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L'AQUITAINE MET LA MAIN À LA POCHE POUR SES CHAMPIONS

Par PAR HASSAN MEDDAH - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3244
L'objectif est de faire monter en compétences nos PME afin qu'elles se posent en cotraitants des groupes et non en sous-traitants.Alain Rousset, président de la région Aquitaine
L'objectif est de faire monter en compétences nos PME afin qu'elles se posent en cotraitants des groupes et non en sous-traitants.Alain Rousset, président de la région Aquitaine
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Après les avoir soutenues pendant la crise, la région veut faire croître ses PME et en faire de véritables interlocuteurs des grands donneurs d'ordres.

Cherche PME capables de devenir ETI, ces entreprises de taille intermédiaire qui font la force des Allemands... Le basque Lauak peut poser sa candidature. Après avoir remporté un important contrat auprès d'Airbus, cette PME de 430 personnes implantée à Ayherre va atteindre les 50 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2012, contre 36 millions cette année (voir page 68). Un succès dont la région Aquitaine est partie prenante. Elle a soutenu Lauak en lui accordant près de 2 millions d'euros d'aide (fonds européens compris) pour la construction d'une nouvelle usine.

L'Aquitaine veut multiplier ce type d'actions. « Nous voulons faire émerger des ETI. L'objectif est de faire monter nos PME en compétences afin qu'elles se positionnent en véritables "cotraitants" des grands groupes et non plus en sous-traitants produisant à bas coûts et à façon », indique Alain Rousset, président PS de la région. Riche de champions d'envergure mondiale (Dassault Aviation, Turbomeca, Safran, SPS...), la région rêve de ces entreprises de plus de 500 salariés capables d'investir en R et D et de s'imposer à l'étranger. Parmi les 740 établissements aéronautiques de son territoire, elle en a identifié une douzaine à fort potentiel : les Lauak, Exameca, Potez, Epsilon Composite ou Axyal (voir carte ci-contre).

Lors de la crise financière, la région avait soutenu ses entreprises. Près de 40 % du montant des aides de relance accordées en 2009 et 2010, soit environ 6 millions d'euros, ont bénéficié directement à l'aéronautique. À l'instar du sous-traitant béarnais Exameca, qui a obtenu un million d'euros en 2009. La région a même inventé un dispositif spécifique à l'aéronautique : l'aide au partenariat en mode « risk sharing ». Pour décrocher des contrats, les PME doivent partager les risques de leurs grands clients en finançant leurs coûts de développement, tout en acceptant de n'être payées qu'à partir des premières livraisons du programme auquel elles ont participé. En cas de retard, le bouillon financier est assuré. Une gageure pour des structures souvent sous-capitalisées. Première bénéficiaire de ce dispositif, Axyal. Nanti de 250 000 euros d'aide, ce spécialiste des technologies composites de Pau (voir page suivante) a décroché des contrats auprès d'Airbus et Dassault.

La région tente de se différencier, notamment de ses grandes rivales, Midi-Pyrénées et Île-de-France. Outre la maintenance aéronautique, elle veut devenir la référence dans les technologies de drones. Son cluster drones, premier du genre, offre une visibilité de choix aux PME locales. Aérodrones, installée dans la technopole d'Izarbel, à Bidard, au pays basque, s'impose comme un leader dans les stations-sol pour les aéronefs sans pilote. La structure collaborative facilite rapprochements et synergies. Helileo, située à Dax, spécialiste de la navigation et de la géolocalisation par satellite, a piloté un consortium d'une dizaine de sociétés pour répondre à un appel d'offres de l'Union européenne. « Sans partenaires, c'était inutile de concourir », assure Bernard Panefieu, fondateur d'Helileo.

Rééquilibrer les rapports avec les donneurs d'ordres

Le coeur du dispositif mis en place repose sur les contrats de croissance. « Nous voulons établir un véritable partenariat de développement avec les entreprises », explique Daniel Birot, directeur du développement économique au conseil régional. Concrètement, la région jouera un rôle de super-conseiller. Elle déléguera des consultants pour aider la PME dans tous les domaines : politique commerciale, stratégies d'investissement et d'innovation, développement international, organisation industrielle et logistique, formation des salariés... Les leviers de croissance seront examinés un à un. Le principal point de blocage a été identifié. « Les entreprises, souvent familiales, sont réticentes à ouvrir leur capital à des investisseurs extérieurs. C'est pourtant nécessaire pour accélérer le développement », appuie Daniel Birot. La démarche s'avère d'autant plus délicate que certaines PME n'ont pas la volonté... de grandir. À l'image de l'entreprise de mécanique de précision, JBC Charriton (80 salariés, 5,2 millions d'euros de chiffre d'affaires), implantée au pays basque. « Notre taille nous permet de développer des prestations de service dans des délais très courts et nous souhaitons garder cette réactivité », explique Stéphane Azcue, son directeur technique et commercial.

Dernier levier, agir auprès des grands donneurs d'ordres. Rapatriement de charge en période de crise, pression sur les prix incitant à la délocalisation... Ici comme ailleurs, les relations avec les PME sont souvent déséquilibrées, parfois brutales. « On est loin de la filière à l'allemande. Là-bas, ils se serrent les coudes », déplore un responsable de PME. D'où la volonté de la région d'établir un donnant-donnant avec les donneurs d'ordres. Ces derniers bénéficient de son action, comme son investissement dans la plate-forme Compositadour (mise en oeuvre automatisée des composites) à Bayonne (64), ou sa contribution à la nouvelle usine de Turbomeca à Bordes (64). Le fabricant de turbines d'hélicoptères se montre bon élève en consacrant 25 % de son budget achat, soit 50 millions d'euros par an, aux sous-traitants locaux. Dans la même veine, la région a mis des conditions à son aide au projet de recherche Arcoce (arrière-corps en composites céramiques) de Snecma Propulsion Solide. En échange, la filiale de Safran a sélectionné des partenaires locaux auxquels elle transférera une part de la technologie développée. Cette dynamique, la région entend la maintenir. Une délégation d'une quarantaine d'entreprises assistera au salon du Bourget, gonflée à bloc.

Voir pdf pour la carte.

AXYAL GAGNE SON PARI SUR LES THERMOPLASTIQUES

Installée sur la commune de Sauvagnon (64), face à l'aéroport de Pau, la PME familiale Axyal ne manque pas d'ambitions. Ce spécialiste de la plasturgie a pris position sur le marché des pièces aéronautiques à forte valeur ajoutée (dites semi-structurelles) en pariant dès 2006 sur la technologie des composites thermoplastiques. C'était plutôt audacieux pour une entreprise de cette taille (33 salariés, pour un chiffre d'affaires de 2,5 millions d'euros en 2010). Axyal est un fournisseur typique des PME qui forment le tissu aéronautique régional : il fabrique de pièces assez simples pour les intérieurs d'avions et cockpits (accoudoirs, tablettes de siège passagers...). Sa montée en gamme vers les thermoplastiques a payé. Adossé à son partenaire Avicomp, la PME a remporté le contrat pour la fourniture de pièces de trappes d'accès aux réservoirs de kérosène de l'A350, le futur long-courrier d'Airbus. « Nous en assurons le développement et la fabrication », se félicite Laurianne Laborde, fille du fondateur et responsable du développement commercial. Autre succès, sa nouvelle technologie lui a permis également de s'imposer pour la première fois comme fournisseur de rang 1 auprès de Dassault Aviation. Les nouveaux contrats pourraient représenter un chiffre d'affaires additionnel de un million et demi d'euros par an. Axyal prévoit de doubler ses effectifs d'ici à 2015, pour arriver à une soixantaine de salariés. Les embauches interviendront dès la montée en puissance de la production. Revers de la médaille : ces contrats sont assortis d'un partage des risques. Ils nécessitent que l'entreprise engage 600000 euros de frais de développement et investissent dans de nouvelles machines. Le coup de pouce de la région a été salutaire. En lui accordant 250 000 euros, elle a «facilité la négociation avec les banques d'un prêt complémentaire de 600 000 euros », explique Laurianne Laborde, responsable commercial.

LAUAK PREND SON ESSOR EN EN TRANT DANS LE TOP DES FOURNISSEURS D'AIRBUS

A yherre, au pays basque. Au bord de la départementale 10, isolée de tout centre industriel, l'usine flambant neuve paraît perdue au milieu des champs et des fermes. Il s'agit du principal site de production de Lauak, une PME familiale de 430 personnes qui a réalisé un chiffre d'affaires de 36 millions d'euros en 2010. À sa tête, le PDG Jean-Marc Charritton, 57 ans, connu dans la région pour sa passion du rugby (il sponsorise le Biarritz Olympique et l'Aviron Bayonnais), vient de transformer l'essai auprès de l'un des principaux clients, Airbus. L'entreprise a décroché un contrat d'environ 70 millions d'euros. Pendant cinq ans, elle fournira des pièces usinées pour le carénage arrière des mâts réacteurs des A380. La société bénéficie ainsi de sa sélection par Airbus, fin 2010, parmi le top 20 de ses fournisseurs des pièces élémentaires. À côté d'autres acteurs comme l'allemand Premium Aerotech ou le britannique GKN, elle peut ainsi prétendre gagner des contrats majeurs. Fournisseur d'Airbus depuis 2006, elle a déjà été retenue pour fabriquer la structure métallique du cockpit du futur long-courrier A350 XWB. Usine lusitanienne Lauak n'en est pas à son coup d'essai. Ce nouveau contrat va renforcer la dynamique de cette entreprise dont le répertoire compte nombre d'autres clients prestigieux. Elle réalise ainsi les réservoirs des avions d'affaires de Dassault Aviation, son client historique, et de l'américain Gulfstream. À l'équipementier suisse-allemand Liebherr, elle livre des échangeurs thermiques destinés au traitement de l'air dans les avions et des éléments de voilure au brésilien Embraer. Alors que d'autres PME s'installent au Maghreb ou en Europe de l'Est pour bénéficier de coûts de main-d'oeuvre plus bas, Lauak a fait le choix du Portugal et a ouvert une usine à Sétubal, à 35 km au sud de Lisbonne, employant une centaine de salariés. « Pour des raisons de proximité géographique et culturelle », justifie Jean-Marc Charritton. L'entreprise continue cependant d'investir en France, dans sa nouvelle usine de 10 000 m2 d'Ayherre. Au total, 11,5 millions d'euros dont 2,5 millions pris en charge par la région et l'Union européenne. Elle a étoffé son parc de machines : une presse cellule fluide haute pression, un centre de tournage-fraisage grande vitesse, des robots de soudage laser... Sans complexe, Lauak vise un chiffre d'affaires de 50 millions d'euros l'an prochain.

L'AÉRONAUTIQUE, AQUITAIN

740 établissements 44 500 salariés Chiffre d'affaires : 3,5 milliards d'euros

12 PME À FORT POTENTIEL

Start-up ou sous-traitants, le conseil régional appuie les efforts industriels et d'innovation. Voici le profil d'une douzaine d'entreprises prometteuses qu'elle a distinguées en leur accordant des aides.

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