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L'emballage,service compris

Par Patrick Déniel - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3076

De plus en plus, les fabricants de machines proposent des solutions complètes de conditionnement à des clients qui se recentrent sur leurs compétences. Des prestations de service qui permettent de se démarquer et de doper leurs marges.

L'usine ouest du centre d'embouteillage Nestlé Waters, dans les Vosges. A plein régime, la plus récente des sept lignes d'embouteillage, révisée en 2005, conditionne plus de 35 000 bouteilles de 1,5 litre de Vittel à l'heure. « L'allemand Krones est venu faire un audit de la ligne existante, raconte Philippe Deschaseaux, superviseur. Il a réinstallé une ligne complète en conservant le matériel qu'il était possible de garder, y compris celui de sociétés concurrentes, et nous assure une garantie sur l'ensemble. »

l'intégration, Une tendance de fond

Depuis quelques années, les opérateurs de l'emballage ne sont plus seulement des fournisseurs de consommables, des constructeurs de machines ou des designers, mais un peu tout à la fois. Le modèle Tetra Pak a fait des émules. Face à des clients qui se concentrent sur leur métier de base, ils cherchent désormais à proposer des solutions complètes intégrant, outre la matière première (film, carton, préformes), le design, la machine de conditionnement du produit dans l'emballage primaire, mais aussi celles réalisant les contenants secondaires ou tertiaires, l'étiquetage, et parfois même la palettisation.

Avec la flexibilité des matériels, c'est l'une des tendances de fond du secteur. Ainsi, une étude réalisée par le salon Europack-Euromanut, qui se déroule du 13 au 16 novembre à Lyon, note le remplacement de plus en plus fréquent de lignes séparées de remplissage et de fermeture des emballages primaires par des machines combinées. C'est le secteur alimentaire (70 % du marché de l'emballage), et notamment celui des boissons, qui a initié le mouvement il y a une dizaine d'années, avec des machines réalisant conjointement le soufflage et le remplissage des bouteilles. La tendance s'étend dans tous les secteurs et sur l'ensemble des lignes de conditionnement, comme en atteste l'exemple de Meadwestvaco, qui développe une machine capable de réaliser à la fois les opérations d'emballage secondaire et tertiaire (lire ci-dessous).

« La tendance à l'intégration est marquée tant chez les petits que chez les gros industriels, même si elle occasionne un surcoût », explique Guy Van Acker, directeur de la filiale française d'Automated Packaging Systems, spécialiste de l'ensachage sur les petites et moyennes séries. Pour le client, l'avantage de la solution complète est indéniable. « C'est beaucoup plus confortable de n'avoir qu'un seul interlocuteur, confirme Philippe Deschaseaux, de Nestlé. Il n'y a plus de problèmes de responsabilité. Avant, les fournisseurs se renvoyaient la balle sur les incidents - fréquents - à l'intersection entre deux machines. » Le revers de la médaille, c'est d'être pieds et poings liés avec un fournisseur en position de force, et de ne pas pouvoir bénéficier des avancées technologiques de la concurrence.

Le moyen de sécuriser ses marchés

Avec des machines de plus en plus complexes, la composante « service » se renforce. « Il y a un vrai besoin d'une présence sur le terrain, notamment sur les produits périssables, explique Peter Friis Mortensen, le directeur général de la filiale française d'Ishida, leader mondial des machines de pesée associative, très développée dans l'agroalimentaire (snacks, céréales, pâtes...). Sans compter que certains industriels ont un turn-over très important et des problèmes de compétences en matière de maintenance. » D'autres s'en désengagent tout simplement pour des raisons d'économies. Ainsi, selon les chiffres du Scipag-Embalco, le principal syndicat de la filière en France, les services (pièces détachées, réparation, entretien et maintenance), représentent 20 % du marché français en valeur.

Le service est un moyen de se démarquer de la concurrence et de sécuriser ses marchés. C'est le cas du cartonnier Otor qui, outre les activités sur la matière première et la fabrication de machines, a développé une activité de logiciels. « Avant, le client venait nous voir avec une idée précise de caisse. Aujourd'hui, nous devons lui faire sept ou huit propositions d'emballages pour un même produit », confirme Gérard Matthieu, le directeur marketing et développement. Les logiciels développés par Otor lui permettent d'étudier pour ses clients les performances techniques de ses cartons, d'optimiser les emballages (taille et épaisseur) et de mener des analyses complètes de la valeur sur la totalité de la ligne de conditionnement. « Ces prestations non facturées sont des outils d'aide à la décision », explique Gérard Matthieu. Dernier outil en date, un logiciel conçu pour les solutions d'emballages de prêt-à-vendre, beaucoup plus complexes dans leur élaboration qu'une simple caisse américaine.

Pour certains fabricants européens ou américains, les services associés deviennent une activité indispensable : les marges y sont bien meilleures que sur la vente de machines, où ils doivent faire face à une nouvelle concurrence venue de Chine ou d'Inde. C'est le cas de Sidel et de son nouveau système d'intervention à distance, baptisé REAL (Remote Expert Assistance for Lines), basé sur le principe de « l'augmented reality ». Elle permet à un technicien de Sidel de faire à distance de l'assistance technique, de la maintenance ou de la formation à un opérateur sur la ligne, muni d'un équipement portatif (casque, viseur, micro, caméra, unité centrale).

Des français en retard

Cette tendance à l'intégration bouleverse le métier du packaging. Elle force les opérateurs à travailler davantage sur la compatibilité de leurs outils avec ceux de leurs concurrents. « La connaissance de l'offre des autres opérateurs devient fondamentale, notamment pour nos technico-commerciaux quand ils visitent des prospects », avoue Guy Van Acker, d'Automated Packaging Systems. Les opérateurs sont également obligés d'élargir leur champ de compétences et leurs gammes de produits. Ainsi, Ishida a développé depuis quelques années des gammes d'ensacheuses et d'operculeuses. « Nous lançons également en France une gamme de détecteurs à rayons X, et, d'ici à la fin de l'année, nous aurons aussi des encaisseuses », poursuit Peter Friis Mortensen. Le groupe vient de passer un accord commercial avec Multivac, le leader mondial du thermoformage. Cette alliance leur permettra de proposer conjointement leurs produits, souvent associés sur les lignes.

Les accords de coopération commerciale et les acquisitions stratégiques se multiplient. Ils semblent particulièrement nécessaires pour les opérateurs français. « Peu d'entre eux sont armés pour proposer des solutions complètes. Ils sont plus petits que leurs concurrents européens et ont beaucoup de mal à intégrer les fonctions d'ingénierie nécessaires pour faire face à cette tendance », juge Jean-Marc Doré, le président du Geppia, un groupement qui tente de mettre les opérateurs du secteur en relation (achats, frais généraux, recherche de financements, constitution de GIE autour de projets de lignes).

Dans l'agroalimentaire, la solution passera peut-être demain par les grands ensembliers. Des spécialistes du process clé en mains, comme Boccard, pourraient en effet pousser leur expertise à l'ingénierie des lignes de conditionnement. Et prendre en charge l'ensemble de la production, de l'arrivée des matières premières jusqu'au quai d'expédition. .

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