'un cloud d'ambassade

L’Estonie n’entend s’en arrêter là. Pour améliorer encore la sécurité, le pays développe un concept inédit d’ambassades cloud. L’idée est de dupliquer les données et fonctions essentielles dans des sites à l’étranger bénéficiant du même statut diplomatique que les ambassades. L’objectif est de réduire les risques en éloignant les serveurs critiques de la frontière avec le grand voisin, la Russie. « Le nombre de sites, qui seront ouverts à l’extérieur du pays, reste confidentiel, affirme Indrek Önnik. L’idée est d’avoir au moins un point de présence par continent. Le premier devrait se concrétiser au Luxembourg en juillet 2017. »

Combien tout cela a coûté à l’Etat estonien ? « Difficile à évaluer, car les sources de financement sont diverses, répond Indrek Önnik. Une partie provient de l’Union européenne. Mais l’investissement reste 40 fois inférieur à ce que la Finlande est en train de faire.» La plateforme numérique fonctionne avec un effectif d’informaticiens de 1000 personnes et un budget annuel de 60 millions d’euros. Un effort qui vaut la chandelle. Rien que dans l’eGouvernement, l’économie atteint 2% du PIB (qui vaut 21 milliards d’euros) et l’utilisation du digital supprime une pile de papier de 300 mètres, équivalente en hauteur à la tour Eiffel. Voilà de quoi inspirer bien des gouvernements dans le monde.

L’Estonie numérique en chiffres

87,9%  des foyers équipés de PC

85% : couverture de la population en haut débit

95%  des déclarations des impôts réalisées en ligne

30,5% des votes effectués par internet

98% des prescriptions médicales faites en ligne

97,9% de la population équipée de carte d’identité électronique

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