ENTRETIEN Interview de Jean-René Buisson, le président de l’Association des industries agroalimentaires (Ania).
"Assez de stigmatisations et de taxes", lance Jean-René Buisson, sur le Sial, interviewé par L’Usine nouvelle. Le Président de l’Association des industries agroalimentaires (Ania) veut que le ministre Guillaume Garot défende la filière, au moment où elle connaît "de graves problèmes de trésorerie". 5 000 emplois sont menacés à court terme selon lui.
L'Usine nouvelle - Vous avez choisi de ne pas vous associer à l’inauguration du Sial aux côtés des ministres Stéphane Le Foll et Guillaume Garot hier, 21 octobre. Une décision historique pour l’Ania au Sial. Pourquoi ?
Jean-René Buisson - Cette décision fait suite à la volonté du gouvernement d’augmenter les taxes sur les brasseurs et aux déclarations récentes du ministre Guillaume Garot à quelques jours du Sial, critiquant les recettes des industriels car comportant trop de sucres, de sel et de gras et étant en partie responsables des problèmes d’obésité. Il y a un ras-le-bol dans la filière. Cela fait deux ans que le secteur est stigmatisé et frappé par de nouvelles taxes, pour près d’un milliard d’euros, sur les spiritueux, les sodas et maintenant sur la bière. L’augmentation du droit d’accise va coûter 800 millions et pourrait engendrer la destruction de 500 à 1000 emplois sur la filière des brasseurs qui emploie directement 4 000 salariés. Ca suffit ! Assez de cette politique de taxations sur l’agroalimentaire, première industrie de France !
Vous avez finalement accepté de discuter avec eux hier. Qu’en est-il sorti ? Pensez-vous que l’augmentation du droit d’accise sur la bière puisse être rediscutée ?
J’ai eu une discussion franche avec Stéphane Le Foll et Guillaume Garot. Nous attendons de notre ministre de l’agroalimentaire qu’il défende la filière et non qu’il l’attaque. Concernant, l’augmentation du droit d’accise sur la bière, ce n’est pas eux qui ont fait ce choix. Ca se joue au niveau du ministère du budget. Mais nous n’avons pas senti beaucoup d’oppositions de leur part. Il y aura ensuite un débat au Parlement et des amendements qui j’espère viendront amoindrir voire supprimer la proposition. Nous avons par ailleurs convenu de nous voir tous les 15 jours à 3 semaines avec Guillaume Garot, pour faire le point sur les enjeux de la filière et les aspects stratégiques à mener.
L’année 2011 avait été bonne pour la filière, avec une hausse sensible des ventes et des exportations. 2012 apparaît plus compliquée avec des problèmes de compétitivité marqués dans la volaille et le porc, notamment. Comment voyez-vous le contexte actuel ?
La consommation stagne depuis le début de l’année et a même reculé en juillet et août. Nos entreprises avaient bien résisté pendant la crise de 2009. Mais ce n’est plus le cas. Nous sommes très inquiets. Beaucoup d’entreprises ont des problèmes de trésorerie. La filière prend la crise de plein fouet, en particulier les PME et les TPE. Nous estimons que 5 000 emplois sont menacés. Selon l’Insee, la marge brute des industries agroalimentaires a chuté de 14 points entre 2008 et 2012 pour tomber à 24 % aujourd’hui, notamment à cause des problèmes liés aux matières premières et aux baisses de consommation. Résultat, les marges nettes sont proches de zéro voire négatives dans le secteur de la charcuterie notamment.
Guillaume Garot a annoncé un plan pour l’agroalimentaire au printemps. Qu’en attendez-vous ?
Nous espérons beaucoup de la Banque publique d’investissement (BPI). Il devrait y avoir un fléchage significatif des fonds pour l’agroalimentaire. Cela permettra de soutenir notamment la recherche et le développement. Nous attendons également une meilleure aide et une meilleure coordination à l’export. Aujourd’hui, deux organismes se font la guerre, Ubifrance et la Sopexa. Il faut que cela cesse. Il y a trop d’organismes et de collectivités territoriales qui travaillent chacun de leur côté. Il n’y a pas d’identité France. Il faut une vision collective sous une même bannière. Guillaume Garot se penche actuellement là-dessus. Nous espérons aussi que le gouvernement va travailler sérieusement sur la compétitivité et le coût du travail en France. Ce très serait grave pour le pays de ne pas le faire.









