L'Espagne de Rajoy mise sur une politique industrielle déterminée
Par Barbara Leblanc - Publié le
Son parti tout juste élu, Mariano Rajoy, le chef de la droite espagnole et nouveau Premier ministre, assure n’avoir qu’un ennemi : la crise économique. Pour le combattre, il entend miser sur l’austérité budgétaire et la relance de l'industrie.
Le Parti populaire a remporté une victoire historique aux élections législatives du 21 novembre en Espagne. Une victoire attendue dans un pays durement frappé par la crise et un chômage à près de 22%.Les lignes directrices du nouveau gouvernement devraient être dévoilées dans les prochains jours. Mais, les propositions du parti populaire sont déjà connues depuis la campagne électorale et via le site du parti. Elles vont dans le sens d'une "politique volontariste et cohérente".
Le nouveau gouvernement aura notamment pour tâche de freiner l’effondrement de l’industrie dans le pays. Alors qu’elle représentait 15% du PIB en 2003, elle s’élevait à 11,6% en 2010. Le secteur a par ailleurs perdu 600 000 emplois durant la crise. "Cette baisse est due non seulement à la crise, mais elle reflète l'absence d'une politique industrielle cohérente, le manque de réformes structurelles, et la rupture de l'unité du marché", précise le programme électoral du parti populaire.
Pour pallier ces difficultés, il suggère donc de "promouvoir une politique industrielle déterminée, avec une orientation internationale au service de la croissance économique et de l'emploi, et contribuer à générer une base industrielle compétitive équilibrée". Un programme qui devrait passer par la mise en place de mesures visant à faciliter l’ouverture vers de nouveaux marchés, à accorder une attention particulière à l’émergence de nouveaux projets dans l’industrie et à soutenir l’entrepreneuriat dans les secteurs à forte valeur ajoutée. Le parti dresse une longue liste des secteurs à soutenir, à l’instar de l'automobile, l’agroalimentaire, les technologies de la santé ou encore la chimie.
Baisse des aides aux énergies renouvelables
La question énergétique, au cœur de l’actualité dans le monde depuis la catastrophe de Fukushima en mars dernier, fait partie des préoccupations du parti. Il entend maintenir l’activité des centrales nucléaires aussi longtemps que l’autorité de régulation les jugera sûres. Une décision différente de celle prise par exemple en Allemagne, qui entend arrêter l’énergie nucléaire d’ici à 2022. Faute de fonds suffisants, l’Espagne devrait aussi diminuer les aides accordées aux énergies renouvelables.
Sur le plan social, le parti évoque la création d’un contrat unique et flexible de travail et la réforme des conventions collectives. Une démarche qui vise pour mettre fin à l’indexation des salaires sur l’inflation. Il veut aussi que les salaires soient négociés par entreprise et non plus par branche. Tout entrepreneur individuel engageant un nouveau salarié pourra bénéficier d’un crédit d’impôt de 3 000 euros. Selon les données officielles, au dernier trimestre, l’Espagne comptait plus de 4 millions de chômeurs.
Objectif de déficit à 4,4% en 2012
En matière fiscale, le parti désire mettre en place un système fiscal juste, permettant des réductions d’impôts sélectives. Une mesure destinée à revitaliser l’économie. Il suggère aussi un système de soutien aux créateurs d’entreprise et aux PME avec des réductions d’impôt et la possibilité de ne payer la TVA qu’une fois les prestations payées.
L’Europe, enfin, prend une place importante dans les propositions du parti. "L'Espagne a besoin d'avoir une présence forte, d’un caractère engagé et décisif en Europe. L'Espagne devrait être sur le pont de l'Union européenne", explique le parti sur son site.
Plus globalement le parti prévoit une baisse des dépenses de 3,8% par rapport à 2011. Il s’engage à respecter l’objectif de déficit fixé à 4,4% pour 2012, en accord avec Bruxelles. "La tâche que nous avons devant nous ne va pas être facile, mais je veux que vous sachiez que je suis convaincu qu'avec l'aide de tous, nous nous en sortirons et l'Espagne sera où nous voulons qu'elle soit, à la tête de l'Europe", a assuré Mariano Rajoy, au soir de la victoire du parti.
La législation espagnole établit un calendrier institutionnel serré. La nouvelle législature commencera le 13 décembre.

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