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L'apprentissage « une forme intelligente de formation des jeunes » explique Lachmann

Par Redaction L'Usine Nouvelle - Publié le
Lachmann

  Président du conseil de Surveillance de Schneider Electric, Henri Lachmann soutient depuis longtemps maintenant l'apprentissage.

A l'heure où les apprentis sont à l'honneur, il a accepté de répondre à nos questions. Pour lui, le développement de l'apprentissage ne nécessite pas tant de l'argent qu'un changement de mentalités de tous, car les apprentis préparent l'avenir.

Vous présidez le conseil de Surveillance de Schneider Electric. Qu'est-ce qui vous pousse à vous intéresser à l'apprentissage ?

Henri Lachmann : Je m'intéresse à cette question depuis 25 ans. La France connaît un problème sérieux de formation et de chômage des jeunes. Un responsable économique ne peut pas ne pas se sentir concerné par cette question.

L'alternance est une formidable alternative à la formation continue classique. Ce que j'aime, c'est qu'on y parle de métier plutôt que de diplôme. Pour résumer, c'est une forme intelligente de formation des jeunes.

D'après les déclarations de Martin Hirsch, le gouvernement pour venir en aide aux jeunes voudrait soutenir l'apprentissage. Pensez vous que ce soit une bonne chose ?

Je n'ai pas pris connaissance de ces déclarations. De toute façon, tout ce qui favorise l'apprentissage par alternance est une bonne chose. Si je n'ai rien contre les aides financières, l'argent ne résoudra pas tout. Il faut changer un changement total de mentalité. A commencer par les jeunes et leurs parents, mais aussi au sein du système éducatif et des entreprises. Apprendre un métier par alternance doit être autant valorisé que de suivre des études à l'université ou de décrocher une classe préparatoire.

Quant à l'argent, je rappelle que sur le 1,5 milliard d'euros de la taxe d'apprentissage, les deux tiers s'évaporent dans des formations qui n'ont rien à voir. Commençons par réorienter les fonds.

Les mentalités ont évolué. Aujourd'hui, l'alternance n'est plus réservée aux CAP et BEP. Les universités et même les grandes écoles proposent de telles formations. Pourquoi estimez-vous les mentalités à la traîne ?

Il suffit de regarder les chiffres. La France ne compte que 450 000 apprentis. En Allemagne, on en compte 1,5 million. C'est éloquent, non ?

Et concrètement, que fait Schneider Electric en matière de formation en alternance ?

Chaque année, nous employons 400 jeunes de cette façon. La durée moyenne de formation étant de deux ans, nous comptons 800 apprentis. Nos apprentis sont des jeunes qui ont un vrai talent pour le concret, ils aiment ça. Ces jeunes veulent faire quelque chose, plutôt que de devenir quelqu'un. Ils sont positivement différents.

Que deviennent les apprentis ?

Chez Schneider Electric, les jeunes en alternance reçoivent une vraie formation, ce n'est pas du pré recrutement. L'apprenti n'a pas vocation à rester dans l'entreprise qui l'a formé. Tant mieux pour lui si cela arrive, mais ce n'est pas l'esprit de l'alternance. Ainsi, 15 % des apprentis restent dans notre entreprise. Nous n'abandonnons pas les autres. Nous mettons notre réseau à leur disposition et je ne vous cache pas qu'une expérience de deux ans chez nous est un atout dans leur recherche d'emploi.

Aujourd'hui, certaines entreprises annoncent un gel des recrutements. Les apprentis sont concernés. Qu'en pensez-vous ?

Un apprenti ne doit pas être considéré comme de la main d'œuvre bon marché. L'apprenti consomme du temps et de l'argent dans l'entreprise qui le forme, mais il produit quelque chose. Ne pas prendre d'apprentis parce que la situation économique se dégrade est un calcul aberrant. C'est sacrifier le long terme à des considérations de très court terme.

Propos recueillis par Christophe Bys

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