L'assurance rejoint la banque dans l'oeil du cyclone
Publié lepar Julien Ponthus et Matthieu Protard
PARIS (Reuters) - L'assurance européenne rejoint les banques dans la tourmente avec la mise sous surveillance de plusieurs poids lourds du secteur, vendredi par Standard & Poor's, estiment des analystes financiers.
Outre Groupama, dont la note de crédit pourrait être prochainement ramenée au niveau d'une obligation spéculative, de
grands groupes français comme Axa, la Caisse centrale de réassurance, CNP Assurances ou encore Euler Hermes sont désormais menacés de dégradation par les agences de notation.
Les menaces qui pèsent sur le secteur sont multiples dans la mesure où les assureurs sont à la fois largement exposés aux obligations d'Etat et aux actions, deux marchés qui demeurent sous très forte tension.
Et le nouveau cadre prudentiel, dit Solvabilité II, qui obligera les assureurs à valoriser leur portefeuille d'actions en valeur de marché à compter de 2014, les incitera à se délester des actions.
"Les assureurs sont de gros porteurs de dettes d'Etat. La situation peut s'aggraver pour les assureurs si la dégradation de notes des Etats s'accélère", juge un analyste basé à Paris, qui n'a pas souhaité être nommé.
Longtemps considérée comme une hypothèse improbable, la perte du triple A français est maintenant un scénario retenu par les responsables politiques et les analystes financiers.
Standard and Poor's a dit qu'elle prendrait dans les prochains jours sa décision d'abaisser ou non la note de 15 pays de la zone euro, et Moody's a fait savoir qu'elle réexaminerait ces notes au premier semestre 2012.
PRESSION PLUS FORTE SUR GENERALI ET AXA
Une enquête Reuters montre que la plupart des économistes estiment que la France perdra son AAA au début 2012.
"S&P souligne que les ajustements négatifs à la croissance économique de l'Union européenne rend l'environnement plus difficile pour les assureurs", relèvent les analystes d'ING dans une note de recherche.
"Nous considérons Allianz, ZFS (Zurich Financial Services) et Aegon comme relativement sûrs, tandis qu'Axa et particulièrement Generali pourraient être plus à risque dans l'hypothèse de dégradation."
Pour la Fédération française des sociétés d'assurances (FFSA), la décision de S&P de mettre sous surveillance les grands groupes d'assurance français ne démontre en rien une dégradation forte des fondamentaux du secteur.
"Le message de S&P est conséquent dans le sens que, si les Etats européens ont été mis sous surveillance il est logique que le secteur financier le soit, et donc que les entreprises d'assurances qui sont des investisseurs importants dans la dette souveraine le soient aussi", a déclaré à Reuters Bernard Spitz, le président de la FFSA.
"Les fondamentaux de l'assurance ne sont pas en cause", note-t-il encore, admettant que les résultats financiers des sociétés d'assurances seraient vraisemblablement moins attrayants que par le passé.
GROUPAMA, CAS ISOLÉ ?
Même s'il n'a pas souhaité commenter le cas particulier du mutualiste Groupama, Bernard Spitz a jugé qu'il n'y avait aucun signe de besoins de recapitalisation dans le secteur.
"Le secteur est surveillé par son autorité de contrôle et par les pouvoirs publics, qui n'ont pas émis de réserves à ce jour", indique-t-il. "La mer est plus haute mais les catamarans tiennent le choc."
Pour redresser sa solvabilité financière, Groupama, qui traverse une période de difficultés, pourrait être contraint de céder plusieurs de ses actifs. Si la Caisse des dépôts a confirmé être en discussions pour la reprise des 44% de l'assureur dans Silic, la vente de Gan Assurances et de Gan Eurocourtage ferait aussi l'objet de discussions.
Au niveau européen néanmoins, le secteur de l'assurance reste semble-t-il plus épargné que celui des banques puisque sa chute en Bourse est pour le moment deux fois moindre.
L'indice européen des banques perd quelque 33% sur l'année, contre un repli de 15% pour celui de l'assurance.
Le secteur de l'assurance doit aussi faire face en France à la baisse de la collecte des contrats d'assurance-vie. En septembre et octobre, l'assurance-vie a enregistré deux mois de décollecte, de 1,8 milliard puis 1,1 milliard d'euros.
"Il n'y a pas de défiance particulière par rapport à l'assurance-vie, il y a des facteurs conjoncturels et structurels qui expliquent les retraits", dit Bernard Spitz, ajoutant que la bonne santé du marché de l'immobilier et le vieillissement de la population sont autant de facteurs pouvant expliquer le manque d'appétit des investisseurs pour ces produits.
En France, les compagnies d'assurance se heurtent aussi à la concurrence des banques qui s'efforcent d'attirer l'épargne des ménages pour augmenter leur base de dépôts et renforcer ainsi leur solvabilité financière.
"La concurrence des dépôts bancaires peut aussi poser un problème à l'assurance-vie classique. Mais on n'est pas dans une situation dramatique", relativise un analyste financier.
Avec Alexandre Boksenbaum-Granier, édité par Dominique Rodriguez
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