L'Allemagne s'enlise dans la récession
Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le
Une production industrielle en chute libre, des exportations en peau de chagrin... L'Allemagne est plus exposée que d'autres pays à la crise mondiale. Analyse avec Frédérique Cerisier, économiste à BNP-Paribas.
L'Allemagne s'enfonce mois après mois dans la récession. Quel peut en être l'impact sur ses partenaires ?
Frédérique Cerisier : Ce qu'on observe en ce moment c'est vraiment un trou d'air dans l'activité manufacturière dans le monde, exceptionnellement important. Car globalement la croissance du commerce mondial s'est interrompu au quatrième trimestre. Et l'Allemagne est touchée plus que les autres car elle a fait le choix de se spécialiser dans certains types de biens, comme les biens durables avec l'automobile et les biens d'équipement. Des biens dont les achats sont particulièrement affectés par la confiance dans l'avenir et qui sont souvent financés à crédit.
Donc l'Allemagne est très exposée et cela rejaillit indirectement sur d'autres pays. Car pour produire, elle a besoin d'importer des biens intermédiaires. Donc on peut craindre un arrêt important des ces importations chez tous ces partenaires, dont la France.
Selon le rapport mensuel du ministère des Finances publié le vendredi 20 mars, le plan de relance de 50 milliards d'euros sur deux ans, annoncé en janvier par Angela Merkel, produirait déjà ses premiers effets. Qu'en pensez-vous ?
F. C. : En ce qui concerne les effets des investissements dans les infrastructures déjà programmés, on ne pourra pas en voir les effets avant le deuxième trimestre. Mais c'est très difficile d'en évaluer l'impact car il faudrait avoir des données détaillées sur les chantiers. Ce qui est certain, c'est que ça va démarrer assez lentement étant donné l'ampleur des choses et le temps que tout cela monte en puissance.
Et concernant les effets de la prime à la casse ?
F. C. : Elle a commencé à porter ses fruits, on le voit dans les immatriculations. Mais il y a des doutes que ce soient les voitures produites en Allemagne qui en bénéficient vraiment. On s'attend certes à un rebond de la consommation des ménages, au premier trimestre grâce aux achats automobiles, mais pour l'instant les données de production industrielle ne suggèrent pas que cette mesure a stimulé directement l'activité outre-Rin. C'est en cela que la coordination européenne des mesures de soutien de la demande est importante.
Le gouvernement allemand table encore sur un recul du PIB de 2,5% pour 2009. Est-ce réaliste ?
F. C. : Ce n'est plus du tout d'actualité. Les chiffres de janvier sont déjà alarmants. Selon nos calculs, la production industrielle pourrait reculer de plus de 12% au premier trimestre 2009, soit le double du repli au dernier trimestre 2008 ! Dans ce contexte, nous tablons sur une contraction de la croissance de 5,5% pour l'ensemble de l'année.
Peut-on craindre que l'Allemagne passe d'une récession à une dépression ?
F. C. : Au jour d'aujourd'hui il est difficile d'exclure un quelconque risque, même si cela ne paraît du tout le plus probable. De façon générale, on est obligés de reconnaître que nous revoyons souvent nos prévisions à la baisse, dans une période exceptionnelle où il est difficile de ne pas être toujours derrière les événements. Mais il est certain que c'est vraiment un choc très rude pour l'Allemagne. Sa spécialisation industrielle s'est accompagnée d'une forte compression des coûts salariaux et d'une croissance interne faible. Aujourd'hui, tout s'écroule. Les faibles revenus et la réduction généralisée des prestations sociales poussent les Allemands à augmenter leur épargne. Le pays est aujourd'hui coincé car il n'a pas d'autre moteur que le commerce mondial : celui-ci s'effondre aujourd'hui, qui aurait pu prévoir une telle chute il y a un an ?
Propos recueillis par Carmela Riposa

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