L'entreprise et la planète
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Le risque est qu’au nom du climat soient augmentées les distorsions de concurrence entre les régions développées et les régions émergentes.
Avec la dernière vague de mondialisation, notre industrie s’est mise à regarder avec angoisse les pays où la main-d’oeuvre est bon marché. Elle accuse encore le coup. Evitons de lui en porter un nouveau en inventant, à Copenhague, les pays où le carbone est moins cher. C’est finalement le seul risque, pour nos entreprises, du sommet qui s’est ouvert lundi : qu’au nom du climat soient augmentées les distorsions de concurrence entre les régions développées et les émergentes. « Les règles ne peuvent pas être les mêmes partout, admet Jean-Pierre Clamadieu, le patron de Rhodia. La Chine, par exemple, n’est pas au même niveau de développement que les Etats-Unis et l’Europe. Mais il faut des règles contraignantes, qui font qu’un industriel n’aura pas intérêt à aller produire dans une région non couverte par ces contraintes. Sinon, on perd sur les deux tableaux. On perd parce que l’activité économique se déplace et on perd parce que les émissions de CO2 ont quand même lieu. » Raisonnement impeccable. L’Europe, rappelle aussi le PDG du géant français de la chimie, s’est déjà engagée à réduire ses émissions de 20% d’ici à 2020 (par rapport à 1990), ce qui n’est pas le cas des économies concurrentes.
Cet accord – qui s’en souvient? – est d’ailleurs tout récent, puisqu’il date de décembre 2008. Montrer l’exemple, afficher sa vertu, c’est bien. C’est encore mieux quand les règles du jeu sont équitables.
Pour le reste, les choses changent en profondeur. L’élan des peuples pour limiter la fièvre planétaire ne peut être sous-estimé. A ce titre, tout ce qui sortira de Copenhague, dans l’immédiat ou un peu plus tard, devra être intégré sans barguigner par les dirigeants d’entreprise. Les chefs d’Etat eux-mêmes, y compris les plus coriaces, n’ont-ils pas, ces derniers jours, ajusté leurs positions pour répondre aux exigences de leurs opinions? Résister ou faire la politique de l’autruche, pour un industriel, ne servirait qu’à perdre du temps, et des parts de marché.
Bien sûr, la « green attitude » est plus facile à adopter par certains que par d’autres. Il est plus facile à Pierre-André de Chalendar, le directeur général de Saint- Gobain, d’applaudir la taxe carbone qu’à son homologue de Total ou de GdF Suez. Tout ce qui renchérit les énergies fossiles renforce en effet Saint-Gobain: le groupe a axé sa stratégie sur les matériaux innovants qui réduisent la note de chauffage de leurs utilisateurs. La France, par exemple, consacre 30% de l’énergie qu’elle consomme à chauffer les habitations! C’est dire si, pour un marchand d’isolants et de panneaux solaires, Copenhague est une aubaine. Pour chacun d’entre nous, ça peut l’être aussi.
Laurent Guez
Directeur de la rédaction de "L'Usine Nouvelle"
1 réaction
YAAC | 10/12/2009 - 08H41
Trés intréssant mais le green washing va commencer à peser sur lemoral des consommateurs. Les politiques se sont engoufrés dans la brèche car ils n'ont pas de solution face aux déficits de nos économies.
Va t'on refiare lam^me erreur que la fausse bonne idée des 35Heures.

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