L’américain First Solar rejoint le projet Desertec
Par Ana Lutzky - Publié le
Le spécialiste du photovoltaïque à couches minces a signé pour trois ans : il rejoindra le projet pharaonique Désertec, qui prévoit de relier d’immenses centrales éoliennes et solaires dans le désert d’Afrique du Nord à l’Europe en 2050.
First Solar a annoncé mardi avoir rejoint le projet Desertec en tant que partenaire associé. C’est «la première entreprise dédiée entièrement au photovoltaïque à s’associer à Desertec », se fait fort de rappeler l’industriel spécialiste des grandes centrales photovoltaïques. Porté par une vingtaine d'industriels allemands, le projet vise à fournir 15 % (« une part significative » temporise First Solar dans son communiqué) de l’électricité du Moyen Orient, d’Afrique du Nord ainsi qu’en Europe d’ici à 2050. Moyens employés : un réseau de sources énergétiques éoliennes et solaires installées dans le Sahara sur 300 km2 , pour 400 milliards d'euros sur quarante ans !
En tant que partenaire associé à Desertec pour une première période de trois ans, First Solar « apportera son expérience des projets photovoltaïques de grande ampleur et contribuera à établir les bases des projets de référence et à élaborer un plan de déploiement ». Les fondateurs de Desertec ont intégré au projet d’autres acteurs majeurs du secteur des énergies renouvelables, notamment solaires et éoliens, ainsi que des distributeurs d’électricité.
First Solar exploite déjà des usines aux Etats-Unis, à Frankfort sur Oder en Allemagne de l’Est, en Malaisie. En France, une usine verra bientôt le jour. Après des arbitrages houleux sur la localisation du site, Bruce Sohn, le président du groupe américain, vient de signer à Bordeaux, avec Michel Mercier, le ministre de l'Aménagement du territoire, un contrat-cadre pour construire sur l'Ecoparc de Blanquefort un site de fabrication de couches minces qui sera mis en service en 2011. D’une capacité annuelle de 100 MW, l’usine dont EDF Energies nouvelles s’engage à acheter la totalité de la production représente 400 emplois futurs et un investissement de 100 millions d’euros.
L'américain a déjà construit des sites de production d’énergie solaire de grande ampleur dans des zones désertiques, notamment aux Etats-Unis et dans les Emirats Arabes Unis. Il prépare également la construction d’un site de production d’énergie solaire de 2 gigawatts à Ordos en Mongolie Intérieure. Une de ses caractéristiques est sa technologie de panneaux solaires à couche mince « qui permet un rendement énergétique supérieur même dans les conditions de chaleur du désert » indique l’industriel. Les panneaux sont recouverts de couches ultra-minces de tellurure de cadmium, un matériau beaucoup moins coûteux que le silicium habituellement utilisé, et qui absorbe mieux le rayonnement diffus. Par ailleurs, ces panneaux utilisent cent fois moins de matière. Reste que le tellurure de cadmium est toxique : cette substance rend des applications pour l’habitat peu judicieuse et explique peut-être le choix de localisation de projets dans des zones désertiques.
« En tant que technologie très performante, qui demande peu de maintenance, peut être déployée par étapes et fournit rapidement de l’énergie, le photovoltaïque est un complément idéal aux autres énergies renouvelables déjà représentées dans le projet Desertec » estime Stephan Hansen cité dans le communiqué, Directeur Général de First Solar GmbH, la filiale de First Solar en charge des ventes et du service aux clients pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique.
Le projet pharaonique, qui laisse dubitatifs les ingénieurs en électrotechnique sur l’intérêt de poser des câbles en mer Méditerranée compte tenu des pertes en ligne, et sceptiques les citoyens marocains et du Maghreb en général sur la redistribution des richesses créées par le projet, semble accélérer le mouvement. Le ministre allemand de l'économie, Rainer Brüderle, a ainsi récemment annoncé à l'issue d'une rencontre avec les représentants de sociétés allemandes impliquées dans le projet, comme la Deutsche Bank, Siemens, E.ON et RWE, que le gouvernement prônait un renforcement des crédits Hermes à l'exportation afin de promouvoir l'initiative du projet international énergétique.
First Solar en 6 chiffres clés
N°1 dans la fabrication de modules solaires en couches minces au monde
1,2 Md$ Chiffre d’affaires de l’entreprise en 2008
1,2 GW de capacité de production en 2009
2h30 : le temps nécessaire à la fabrication d’un panneau photovoltaïque First Solar
0,93 $/W : le coût de production par watt debut 2009
4 000 salariés dans le monde

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