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L’éolien, une filière encore embryonnaire en France

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Vergnet
© ABDI/SIPA

  En retard dans le développement de la production d’énergie éolienne, sans champion national pour l’assemblage, la France a bien du mal à mettre en place une filière industrielle. Pourtant, elle abrite un réseau de sous-traitants reconnus.

Ce n’est qu’un début. La France compte plus de 140 sous-traitants travaillant pour le secteur de l’éolien. Il s’agit là d’un premier recensement effectué par le Syndicat des énergies renouvelables (SER) et dont « L’Usine Nouvelle » livre les principales données (consultables aussi sur usinenouvelle.com). Les éléments complets seront présentés par le SER lors de la deuxième édition du Salon international des énergies renouvelables et de la maîtrise de l’énergie, à Paris, du 24 au 26 juin. Du côté des constructeurs, le calcul est rapide : la PME Vergnet est la seule à posséder une usine d’assemblage sur le territoire. Les leaders du secteur sont en effet allemands (Enercon, Siemens, Nordex), danois (Vestas), espagnol (Gamesa) et américain (GE). Pour les sous-traitants, en revanche, la configuration se révèle moins monotone. Parmi ces derniers, beaucoup sont spécialisés dans la maintenance, un domaine porteur, ou les bureaux d’études. Apparaissent également des filiales de grands groupes (Schneider, Alstom, Carbone Lorraine pour le matériel électrique, EADS pour les pales….) et des PME de la métallurgie, de la chaudronnerie et de la mécanique. Opportunistes, celles-ci ont choisi l’éolien pour rebondir au moment où leurs marchés traditionnels s’essoufflent (automobile, aéronautique ...). « La France n’a pas de champion même si elle a un tissu industriel plein de potentiel », souligne Alfonso Faubel, le vice-président du fabricant Alstom Wind.

Des activités trop dispersées

Malgré la présence de ces acteurs dont les compétences sont reconnues mondialement dans la fabrication de certains composants (génératrices, roulements, transformateurs…), le constat est unanime : la France a pris un retard dans la constitution d’une filière industrielle. « Son caractère embryonnaire ainsi que sa dispersion entre différentes activités rendent difficile l’estimation de la production nationale et des exportations », constatait ainsi l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) fin 2008. En effet, si la production d’énergie a pris son essor, il est intervenu avec un décalage de dix ans par rapport à l’Allemagne et de sept ans par rapport à l’Espagne, les deux principaux marchés européens. L’éolien français a en effet décollé à partir de 2002, année au cours de laquelle 52 MW ont été installés (contre 31 en 2001).

Plusieurs raisons expliquent ce retard. La première tient à la prédominance du nucléaire en France. « Les décideurs ont commis une erreur stratégique majeure. Marqués par une monoculture du nucléaire, ils considéraient jusqu’à une date encore récente que les énergies renouvelables étaient un gadget », s’emporte Jean-Philippe Roudil, le délégué général du Syndicat des énergies renouvelables (SER). Nicolas Sarkozy s’est pourtant engagé, le 10 juin dernier, en déclarant que « là où on dépense 1 euro pour le nucléaire, on dépensera 1 euro pour les énergies renouvelables ». Cependant, l’historique est lourd avec des investissements qui ont tardé à venir.

Vergnet, le petit constructeur se déploie dans les îles

Marc Vergnet cherchait une niche. C’est pourquoi il est aujourd’hui à la tête de l’unique constructeur français. Grâce à ses éoliennes de moyenne puissance conçues pour les sites insulaires, cycloniques ou difficiles d’accès (elles se montent sans grue et se replient rapidement au sol en cas de cyclone), la PME a fait du marché du «farwind» sa spécialité. Après s’être lancée dans les DOM-TOM - l’entreprise pose sa première éolienne en Guadeloupe en 1993 -, elle s’est déployée à Cuba, à Madagascar, aux Philippines, en Australie, en Ethiopie et dernièrement au Japon.

« J’ai choisi de faire de l’éolien dans des pays soumis à des vents réguliers et où l’électricité est produite à partir du pétrole. Avec la montée du prix des énergies fossiles, l’éolien est compétitif pour ces pays », explique Marc Vergnet. La société alimente ces marchés depuis son site d’assemblage situé à Orléans (Loiret). Le groupe Vergnet (250 salariés), qui possède également des activités dans l’eau et le photovoltaïque pour les pays en développement, a enregistré un chiffre d’affaires de 21 millions d’euros en 2008, en repli de 12,7 millions. Une année de transition pour le groupe.

Des acquisitions ratées

Les gouvernements successifs ont freiné des quatre fers lorsqu’Areva a voulu s’engager dans cette voie. Le groupe, détenu à 95% par l’Etat, est ainsi passé à côté du rachat du spécialiste danois des turbines Bonus Energy –acquis en 2004 par Siemens– avant de se casser les dents sur le fabricant d’éoliennes Repower, parti grossir les forces de l’indien Suzlon en 2007. Le leader du nucléaire a tout de même fini par s’emparer, fin 2007, de 51% du capital de l’allemand Multibrid, spécialiste des turbines offshore de grande puissance. Et ce n’est qu’en 2007 qu’Alstom s’est lancé sur le marché de l’énergie éolienne avec l’acquisition du fabricant espagnol Ecotècnia. Par ailleurs, très peu de programmes nationaux de recherche consacrés à l’éolien ont été lancés. « En France, l’idée dominante est que les technologies sont matures dans l’éolien et qu’il n’y a plus besoin de recherche. Des pays comme l’Allemagne ou les Etats-Unis pensent le contraire et montent des centres de recherche, par exemple sur les nouveaux matériaux », poursuit Jean-Philippe Roudil du SER. C’est d’autant plus regrettable, selon Marc Vergnet, le patron du groupe éponyme, que « la France était dans les années 1960 le pays le plus avancé dans ce domaine ».

D’autre part, en plus de subir la pénurie de crédits qui retarde les projets de parcs –selon Xerfi, le retour à la croissance pourrait avoir lieu entre 2011 et 2012–, la France affronte la concurrence des pays de l’Est et de la Chine qui accueillent de nouvelles usines. « Les grands fabricants ont choisi de délocaliser une partie de la production pour des raisons de compétitivité et de prix », souligne Philippe Gattet, directeur d’études chez Xerfi. Quelques rares projets seraient pourtant dans les tuyaux. Ainsi, le fabricant allemand Enercon projetterait d’implanter une usine de construction de mâts dans l’Oise. Il refuse pourtant de confirmer l’information à ce jour.Même situation du côté des sous-traitants. « Nous nous focalisons sur la grande qualité et les bas coûts, aussi nous nous fournissons essentiellement en Europe de l’Est et en Chine. L’apport de sous-traitants français n’est pas significatif », affirme Rainer Broering, le directeur de l’activité énergie éolienne en Allemagne pour GE Energy.

Enfin, de l’avis de nombreux acteurs, la vivacité des opposants à l’éolien et la complexité de la législation française expliquent la difficulté de mettre en place un secteur digne de ce nom. « Pour créer une vraie filière industrielle de l’éolien, il faut agir sur la législation », suggère Nicolas Wolf, le PDG de Vestas France. Ce qui dans la bouche des industriels signifie alléger les procédures de construction des parcs. Etudes de faisabilité et d’impact sur l’environnement, procédures d’autorisation… Suite à la mise en place des zones de développement éolien (ZDE) en juillet 2007, quatre années en moyenne sont désormais nécessaires entre la sélection du site et l’alimentation du réseau. Et le futur classement des éoliennes en régime ICPE allégé (installation classée pour la protection de l’environnement) n’est pas pour les rassurer.


Un domaine prometteur : l’éolien en mer

Malgré tout, la France peut encore créer des emplois dans l’éolien. A condition toutefois que ses industriels prennent possession des bonnes niches. Un domaine s’avère aujourd’hui prometteur: l’éolien en mer. Selon l’Agence internationale de l’énergie, le potentiel de production offshore en France pour 2020 est estimé à 30TWh, soit la consommation de 13 millions de Français. « Cette filière sera opérationnelle dans quatre à cinq ans. Il y a une ouverture fabuleuse sur l’offshore : les machines n’existent pas et sont donc à inventer », s’enthousiasme Marc Vergnet. Autre domaine promis à un bel avenir bien que plus expérimental: les éoliennes individuelles destinées aux bâtiments. Dans tous les cas, la France va devoir investir. Pour répondre aux objectifs du Grenelle de l’environnement (23% d’énergies renouvelables dans la consommation totale d’ici à 2020, dont un quart dans l’éolien), 2 000 MW éoliens doivent être installés chaque année. Une gageure quand on sait que seuls 950 MW l’ont été au cours de l’année 2008. Un chiffre qui devrait être du même ordre en 2009.

Camille Chandès et Ludovic Dupin


"L'Europe reste le marché moteur de l'éolien"

Trois questions à Tulsi Tanti, fondateur et PDG de la société indienne Suzlon Energy, troisième fabricant mondial d’éoliennes

Vous êtes présent dans une vingtaine de pays. Quelle place occupe l’Europe et notamment la France dans vos perspectives de développement?
L’Europe est la cible. Pour les vingt prochaines années encore, elle restera le premier marché mondial. Nous y avons une bonne base, notamment depuis l’acquisition de l’allemand Repower, le spécialiste des turbines géantes, et du fabricant belge de transmissions, Hansen. 70%de nos activités sont désormais en dehors de l’Inde.

Pensez-vous procéder à d’autres acquisitions en Europe ?
Non, pas pour l’instant. Repower et Hansen complètent notre offre. Nous avons atteint notre objectif: être complètement intégrés verticalement. Nous offrons l’ensemble de la chaîne: composants, moteurs, installation, service après-vente... Nous vendons même nos composants à nos concurrents!

Depuis l’acquisition de repower, votre part de marché est passée à 13%, faisant de vous le troisième acteur mondial. Quelle est votre ambition ?
Notre objectif ne se fixe pas en termes de parts de marché: l’éolien est un univers qui va continuer de croître, il y a de la place pour tout le monde ! D’autant plus que les besoins énergétiques du monde vont continuer à s’emballer. Il va nous falloir passer d’une production annuelle de 4000 à 40000MW d’ici à 2020. Notre objectif, donc, est de continuer à croître de 20% par an pendant vingt-cinq ans!

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