"L'économie doit être connue et soutenue"
Par PROPOS RECUEILLIS PAR OLIVIER JAY ET CATHERINE MOAL - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3018Après une année riche en actions gouvernementales, François Loos répond à « L'Usine Nouvelle » sur l'évolution de notre industrie, le rôle des pôles de compétitivité et de l'Agence de l'innovation, la politique européenne et la place des régions.
L'Usine NouvellDans quelle situation voyez-vous l'industrie française aujourd'hui ? Les pôles de compétitivité constituent-ils la meilleure réponse pour faire face à la redistribution mondiale des marchés ? La situation dans l'automobile inquiète beaucoup d'acteurs du développement local. Que leur répondez-vous ?
La France reste un pays très industriel, la part de l'industrie dans les emplois (20 %) demeure importante. L'industrie représente également 80 % de la R & D privée en France, ce qui montre son effet d'entraînement sur l'économie. Toutefois, tous les secteurs font face à des mutations importantes, technologiques et liées à la concurrence internationale. C'est pourquoi le gouvernement a créé un Pôle interministériel de prospective et d'anticipation des mutations économiques qui effectue un travail de prospective par secteur [lire page 52]. Globalement, quelques enjeux communs se dessinent : innover davantage car la France doit faire mieux que 1,4 % de R & D privée en part du PIB ; étoffer notre tissu de grosses PME et faire grandir nos entreprises (nous avons moins d'entreprises médianes que l'Allemagne par exemple), en renforçant le bilan de nos PME pour qu'elles puissent innover et exporter. Le rapport récent du Conseil d'analyse économique l'a encore rappelé.
Les pôles de compétitivité permettent d'apporter deux réponses à cette problématique : d'abord, renforcer la compétitivité de nos entreprises en différenciant leur production de celle de leurs concurrents mondiaux. Pour cela, il faut qu'elles innovent. C'est ce que visent les pôles de compétitivité d'une façon très puissante, car ils leur permettent de s'appuyer sur l'excellence de la recherche publique. Ensuite, enraciner l'emploi dans les régions, en renforçant les liens entre les grandes entreprises et leurs sous-traitants, et le rôle de la technologie dans ces relations.
Le tissu des entreprises sous-traitantes doit se renforcer. Pour ne pas vivre dans la dépendance du donneur d'ordres principal, il faut travailler sur la R & D et sur le financement des PME-PMI. De ce point de vue, le problème des délais de paiement est réel. La pratique française est décalée par rapport aux meilleurs standards internationaux. Le poids des créances clients dans le bilan des entreprises représente 25 %, contre 10 % en Allemagne. Cette situation, problématique, réduit les capacités d'emprunt des PME.
Pour les aider, nous venons de signer avec les constructeurs et les équipementiers un Code de bonnes pratiques, qui comprend plusieurs avancées significatives. Il généralise le principe d'acomptes pour le paiement des outillages ; il rend systématique les pénalités de retard lorsque le délai contractuel n'est pas tenu, et il engage à délivrer systématiquement un moyen de paiement mobilisable pour que l'entreprise puisse se refinancer. Sur ce dernier point, nous expérimenterons pendant dix-huit mois un nouveau produit financier adapté aux besoins des PME, appelé « Avance plus ». Il donne la possibilité de mobiliser directement auprès d'Oséo-BDPME des créances sur des donneurs d'ordres privés, sur le principe de subsidiarité avec le secteur bancaire. Sur les délais de paiement, nous continuons à travailler. J'ai d'ailleurs demandé à Martial Saddier, député de Haute-Savoie, de poursuivre la concertation.
Quels autres outils avez-vous mis en place pour relancer la croissance économique française ?
Si l'on se concentre sur les interlocuteurs des entreprises, l'Agence de l'innovation industrielle (AII) fait émerger de grands projets mobilisateurs d'innovation industrielle par sa participation à leur financement. Ensuite, Oséo offre des solutions de financement à destination des PME (de la garantie de concours bancaires aux aides à l'innovation). Enfin, pour les entreprises qui ont une activité de recherche, il y a l'Agence nationale de la recherche (ANR).
Vos actions sont-elles menées en collaboration avec ce que font vos homologues européens ? En quoi la France se démarque-t-elle ? Il reste que la dynamique et l'étendue de la politique française au cours de ces derniers mois nous distinguent. Vous avez noté que l'AII a déjà sélectionné 7 projets, dont 2 franco-allemands. Le gouvernement italien est également intéressé par cette approche et souhaite participer aux projets de l'AII. Au demeurant, je suis persuadé que nous avons à gagner à coordonner nos actions et je pousse à la coopération internationale des pôles de compétitivité : j'ai ainsi emmené les pôles automobiles à Stuttgart, j'ai programmé un déplacement des pôles biotech au Royaume-Uni.. L'initiative intergouvernementale Eurêka, se fonde sur le même constat : il faut innover davantage, coopérer entre entreprises européennes . Comme pour les pôles ou l'AII, une approche bottom-up a été retenue, pour conserver le maximum de souplesse.
La problématique de la concurrence mondiale se pose à peu près dans les mêmes termes pour les pays européens. D'ailleurs, la plupart d'entre eux développent une politique plus ou moins comparable pour faire de l'économie européenne une économie plus compétitive et davantage ancrée dans la connaissance. C'est le sens de la stratégie de Lisbonne. Le 7e Programme cadre recherche et développement technologique (2007-2013) est fortement doté et y contribuera, son budget s'ajoutera aux fonds structurels. Nous sommes également favorables à un Institut européen de Technologie. Nous y travaillons avec la Commission.
Mon département ministériel, qui assure avec celui de mon ami François Goulard (Enseignement supérieur et Recherche), la coprésidence du dispositif en France, finance en particulier les « clusters » Eurêka. Je suis d'ailleurs tellement convaincu de la validité de ce concept, que je souhaite que les fonds européens (soit une partie du 7e PCRD) participent à leur financement.
L'atout français réside dans une recherche publique forte et dans des grands groupes français bien positionnés au niveau international. Nous ne manquons pas non plus de jeunes entreprises innovantes. Cependant, notre faiblesse se trouve dans le trop petit nombre d'entreprises qui font un effort d'innovation et de R & D, notamment parmi les entreprises moyennes.
La France s'est vu attribuer 12,7 milliards d'euros sur l'enveloppe 2007-2013 des Fonds structurels européens (- 25 %). Le taux de population éligible est tombé à 15,5 %, en baisse de 55 %... Comment optimiser la répartition régionale d'une telle somme ?
Il faut distinguer deux sujets qui sont liés. D'une part, l'enveloppe de crédits européens dont la France va bénéficier pour 2007-2013 est certes en baisse, mais elle est destinée à quelques priorités recentrées sur l'emploi, la compétitivité, le développement durable et la cohésion sociale. Dans ce nouveau périmètre d'intervention, mieux ciblé, les moyens disponibles pour chacune de ces priorités sont donc plutôt en hausse.
D'autre part, il y a la population éligible pour les aides à finalité régionale, qui ne sont qu'un type d'aide possible, et celle relative au financement des investissements dans les grandes entreprises. La répartition des 9 millions d'habitants éligibles à ces aides est en cours de négociation à Bruxelles : elle repose sur des critères régionaux d'emploi, de richesse et de niveau de qualification des habitants. Pour le financement des investissements des PME, c'est bien l'ensemble du pays qui est éligible. D'autres régimes d'aides existent : recherche et développement, formation professionnelle.
Estimez-vous que le pouvoir des régions en terme de développement économique est suffisant ?
Le rôle des régions est essentiel, notamment dans l'élaboration d'un Schéma régional de développement économique (SRDE). C'est le bon niveau d'intervention pour soutenir les entreprises, les conduire à coopérer entre elles, et les rapprocher des acteurs du développement et de la compétitivité : laboratoires, centres de formation, universités, collectivités publiques. La situation actuelle n'est pas caractérisée par une centralisation, mais par une très grande multiplication des acteurs, des procédures et des centres de décisions.
Que pensez-vous d'initiatives - les états généraux de l'industrie bretonne, Lorexpo... - lancées par certaines régions ?
Les questions économiques ont été trop longtemps négligées. L'économie et le marketing doivent être connus et soutenus. Notre prospérité et notre cohésion sociale en dépendent. Nous l'avons fait avec les pôles de compétitivité, cette action doit être prolongée sur l'ensemble du territoire en zone urbaine, comme en zone rurale, selon les formes adaptées à chacun. D'ailleurs, j'ai l'intention de participer et de soutenir certaines de ces initiatives régionales. Je conclurai par exemple la journée de l'industrie en Auvergne, le 28 septembre.

dans la même rubrique
26/05/2012 La sémantique de l'industrie26/05/2012 L'impression 3D détournée par l'artiste Neri Oxman
26/05/2012 "Je suis fasciné par les technologies sans fil"












