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L'EMPLOI PESERA LOURD DANS LES URNES

Par T. D. J. - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 2936

L'essoufflement de l'économie et la faiblesse de l'emploi industriel ont permis à John Kerry de revenir dans la course à la présidence. Comme en 2000, l'élection se jouera à un fil.

Dans la dernière ligne droite, ils sont au coude à coude. A une dizaine de jours de l'élection présidentielle américaine, les deux candidats jettent leurs ultimes forces dans la bataille. Selon les estimations publiées à l'heure où nous bouclons ces pages, c'est John Kerry qui pourrait bien sortir victorieux du scrutin du 2 novembre où 130 millions de citoyens doivent désigner 538 grands électeurs. D'après un sondage Gallup du 10 octobre, le démocrate l'em-porterait avec 50 % des intentions de vote contre 48 % à son rival républicain George W. Bush.

A la faveur des trois débats télévisés, le sénateur du Massachusetts a repris l'avantage. Mais il ne doit cette remontée qu'aux mauvais résultats enregistrés par le camp républicain. L'enlisement en Irak, le déficit budgétaire record estimé à 422 milliards de dollars en 2004 et la flambée des prix du pétrole ont largement entamé le capital de Bush. Tout comme les signes de fati- gue d'une économie américaine de plus en plus fragile. Avec un taux de croissance de 3,3 % au deuxième trimestre contre 4,5 % au premier, elle continue certes de progresser mais s'essouffle. Son principal moteur, la consommation, a certes bondi de 1,5 % en septembre, mais l'indice de confiance des consommateurs a atteint son niveau le plus bas en 18 mois à 87,5 points.

Par le biais de l'investissement, les entre-prises ont commencé à prendre le relais des ménages. Après deux années noires en 2001 et 2002, elles leur ont consacré 1 665,8 milliards de dollars sur l'ensemble de l'année, dans le secteur privé. Mais ce niveau risque d'être insuffisant. « Ces inves-tissements ne correspondent qu'à des ajustements de capacités de production », note Alexandra Estiot, économiste chez BNP-Paribas. Décidément frileuses, les entreprises affichent même un niveau de liquidi-tés qui n'a jamais été aussi élevé depuis 1959. Hors secteurs financier et agricole, il culmine à 1 270 milliards de dollars.

Dans un contexte incertain, les industriels se montrent très prudents. « Ils ne veulent plus prendre de risques et s'endetter démesurément », assure Denys Gounot, président de la chambre de commerce franco-américaine d'Atlanta. La crainte ? Qu'ils misent sur de nouveaux sites dans les pays en forte croissance et à faible coût de main d'oeuvre, comme la Chine ou l'Inde. « Ce serait catastrophique. Le moteur de l'économie américaine a toujours été et restera l'industrie. Sans investissement dans ce secteur, le pays risque de s'essouffler », affirme le Français.

Cette fragilité de la reprise se traduit dans les chiffres de l'emploi. En septembre, seulement 96 000 postes ont été créés quand les analystes en attendaient 145 000 ! Et si cela porte à 1,8 million le nombre d'emplois créés depuis août 2003, c'est insuffisant pour compenser les pertes enregistrées depuis le début de la mandature Bush. Ainsi, dans l'industrie, les 211 000 postes créés depuis un peu plus d'un an ne pèsent pas lourd par rapport aux 2,7 millions détruits depuis 2001. La principale cause de ce recul ? Les délocalisations, accuse-t-on dans le Nord des Etats-Unis où les industries manufacturières sont touchées de plein fouet. Dans le Sud, ce sont plutôt les gains de productivité réalisés ces dernières années qui sont mis en avant. « Grâce à l'arrivée des nouvelles technologies, les entreprises ont réussi à économiser des postes », affirme Jan Youtie, chercheur au sein de l'Institut de développement éco- nomique de l'université Georgia Tech à Atlanta. « Nous sommes devenus plus efficaces », confirme Larry Jones, porte-parole de la Texas Workforce Commission à Austin. Les seize Etats du Sud ont d'ailleurs mieux résisté (lire notre enquête pages suivantes). Grâce à un coût du travail très compétitif, des politiques publiques volontaires faisant la part belle à la formation et des pôles de recherche dynamiques, la région a créé près de 270 000 emplois depuis janvier. Là où le Midwest en affiche péniblement 250 000 et le Nord-Est 124 000. Des résultats médiocres que John Kerry tente d'exploiter pour rallier les indécis.

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