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L'érosion des effectifs dans la pharmacie risque de s'aggraver

Publié le

par Noëlle Mennella

PARIS (Reuters) - L'industrie pharmaceutique devrait encore perdre des emplois en France en 2012 et 2013 car aux mesures gouvernementales pour maîtriser les dépenses de santé s'ajoute la stratégie des laboratoires pour croître dans les pays émergents, estiment des experts du secteur.

Le Leem, le syndicat des industriels du médicament qui fédère 270 entreprises, jugent que ces pertes d'emplois résultent surtout des mesures de déremboursement de médicaments et des modifications du fonctionnement de la visite médicale.

Dans les deux années à venir, "on sera entre 1.000 et 1.500 emplois industriels supprimés", déclare Christian Lajoux, le président du Leem, qui dirige aussi Sanofi France. Il y a aussi "des risques de suppressions de 1.000 à 1.500 emplois de visiteurs médicaux, assez rapidement", ajoute-t-il.

Les analystes observent de leur côté que les industriels, pour se développer dans des pays comme la Russie ou la Chine, doivent passer par l'implantation d'usines de production locale, quitte à fermer des sites identiques en France.

Les organisations syndicales soulignent quant à elles que les pertes d'emplois touchent aussi bien les visiteurs médicaux, les chercheurs ou les salariés de la production, et elles dénoncent la gourmandise des actionnaires d'un secteur pourtant plus rentable que bien d'autres.

Pfizer a annoncé en septembre la suppression de 225 postes en France, où le groupe américain emploie 1.453 personnes. Et l'allemand Merck cherche un repreneur pour son site d'Eragny-sur-Epte, au nord-ouest de Paris, ce qui menace près de 300 emplois.

Le danois Novo Nordisk s'apprêterait lui aussi à supprimer des emplois en France. De même que le laboratoire Fournier, dont le repreneur, l'américain Abbott, veut réduire les effectifs du siège social établi à Dijon.

Chez Sanofi, le poids lourd français, les organisations syndicales affirment que 4.500 emplois auront été supprimés entre fin 2008 et 2014 du fait de la fermeture ou la vente de huit sites en France.

Ipsen, qui ambitionne de tripler ses forces de ventes en Chine, veut, lui, vendre son usine de Dreux (Eure) et trouver un partenaire pour ses produits de médecine générale en France.

DES DÉLOCALISATIONS ABOUTISSANT À DES RESTRUCTURATIONS

"Les restructurations se sont surtout illustrées par des diminutions sensibles dans les forces de vente de la visite médicale, qui sont passées de 27.000 emplois il y a quatre ans à 18.000 aujourd'hui", indique le président du Leem.

Quatrième contributeur à la balance commerciale française avec un solde positif de plus de sept milliards d'euros, l'industrie pharmaceutique compte 106.000 salariés en France.

Ce chiffre baisse de 2% chaque année depuis deux ans, constate Christian Lajoux, qui prévient : "Aujourd'hui, on est au maximum de ce que l'on pouvait faire en termes de reconversion et d'adaptation sans faire de casse."

Ces pertes d'emplois, selon lui, résultent du déremboursement de certains médicaments, de la transformation de la visite médicale, mais aussi de "l'hyper-médiatisation autour de la dangerosité de certains médicaments, non confirmée par les autorités de santé", ce qui pèse sur les exportations.

Béatrice Muzard, analyste chez Natixis, considère que les restructurations décidées par les groupes pharmaceutiques sont la conséquence de la combinaison des mesures d'austérité en Europe, du redéploiement des forces commerciales dans les pays émergents et de la perte de brevets qui implique une baisse des ventes.

Mais l'analyste observe aussi qu'il y a une forte incitation des gouvernements à avoir des usines de production locale, "comme si c'était un permis d'exploitation".

C'est le cas en Europe de l'Est et en Chine, note-t-elle, où les grands laboratoires sont tentés de délocaliser certaines productions "pour bénéficier de la croissance de ces pays et de coûts de production inférieurs". Ce qui entraîne une restructuration de l'outil industriel.

UN ACCOMPAGNEMENT DE HAUT NIVEAU POUR LES SALARIÉS

Comme d'autres analystes du secteur, Béatrice Muzard s'attend donc à ce que, dans les prochaines années, les efforts de réallocation des efforts de marketing et des sites de production se poursuivent pour accompagner la croissance des groupes pharmaceutiques dans les pays émergents.

Jean-François Chavance, délégué de la fédération CFDT de la pharmacie, premier syndicat du secteur, admet que les pertes d'emplois sont une des conséquences de la 'générification' de grands médicaments. Mais il affirme qu'elles résultent aussi de pressions sur la masse salariale pour maintenir un taux de dividende élevé.

"La courbe s'est inversée à partir de 2007, et nous sommes aujourd'hui dans une phase d'accélération de cette érosion", dit-il en appelant les employeurs du secteur à faire preuve d'une plus grande responsabilité sociale.

C'est aussi le point de vue de Rachid Brihi, un avocat spécialisé dans la défense des salariés dans le cadre de plans sociaux, notamment dans l'industrie pharmaceutique.

"Les laboratoires annoncent dans des plans à horizon 2015-2020 la mise en oeuvre d'une nouvelle forme de promotion médicale qui conduira à diviser par deux ou trois ce qui reste de la force médicale. Les médecins pourront aller sur des sites dédiés avec des liens interactifs pour dialoguer en direct avec une plate-forme située dans les pays émergents", explique-t-il.

Mais l'avocat note aussi que l'industrie pharmaceutique est un des secteurs "où il y a des bastions syndicaux qui permettent de limiter la casse, peut-être pas de contrecarrer les projets de restructuration mais d'avoir des dispositifs d'accompagnement des salariés de haut niveau".

Edité par Dominique Rodriguez

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