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La bataille pour l'emploi ne se gagnera pas rue de Grenelle à Paris mais sur le terrain, bassin d'emploi par bassin d'emploi, poche de résistance par poche de résistance.
C’est le grand retour de l’un des thèmes préférés de Nicolas Sarkozy. Avec son discours de Toulon version 2011, le président de la République a, une fois de plus, fait la part belle à la valeur Travail. Face à la crise des dettes, il a vanté l'effort comme seule issue possible à la crise de l’endettement qui menace l'Europe. En résumé, on pourrait dire qu’il a tenté de transformer son « Travailler plus pour gagner plus » en un « Travailler plus pour dépenser moins ».
La formule flatte, une fois de plus, les idées de son électorat de droite mais elle n'est pas ou n’est plus adaptée à la réalité du travail dans notre pays. Comme l'affirmait le directeur des ressources humaines d'un grand groupe industriel
français croisé ces jours-ci, la problématique pour les industriels et leurs salariés n'est pas forcément de travailler plus mais de travailler mieux. Et, j'ajouterais, de travailler aussi plus nombreux. Faut-il le rappeler ? Plus de 4 millions de personnes cherchent aujourd'hui à travailler plus en France. Sans succès.
Cet état de fait, le président se refuse à l’accepter. « Sur l'emploi, on n'a pas tout essayé, a-t-il rappelé. Quand on voit monter le chômage on n'a pas le droit de dire qu'on y peut rien, même si tout ne dépend pas de nous. » Si l’on peut saluer sa volonté de lutter de manière systématique contre le fatalisme, on peut regretter en revanche qu’il ne sorte de sa boite à idées qu’une vieille recette, le sommet social, qui a plus brillé jusque-là par son inefficacité que par ses résultats. Trop souvent, dans ce genre de consultations où se croisent les partenaires sociaux, ce sont les petites phrases, les postures idéologiques qui l'emportent sur les solutions pragmatiques et efficaces. Et le fait que le président soit engagé dans une pré-campagne présidentielle ne plaide pas pour que les débats se passent autrement cette fois encore
C’est regrettable. Car sur le front du chômage, si l’on n’a pas tout essayé, on manque cruellement d’idées neuves. Trop souvent, dans les entreprises ou chez les pouvoirs publics, on oublie que le social peut être un territoire d’innovation. Comme le soulignait
Jean-François Dehecq, vice-président de la conférence nationale de l’Industrie lors des Assises de l'Industrie organisées par L'Usine Nouvelle fin octobre, la bataille pour l'emploi ne se gagnera pas rue de Grenelle à Paris mais sur le terrain, bassin d'emploi par bassin d'emploi, poche de résistance par poche de résistance.
Cette guerre -j’avais envie de dire cette guérilla- suppose que Paris lâche un peu de lest au niveau local pour expérimenter de nouvelles manières de travailler à la fois plus flexibles pour l’employeur et plus sécurisantes pour le salarié. En matière d’organisation du travail, nous fonctionnons encore avec des organisations pyramidales inventées au XXème siècle pour piloter des bataillons d’ouvriers et de techniciens. A l’heure d’Internet, il serait temps de les réviser. Le contenu du travail a fortement évolué ces dix dernières années, le cadre dans lequel il s’exerce, en revanche, beaucoup moins.