L’arrêt de MegaUpload pourrait torpiller la loi anti-piratage Sopa
Par Emmanuelle Delsol - Publié le
L’arrêt du site de téléchargement MegaUpload pointe le problème du piratage en ligne dans le Monde. Mais au Etats-Unis, il prouve dans le même temps qu’il y a une autre voie à la loi anti-piratage Sopa, que le Sénat américain devait voter. Il a suspendu son vote. Explication.
Des agents du FBI, armes au poing, pour arrêter l’équipe dirigeante de MegaUpload. Une désactivation simultanée du site internet. C’est par surprise que la justice américaine a frappé la plate-forme d’hébergement d’œuvres audiovisuelles partagées par les internautes, qu’ils les aient récupérées légalement ou non… Et le monde du Web est en émoi, qui croyait impossible toute sanction de ce type. En réaction des activistes du Web, comme Anonymous, ont lancé des attaques sur des sites du gouvernement, notamment celui du FBI.
Mais ce n’est pas tout. En dehors des angoisses existentielles des internautes à l’idée de ne pas visionner la dernière saison de Dr House ce week-end, cette démonstration de force de l’état américain intervient à point nommé. Toute la semaine, les USA ont vibré au rythme des protestations contre le projet de loi SOPA "Stop Online Piracy Act". A côté de ce texte, notre Hadopi national passerait presque pour une gentille tape sur le dessus de la main (qui tient la souris). Sopa et sa petite sœur Pipa (Protect IP Act) promettent de sanctionner tout site sur lequel serait publiée une œuvre piratée en supprimant le dit-site, mais aussi en suspendant toute indexation le concernant dans un moteur de recherche ainsi que les revenus publicitaires et transactions attenants. A noter que la sanction peut tout à fait concerner un site non-américain. Pas étonnant, donc, que Google, Facebook ou Microsoft, aient protesté mercredi dernier à des degrés divers, mais d’un même élan. C’est la fondation Wikipedia qui a mené l’action la plus spectaculaire en interrompant le service de son site anglo-saxon toute la journée du 18 janvier. Les visiteurs étaient accueillis par une page noire.
Ces lois ont été inspirées en particulier par Hollywood et les représentants des ayant-droits des œuvres audiovisuelles piratées en ligne. Mais pour Henri Verdier, président du pôle de compétitivité Cap Digital, avec ce type de loi, il y a "un vrai risque de dégrader la puissance de la plate-forme d’innovation qu’est Internet." Henri Verdier identifie deux problèmes majeurs dans Sopa. D’abord, la capacité d’un juge américain de fermer un site pirate à l’étranger. Ensuite, la méthode qui consiste, pour sanctionner un site, à agir au niveau des serveurs racines de l’Internet : les DNS (Domain Name System), tous sur le sol américain, avec de potentiels dégats collatéraux au-delà du site visé proprement dit. En deux mots, la loi Sopa, toute américaine qu’elle soit, aurait pu mettre en péril l’ensemble de l’économie internet mondiale. Pour Neelie Kroes, vice-présidente de la stratégie numérique pour la Commission Européenne, "Les excès de vitesse sont illégaux, mais on ne place pas des ralentisseurs sur une autoroute".
Aujourd'hui, le vote de Sopa a été reporté. L’opposition des géants américains du web et des hackers réunis (une grande première !) et celle du président des Etats-Unis en personne ont porté leurs fruits. Pour Henri Verdier, avec l’affaire MegaUpload, Barack Obama montre aussi qu’une autre voie pour sévir contre les pirates est possible. Sans se lancer dans un filtrage nuisible à l’ouverture originelle du Web.

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