L'AUTOROUTE DE LA RELANCE
Par DE NOTRE CORRESPONDANT EN CHAMPAGNE-ARDENNE, PASCAL AMBROSI - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3242
© MONIQUE DUPONT-SAGRIN
Avec l'ouverture d'un tronçon autoroutier d'ici à 2015, le département disposera d'un outil capable d'accueillir des activités logistiques de stockage et de conserver ses entreprises centrées sur le travail des métaux.
Attendu depuis 2007, date de sa déclaration d'utilité publique, le tronçon gratuit de l'A 304 reliant Rocroi à Charleville-Mézières devrait ouvrir d'ici à 2015. Ces 37 kilomètres boucleront la liaison autoroutière entre le « ring » de Charleroi en Belgique et l'A 4 à l'est de Reims (Marne). Ce sera alors la fin de l'enclavement dont souffrent les Ardennes. Le département s'ouvrira vers l'Europe du Nord et de l'Est, via les réseaux autoroutiers belge et allemand. Le conseil général, qui s'est longtemps plaint du peu d'intérêt de l'État pour les difficultés de ce département frontalier, n'a pas eu d'autre choix que de mettre la main à la poche, en apportant 60 millions sur les 330 millions que coûtera le chantier.
L'A 304 mettra Bruxelles et Anvers à moins de 2 heures de Charleville-Mézières et Charleroi à environ 2 heures de Reims. Les Ardennes se situeront alors au coeur d'un marché de près de 250 millions d'habitants. « Nous souhaitons mettre à profit ce nouvel outil pour capter une partie du transit Nord-Sud, qui trouvera ainsi une voie de délestage à ses axes habituels saturés. Nous voulons accueillir sur notre territoire des activités logistiques de stockage, afin de générer de la valeur ajoutée », souligne Jean-Claude Savoy, le directeur général de la chambre de commerce et d'industrie des Ardennes. Le port de Givet, modernisé en 2008, peut déjà recevoir des barges au gabarit européen.
La plus grande zone franche de France
Jean-Claude Savoy insiste sur l'attractivité du département, qui dispose d'importantes réserves foncières aménagées. La quasi-totalité du territoire est également éligible au dispositif d'exonérations fiscales et sociales dans le cadre d'un bassin d'emploi à redynamiser. Ce qui fait des Ardennes la plus grande zone franche de France. Entré en application en janvier 2007, ce dispositif devait s'appliquer jusqu'au 31 décembre 2011. Depuis, il a été prorogé de deux ans, à la suite de la visite de Nicolas Sarkozy à Charleville-Mézières en avril. Une extension destinée à atténuer les annonces de fermetures d'Ideal Standart (148 emplois) à Revin et de Delphi (290 salariés) à Donchery.
Cette disposition a contribué à l'implantation sur le port de Givet de la société Aerofleet, spécialisée dans le travail des matériaux composites pour l'automobile et l'aéronautique. « Nous cherchions un plan d'eau pour tester nos catamarans. L'accueil des responsables économiques et politiques nous a convaincus », explique Raphaël van Vlodorp, le dirigeant de cette société belge implantée près de Liège, qui se diversifie dans la construction navale et de piscines.
Le travail des métaux, principalement de la fonte, reste le secteur le plus important de l'économie ardennaise, avec la sous-traitance automobile. PSA exploite sa plus grande fonderie (2 200 salariés) à Charleville-Mézières. Crée en 1927, l'entreprise familiale La Fonte ardennaise, à Vivier-au-Court (780 salariés, 74 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2009) fait, elle, partie des plus performantes d'Europe. Autre fleuron départemental, Invicta (280 salariés), fondeur et émailleur, est implanté depuis 1924 à Donchery. Son savoir-faire s'étend dans des secteurs aussi différents que le chauffage au bois, le barbecue, la poterie culinaire, la décoration et le mobilier. « Cette activité dispose d'un potentiel de formation et de recherche grâce au Critt Matériaux de Charleville-Mézières et au travail collaboratif mené avec le pôle de compétitivité Materalia », insiste Jean-Claude Savoy.
HENRI DE QUATREBARBES Directeur général de Deville (130 salariés, 20 millions d'euros de chiffre d'affaires), fabricant de poêles, inserts et cuisinières à bois à Charleville-Mézières. Vous exportez 15 % de votre production. Est-ce difficile depuis les Ardennes ? Il n'y a pas de difficultés particulières. Le département n'est plus aussi enclavé qu'il l'était il y a une dizaine d'années. Notre société est située au coeur d'un bassin d'échanges de 150 millions d'habitants et nous sommes à moins de trois heures de plusieurs grandes villes européennes. Quelles sont les raisons qui vous ont conduit à prendre la direction, il y a deux ans, de cette entreprise plus que centenaire ? Tout d'abord, le fait qu'elle soit positionnée sur un métier traditionnel, le travail des métaux, dont elle a su garder le savoir-faire. Mais aussi parce qu'elle se renouvelle en permanence pour offrir aujourd'hui une gamme de poêles à bois et de granulés de bois très en pointe. C'est l'alliage de la tradition et de la modernité ! Est-il facile d'embaucher des salariés qualifiés ? L'essentiel des salariés de Deville est originaire des Ardennes. Il existe plusieurs centres de formation, initiale et continue, dans le département et la région, allant jusqu'à des niveaux élevés de qualification. Nous pouvons éventuellement nous adresser au Critt Matériaux, implanté à Charleville-Mézières, pour nous accompagner dans notre démarche d'innovation.
Le 9 juin, à Glaire, près de Sedan, l'entreprise Tecsom accueillera un forum coanimé par Sébastien Lacroix, rédacteur en chef de « L'Union », et Laurent Guez, directeur de la rédaction de « L'Usine Nouvelle ». Avec ce rendez-vous d'une demi-journée, les investisseurs potentiels pourront entrer en relation avec les entreprises locales et les institutionnels ardennais. Au programme : trois tables rondes avec des acteurs économiques qui feront part de leurs expériences ardennaises (« Pourquoi les Ardennes : la situation », « Vivre en Ardenne » et « S'installer en Ardenne »). Deux grands témoins, Henri Lachmann (ancien patron de Schneider Electric) et Daniel Costantini (ex-entraîneur de l'équipe de France masculine de handball), interviendront au cours de la matinée.

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