L'année du Dragon
Par Pierre-Olivier Rouaud - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3269
La croissance chinoise reste l'une des plus fortes au monde, mais les défis s'accumulent.
Bonne année ! Depuis la Fête du printemps du 23 janvier, la Chine est entrée dans sa nouvelle année lunaire, placée sous le signe du dragon d'eau. Dans la cosmologie chinoise cet animal a bonne presse et l'on attend un baby-boom. Mais ce n'est pas là l'essentiel des challenges de 2012 pour la Chine. Ceux-ci s'articulent autour de trois points au moins. Le premier est politique avec, dans ce régime autoritaire, le changement prévu des dirigeants lors du 18e congrès du Parti en octobre. Sept des neuf membres du bureau permanent, instance suprême, doivent céder leur place, dont surtout Hu Jintao, le Président, et Wen Jiabao, le Premier ministre qui s'effaceront respectivement devant Xi Jinping et Li Keqiang. Xi Jinping est réputé moderniste, mais rien ne filtre sur son agenda, d'autant que sa prise de fonction aura lieu au début 2013. En attendant, le conservatisme politique dont ont fait montre les dirigeants sous couvert de "société harmonieuse" n'a pas de raison de changer, notamment en matière de libertés. Pas même sur des sujets comme le "hukou", ce système de passeport intérieur, qui explique la formidable transhumance des travailleurs migrants en cette période. Pour le pouvoir chinois, la priorité de cette année de transition sera la stabilité intérieure... dans un temps où les peuples bouillonnent.
Le deuxième défi est économique. La croissance, même en marquant le pas, restera l'une des plus fortes au monde : 8 % au moins. Cela n'exclut pas les risques, tant externes qu'internes. Les premiers se rapportent à la crise de langueur frappant l'Occident, premier marché de la Chine. L'appareil productif semble y résister, en partie grâce au dynamisme des clients d'Asie du Sud-Est. Restent les démons intérieurs : inflation, inégalités croissantes, corruption et aussi ce déséquilibre majeur que constitue la proportion énorme - la moitié - de l'investissement dans le PIB. Cela génère des excès bien connus, par exemple en matière d'immobilier, que le pouvoir a tenté de maîtriser en 2011. Sa tâche reste entière pour accroître la part de la consommation dans l'économie sans casser la machine. L'économiste Nouriel Roubini le croit impossible. Le dernier enjeu est stratégique. Sur la scène internationale, les experts notent un changement de ton, plus cassant, de Pékin. Il y a, par exemple, la doctrine de plus en plus stricte sur son espace maritime réservé, symbolisée par ces projets de porte-avions inquiétant tant ses voisins. Il y a aussi la persistance du soutien à des régimes honnis : Syrie, Corée du Nord... Et la Chine reste surtout l'une des clés du dossier nucléaire iranien, le grand risque "global" de 2012. Un danger à la taille d'un dragon.

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