L'Allemagne recrute ses ingénieurs au berceau17/06/2008
Confrontées à une pénurie de diplômés, les entreprises allemandes tentent de susciter les vocations dès la maternelle. En France aussi, des initiatives se sont mises en places pour développer l'enseignement scientifique au primaire et améliorer les liens entre l'école et l'entreprise.
Une étude de l'APEC sur l'emploi des ingénieurs, menée auprès des DRH français, allemands et américains, fait ressortir une forte inquiétude sur l'attractivité du métier d'ingénieur et des difficultés de vocation pour les filières scientifiques, principalement en Allemagne et aux Etats-Unis. Les volumes de diplômés seraient insuffisants, notamment dans le BTP et l'informatique. En Allemagne, la tension sur les recrutements, de plus en plus aigue, se répercute d'une façon inattendue sur la politique des grandes entreprises. Celles-ci n'hésitent plus à solliciter les écoles, afin de susciter les vocations dès le plus jeune âge.95 000 postes à pourvoir. Le nombre d'ingénieurs formés a doublé en France entre 1990 et 2007, alors qu'en Allemagne il est resté stable. Si l'étude ne conclut pas à une pénurie généralisée, elle pointe du doigt les départs à la retraite d'ingénieurs expérimentés, et le manque de mobilité. Une situation devenue critique en Allemagne, où 95 000 postes seraient vacants, quand seulement 40 000 ingénieurs sont en cours de formation dans le pays. Certes, l'Allemagne est, avec la Suisse, un des pays qui attire le plus les expatriés, mais cela ne suffit pas. Susciter les vocations. Pour faire face au problème, des entreprises comme Bosch et Siemens ont décidé de construire leur futur dans les écoles maternelles. Et elles ne sont pas les seules. Interrogé par le Financial Times, le directeur général de Bürkert, une entreprise spécialisée dans les systèmes de contrôle des fluides, explique la démarche : « Nous voulons intéresser les enfants à la technologie dès leurs plus jeunes années. Ce qu'ils apprennent à cet âge peut les accompagner pour le reste de leur vie. » La curiosité des enfants est en effet très poussée à cet âge. En France, La Main à la Pâte, une opération lancée en 1996 par le prix Nobel de physique Georges Charpak, avec le soutien de l'Académie des sciences de l'Institut de France et celui du ministère de l'éducation nationale, vise justement à rénover et développer l'enseignement des sciences et de la technologie à l'école primaire en misant sur sa précocité. « La main à la pâte défend l'idée d'une pédagogie des sciences à l'école primaire, dès la maternelle, qui repose sur l'investigation : observation, hypothèses, expérimentations, comparaison des résultats... Observer, classifier, faire des nomenclatures sont des activités qui préfigurent les comportements scientifiques. Cela peut contribuer aux choix d'orientation, en suscitant des vocations d'ingénieurs et de scientifiques, mais surtout donner à chaque futur citoyen un sens élémentaire de ce que sont les sciences, pour l'aider à faire des choix dans sa vie d'adulte », explique Raynald Belay, en charge des relations internationales pour La Main à la Pâte. Kits pédagogiques. Mais comment s'y prennent ces sociétés pour semer les graines des vocations scientifiques ? Siemens, par exemple, distribue des « mallettes de découverte » pour les 3 à 6 ans, contenant des expériences scientifiques à réaliser avec les instituteurs, ainsi que des fiches pédagogiques. Ces kits coûtent 500 euros par unité à l'entreprise, qui en a diffusé 3 000 en Allemagne. Bosch a opté pour la visite des écoles, qui permet à ses collaborateurs d'expliquer leur métier aux enfants et d'inviter les professeurs à visiter l'entreprise. Et ces initiatives se poursuivent dans le secondaire. Ainsi, Siemens, par le biais de son programme mondial Generation21, fournit du matériel d'enseignement et coopère avec des écoles et des universités à travers le monde pour s'adresser aux jeunes générations. Partenariats public - privé. Siemens est à l'origine, avec McKinsey & Company, la fondation Dietmar Hopp (du nom du fondateur de SAP) et l'organisme de recherche scientifique Helmholtz-Gemeinschaft, d'une initiative baptisée Haus des kleinen Forscher (« la maison des petits chercheurs »), parrainée par le ministre fédéral de l'Education et de la Recherche. En France également, des partenariats commencent à se nouer entre public et privé, tel que la fondation C.Génial, dans laquelle se sont associés Areva, EADS, France-Télécom, Schlumberger, la SNCF et Technip dans le but de faire « rayonner la culture scientifique et technique ». Elle agit en collaboration avec l'Education Nationale. Parmi ses objectifs : renforcer les liens entre l'école et l'entreprise, faire connaître les métiers scientifiques et techniques et les carrières. Dans ce genre de dispositif, pour que la démarche soit efficace, il importe surtout, pour La Main à la Pâte, qu'une formation soit diffusée auprès des enseignants. La France n'est donc pas étrangère aux préoccupations concernant l'avenir des professions scientifiques. En témoigne le dispositif d'initiative ministérielle « Sciences à l'Ecole », qui a pour but de « contribuer au développement des vocations scientifiques chez les jeunes ». Le Plan de rénovation de l'enseignement des sciences et de la technologie à l'école, dans le prolongement de l'opération La Main à la Pâte, avait amorcé le processus en aboutissant en 2002 à une transformation des programmes scolaires dans le primaire. En savoir plus (pour les abonnés) : Ingénieurs français : Une valeur sûre même à l'étranger (16/05/2008) Les sites Web : La main à la pâte La fondation C.genial Le dispositif « Sciences à l'Ecole » Le programme « Haus der kleinen Forscher » Raphaële Karayan |
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