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"L’accident de SpaceX rappelle que l’espace reste une activité à haut risque"

Hassan Meddah

Publié le

Pacôme Révillon, PDG du cabinet Euroconsult, organisateur de la Satellite Business Week et expert des questions spatiales, revient sur les conséquences de l’explosion de la fusée Falcon 9 de SpaceX sur son pas de tir le 1 er  septembre.

L’accident de SpaceX rappelle que l’espace reste une activité à haut risque
Décollage réussi pour SpaceX le 15 juin 2016
© SpaceX

L'Usine Nouvelle.- Quelle seront les conséquences de l'explosion de la fusée Falcon 9 de SpaceX le 1 er septembre, à Cap Canaveral (Floride) ?

Pacôme Révillon.- Cet accident rappelle que l’accès à l’espace reste une activité à haut risque. Les technologies sont complexes. On manipule des matériaux extrêmement explosifs et des échecs sont toujours possibles. Un accident sur le pas de tir, c’est relativement rare. Il faudra déterminer si cela est lié à un problème ponctuel et assez simple à corriger ou à un défaut structurel, probablement sur le pas de tir plus que sur le lanceur. Dans les deux cas, cela pourrait occasionner un arrêt ou un ralentissement des activités de SpaceX durant plusieurs mois, avec le besoin d’adapter les procédures de contrôle qualité.

Avec l’absence du lanceur Falcon 9, y aura-t-il un problème de capacités pour lancer les satellites ?

Il suffit qu’un lanceur arrive ou quitte le marché pour passer rapidement d’une situation d’apparente surcapacité à la situation inverse.  Avant l’accident, on s'orientait vers une montée en cadence des lancements et l’avènement potentiel de lanceurs réutilisables. Le moindre échec d’un lanceur peut avoir un effet domino pour les opérateurs de satellites. 

Quelles seront les conséquences de ces retards pour les opérateurs de satellites ?

Ces retards causent de sérieux problèmes pour les opérateurs. Ils devront décaler l’ouverture de leurs services. Cela entraîne donc un décalage des revenus attendus de l’exploitation du satellite. C’est encore plus problématique si le satellite à lancer doit remplacer un satellite opérationnel en fin de vie. C’était le cas du satellite Amos6 qui a été perdu dans l’explosion et qui devait remplacer un satellite existant. Dans une telle situation, l’opérateur lésé peut ess ayer de louer un satellite déjà en orbite auprès de ses concurrents mais il ne sera pas aussi bien adapté en termes de débit et de couverture que le programme initial.

Après cet échec, les lancements vont-ils coûter plus cher ?

Si les retards se cumulaient, on pourrait observer un renchérissement temporaire des coûts de lancement. Mais je ne pense pas qu’un tel accident remette en cause la tendance à long terme d’un accès à l’espace moins cher. Le modèle économique des opérateurs de satellites est sous pression. Ils cherchent toujours à baisser leurs coûts de lancement et acheter moins cher leurs satellites, où a minima d’augmenter leur productivité avec des satellites plus performants pour un coût équivalent. D’autant plus qu’il y a actuellement des surcapacités sur le segment des télécommunications, et que les nouveaux services à haut débit demandent des coûts de transmission réduits. C’est la même dynamique observée ici que pour les opérateurs télécoms terrestres, offrant plus de débit pour un coût d’abonnement stable.

Les malheurs de SpaceX feront le bonheur de ses concurrents…

Ce n’est pas si évident. Lors du précédent échec de SpaceX en 2015, seuls deux satellites avaient été repositionnés sur un autre lanceur. Il faut plusieurs mois pour adapter un satellite à un autre lanceur. Encore faut-il trouver un lanceur qui convienne et disponible! Son concurrent principal, Arianespace, a un carnet de commandes très bien rempli, au moins durant les deux prochaines années. De plus, un lancement Ariane pour être optimisé, impose l’appareillage de deux satellites, un petit et un grand. Il n’est pas non plus évident de se retourner vers le lanceur d’ILS, le lanceur russe Proton, qui a connu des problèmes de fiabilité et de performances par le passé. Le lanceur japonais n’effectue qu’occasionnellement des lancements commerciaux, de l’ordre d’un par an. Qui plus est, il est structurellement plus cher. Enfin les autres lanceurs américains dont la fusée américaine Atlas 5 sont généralement plus chers et sont d’abord là pour répondre au marché gouvernemental américain.

SpaceX n’en fait-il pas trop ?

SpaceX a enregistré plusieurs succès d’affilée. L’atterrissage de la fusée réutilisable est une réalisation impressionnante. On ne peut donc pas parler de problème structurel de fiabilité concernant SpaceX. La question est de savoir si la société ne s’est pas trop dispersée. Elle s’est fixé beaucoup d’objectifs : fusée réutilisable, fusée lourde, vol habité, exploration martienne… La multiplication de projets et innovations peut accroître le risque lié au contrôle qualité de ses opérations. Il convient cependant de faire preuve de prudence et d’attendre les conclusions quant à la cause exacte de cet échec. 

Propos recueillis par Hassan Meddah

 

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