L’automobile est-elle la nouvelle sidérurgie ?

Par  - Mis à jour le 08 juin 2012, à 09h03 - Publié le
Thibaut De Jaegher
© B.Levy

Les ventes d'automobiles chutent en Europe. Et les patrons du secteur appellent à l'aide l'Europe. Mais est-ce pertinent ?

L’automobile serait-elle devenue la sidérurgie des années 2010 ? La question est provocante, voire choquante pour certains mais elle mérite d’être posée. Surtout lorsque l’on voit les derniers chiffres du marché automobile européen. Il est en recul de 7 % sur un an au premier trimestre 2012. Et le mois de mars, de l’aveu même de l’association des constructeurs européens d’automobile (ACEA), est le pire qu’ils aient connu depuis 1998.

Si l’on excepte la famille Volkswagen (Audi, Skoda, Seat...), toutes les marques du Vieux Continent enregistrent une décroissance à 2 chiffres. Les ventes du groupe PSA se replient de 19,4 %, celles de Renault de 20,6 et celles de Fiat de 26,1 %. À ce rythme, la demande intérieure d’automobile en Europe, que l’on avait estimé à 20 millions de véhicules dans l’euphorie des années 2000, ne dépassera pas les 13 millions d’unités cette année.

Ces piètres résultats inquiètent les grands patrons du secteur. Le PDG de Renault-Nissan, Carlos Ghosn, a reconnu récemment "que le manque de restructurations en Europe, en particulier pour les constructeurs qui en ont le plus besoin, va peser sur leurs stratégies à l’avenir".

Quant à Sergio Marchionne, le président de Fiat et de l’ACEA, il a appelé à l’aide l’Union européenne pour aider les industriels à restructurer le secteur… Selon lui, il y aurait trop d’usines en Europe pour que les constructeurs puissent vivre décemment et il demande à Bruxelles de mettre en place un mécanisme financier pour les aider à licencier ! "L’Europe doit prendre en charge cette transition car individuellement les gouvernements des différents pays ne le feront pas", a souligné le fantasque patron italien.

La maladie des surcapacités

Ce qu’il veut, c’est un plan Automobile inspiré des trois plans Acier mis en œuvre dans les années 1970-80-90. Ce dernier avait permis de restructurer la sidérurgie européenne en supprimant plus des dizaines de milliers de tonnes de capacités de production et plusieurs centaines de milliers d’emplois. Mais cette option, Antonio Tajani, le commissaire européen chargé de l'industrie, vient de la rejeter d'un revers de la main tout en affirmant qu'il préparait un plan d'action pour l'automobile européenne

>>LIRE : Bruxelles prépare un plan d'action pour soutenir l'automobile

Peut-on légitimement imposer au secteur automobile le même traitement de choc ? Sans doute pas. D’abord parce que les surcapacités du secteur, chiffrées à 20 % si l’on en croit les constructeurs, ne sont pas aussi importantes que celles de la sidérurgie des années 1970. Ensuite, parce qu’il demeure difficile d’établir précisément le niveau de ces surcapacités.

Quand considère-t-on qu’une usine tourne à plein régime ? Quand elle produit avec 3 équipes (c’est finalement assez rare) ou avec 2 équipes (c’est parfois trop peu) ? Enfin, parce que la maladie de l’automobile européenne, et singulièrement de PSA, Renault et FIAT, ce ne sont pas les surcapacités (c’est un symptôme) mais leur positionnement trop longtemps bas-de-gamme.

Ceci dit, même si le traitement de choc de la sidérurgie n’est pas adapté au secteur, il faut s’attendre à des fermetures d’usine dans les prochains mois. Tout simplement parce que c’est le levier le plus rapide et le plus efficace que les constructeurs ont en leur possession pour retrouver des marges de manœuvre, du cash… indispensable pour financer leur stratégie de montée en gamme.

Imprimer

Partagez l’info :

Partager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedin envoyer à un ami

Effectuer une autre recherche

Rechercher

Identifiez-vous