"L’emploi industriel est le premier touché lors de retournements conjoncturels"
Par Barbara Leblanc - Publié le
ENTRETIEN Avec une progression du nombre de demandeurs d’emplois de 1,1% en novembre, la France enregistre un nouveau record, le plus haut depuis 1999. Marion Cochard, économiste Prévision et Analyse à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) revient pour L’Usine Nouvelle sur les tendances du marché de l’emploi.
L'Usine Nouvelle - Les chiffres du chômage atteignent un nouveau record en novembre, avec le plus haut taux depuis 12 ans. Quelles sont les causes de cette aggravation ?
Marion Cochard - La plupart des économistes s’attendaient à pareille nouvelle. La croissance se retourne, on se dirige vers un très mauvais 4ème trimestre, et tous les analystes s’accordent pour dire que 2012 sera une année de récession. A l’OFCE, nous tablons sur un recul de la croissance de 0,2%. Avec une croissance qui plonge et des perspectives basses, les entreprises arrêtent d’investir. Le discours se veut donc sur le plan économique plus pessimiste qu’il y a encore quelques semaines. Et l’emploi est alors le premier touché. Et ce, d’autant plus que la crise de 2008 n’est pas digérée.
Vous pensez que la situation actuelle est la continuité de la crise de 2008 ?
Oui. C’est toujours la même crise. Les entreprises ont enregistré de fortes baisses des carnets de commande, leur productivité s’est effondrée, et leurs marges n’ont toujours pas retrouvé leurs niveaux d’avant 2008. La situation actuelle vient donc affaiblir des acteurs économiques qui étaient déjà affectés. La deuxième phase de la crise est donc plus dure. Le marché du travail notamment se retourne plus rapidement, car les entreprises sont dans l’impossibilité d’amortir.
Et pour 2012, sur quel taux de chômage tablez vous ?
Nous prévoyons en France trois millions de chômeurs à la fin de 2012. Soit un taux de 10, 7%. Proche de celui de 1997, qui était de 10,8%. On voit vraiment une forte dégradation de l’emploi.
Quel sera l’impact sur les emplois industriels ?
L’industrie est toujours très massivement touchée lors des retournements conjoncturels. L'emploi industriel est le plus affecté, car les investissements sont grippés et les consommateurs stoppent leurs achats de biens industriels, comme les automobiles.
A cela s’ajoute actuellement une évolution des taux de marge très négative. Ils atteignent des plus bas historiques, même s’ils se sont un peu repris. L’industrie n’aura très clairement pas les moyens d’amortir le choc. Donc si le choc se confirme, qu’une récession est réelle en 2012, ces entreprises industrielles ne pourront pas faire face.
Que peut-on attendre du sommet social de janvier ?
Les partenaires sociaux devraient évoquer les mesures à prendre pour tenter d’atténuer l’impact sur le travail. Il sera question d’indemnisation du chômage et notamment du chômage de longue durée, qui est très élevé. La question de la fin de droits devrait revenir dans le débat. On entend aussi beaucoup parler du chômage partiel, comme en Allemagne. Mais cette mesure ne peut être que transitoire, car elle se traduit si la situation économique ne s’améliore pas par des licenciements.
Mais de toute manière, il y aura seulement quelques décisions qui seront effectivement appliquées. Car une politique de l’emploi coûte chère, et qu’elle doit rester une politique de croissance. Dans le contexte actuel, il est impossible de mener une politique de l’emploi de grande ampleur.
Un contexte marqué par la crise de la dette ?
Ce n’est pas la faute de la crise de la dette européenne à proprement parler, mais plutôt de ses conséquences, notamment dans les décisions prises. On a pu croire que les gouvernements n’allaient pas prendre de plans de restriction budgétaire, ou allaient au moins les alléger en Europe. Mais avec la crise de la dette, la plupart des pays, dont les principaux partenaires économiques de la France, ont persisté dans cette voie qui n’est pas la bonne d’après moi.
Pourquoi ?
Je pense que les gouvernements cassent la croissance. Les plans de restriction budgétaire ont été mis en place trop tôt. On aurait du attendre une année que la croissance reparte. En 2010, la reprise avait été assez spontanée. Là, on tue dans l’œuf la reprise spontanée. Il faudrait penser autrement, avec une autre politique de croissance, et attendre que l’économie se soit consolidée.

dans la même rubrique
26/05/2012 La sémantique de l'industrie26/05/2012 L'impression 3D détournée par l'artiste Neri Oxman
26/05/2012 "Je suis fasciné par les technologies sans fil"












