L’allemand Hymer joue la préférence « nationale »
Le 01 mars 2010Social
Les 190 salariés d'Hymer France, à Cernay (Haut-Rhin), fabriquent des caravanes et des fourgons aménagés pour quelques semaines encore. Un quart d'entre eux pourraient conserver un emploi si le projet de reprise porté par trois cadres abouti. Mais l'entreprise risque aussi la liquidation pure et simple le 31 mars prochain, quatre mois après son placement en redressement judiciaire.
Les salariés sont amers. « Ils ont le sentiment, résume le délégué CFDT Antoine Dugo, que la maison-mère allemande Hymer AG a amené la boîte à être déficitaire », pour relocaliser la production outre-Rhin.
Début janvier, alors que l'usine était à l'arrêt faute de matières premières, des banderoles installées à l'entrée du site ironisaient d'ailleurs sur « l'amitié franco-allemande ». Afin de provoquer des négociations avec la direction, restée muette pendant plus de quarante jours, les salariés ont démonté plusieurs véhicules, puis incendié le mobilier de l'un d'entre eux.
« Nos comptes ont commencé à se dégrader en 2006, après 35 ans de bénéfices, raconte Antoine Dugo. Nous étions 300 et nous fabriquions un camping-car à ossature métallique pour le marché français, qui était rentable. Mais il ne rentrait plus dans la stratégie de standardisation des produits du groupe... Du jour au lendemain, la direction nous l'a retiré et nous a confié la fabrication de fourgons aménagés, qui étaient beaucoup moins rentables ».
Les volumes de production et le nombre d'emplois ont baissé, via un plan social (35 postes en 2008) et des départs non remplacés. « Après le SAV et les pièces détachées, ils ont centralisé le développement et les achats en Allemagne. Les pièces nous étaient revendues, poursuit Antoine Dugo. Le droit d'alerte a été déclenché en juillet 2009 et une réunion était prévue avec la direction dans la deuxième quinzaine de novembre ». A la place, ce fut le dépôt de bilan.
A la lecture des résultats financiers de l'entreprise, le syndicaliste affirme avoir constaté que « jusqu'à la date du dépôt de bilan les fournisseurs ont été payés sous quinzaine. Nous n'avions quasiment pas de dettes à leur égard, à part 500 000 euros qui auraient pu être payés si Hymer AG n'avait pas fermé les lignes de crédit. La maison-mère allemande est notre seul créditeur, pour environ 12 millions d'euros. Mais il est difficile d'y voir clair dans les flux financiers entre la maison-mère et la filiale. »
Hymer AG se défend d'avoir abandonné Hymer France. Le groupe évoque une baisse de chiffre d'affaires de 30 % l'année dernière à cause de la crise. « Il y a une baisse des marchés, c'est réel, admet Antoine Dugo. Cela aurait pu justifier un plan social, mais en aucun cas une fermeture ».
De notre correspondant en Alsace, Thomas Calinon
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