Dans ces premières semaines, plusieurs sujets énergétiques ont entrainé des désaccords parfois brutaux entre les ministres. A jouer ce jeu, le gouvernement tend à opposer les thèmes économiques et énergétique, alors qu’ils doivent avancer ensemble.
Définir une politique cohérente regroupant économie, redressement productif, énergie et environnement n’est pas si facile. Il suffit de voir les premiers pas du gouvernement sur ces sujets éminemment complexes.
Début juin, les ministres se déchiraient sur un premier sujet. Nicole Bricq, fraichement nommée au ministère de développement durable et de l’énergie et militante écologiste de longue date au sein du PS, décidait de suspendre le permis d’exploration pétrolier au large de la Guyane attribué à Shell. Immédiatement, le premier ministre Jean-Marc Ayrault montait au créneau pour annuler cette décision et remerciait sa ministre en l’envoyant au commerce extérieur.
Mi-juillet, le gouvernement décidait de limiter la hausse des prix du gaz à 2 %, au lieu des 4,1 % demandés par GDF Suez. Immédiatement, le gouvernement s’attirait l’ire des distributeurs de gaz mais aussi du régulateur, la Commission de régulation de l’Energie (CRE). Elle juge qu’"à long terme, les incertitudes pesant sur les tarifs de vente fragilisent la sécurité d'approvisionnement de la France".
A coup sûr, le Conseil d’Etat va juger cette décision illégale et forcer dans les mois à venir le gouvernement à effectuer une hausse rétroactive. La haute magistrature avait déjà pris cette décision alors que le gouvernement Fillon avait gelé les prix fin 2011.
Aujourd’hui, c’est le sujet des gaz de schiste qui fait déraper les ministres. La France a officiellement interdit, depuis le 13 juillet 2011, la fracturation hydraulique en France. Cela signifie que toute exploration et exploitation des gaz de schiste est impossible.
Un gagnant, un perdant
D’un côté, Arnaud Montebourg, le ministre du redressement productif, juge que ce débat doit être sereinement relancé en tenant compte de l’évolution des technologies. Il rapporte ainsi l’avis des énergéticiens, des raffineurs, des chimistes et des métallurgistes...
De l’autre, Delphine Batho, la ministre de l’environnement, estime que rien ne permet d’envisager une exploration sûre à l’avenir et que la fracturation restera interdite en France. Elle se rallie ainsi à l’avis des associations écologistes.
Maintenant que ce conflit est exposé publiquement, il y aura, sans doute dès la rentrée, un gagnant et un perdant : Batho ou Montebourg…. Et à travers ce conflit de personnes, le gouvernement enverra un message : privilégier l’environnement ou l’économie.
Une très mauvaise stratégie alors que le débat sur la transition énergétique, qui doit débuter le 14 septembre avec la grande conférence environnementale, doit justement définir une politique qui englobe ces deux aspects : une politique énergétique acceptable pour l’environnement et la société, tout en étant accueillante pour l’industrie et favorable à l’économie.
En 2011, le gouvernement Fillon avait posé de mauvaises bases sur les gaz des schistes. Un débat rapide et mal renseigné avait entrainé des réactions émotionnelles et irrationnelles. En 2012, le gouvernement Hollande reproduit le même schéma. Il veut trancher la question de cette ressource en ne s’appuyant que sur des dogmes industriels ou écologistes, sans prendre le temps des études scientifiques, sociales et économiques.
De manière complétement inattendue, voire paradoxale, c’est finalement le nucléaire qui se révèle être le sujet le moins polémique. Sur ce thème, la messe est dite. François Hollande, le Président de la république, l’a dit clairement : Fessenheim fermera en 2017, l’EPR de Flamanville sera construit et la part du nucléaire sera ramenée à 50 % en 2025.
Un agenda atomique qui permet à toutes les parties, satisfaites ou non, d’avoir une vision sur le long terme. La seule question non élucidée est celle de la recherche sur le nucléaire de quatrième génération.









