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L'accident de Puisseguin révèle les maigres normes anti-feu des autocars

Xavier Boivinet ,

Publié le

L'intérieur d'un bus est bien moins soumis à des normes anti-incendie que tout autre moyen de transport. Un rapport d'enquête technique sur l'accident de Puisseguin le révèle. En octobre 2015, un incendie s'était propagé très rapidement après la collision entre un autocar et un poids lourd, coûtant la vie à 43 personnes.

L'accident de Puisseguin révèle les maigres normes anti-feu des autocars
L'intérieur d'un bus est bien moins soumis à des normes anti-incendie que tout autre moyen de transport
© Oscar CC Flickr

Six millions de personnes ont voyagé dans un “bus Macron” en 2016. Avec 25% de hausse de fréquentation par trimestre sur l’année, ce moyen de transport poursuit sa course pour concurrencer le rail. Mais contre le feu, les autocars ont encore du chemin à parcourir. Les normes anti-incendie sont bien plus légères pour les bus que pour n’importe quel autre moyen de transport. Le Bureau d’enquête sur les accidents de transport terrestre (BEA-TT) le pointe du doigt dans un rapport technique qu’il vient d’émettre au sujet de l’accident entre un bus et un poids lourd à Puisseguin, en Gironde. Le 23 octobre 2015, la collision frontale suivie d’un incendie fulgurant avait fait 43 morts.

Les enquêteurs indiquent que “l’habitacle de l’autocar a très rapidement été envahi par une fumée toxique puis attaqué par les flammes, l’embrasement complet du véhicule ayant ensuite été très rapide, ce qui n’a pas laissé le temps aux passagers de l’autocar d’évacuer le véhicule.” Le rapport fait état d’un réservoir additionnel de carburant sur le poids lourd percuté. “Non homologué”, il aurait fortement contribué à l’incendie. Mais les matériaux employés dans la construction du bus n’ont pas aidé.

Des conditions d'évacuation différentes

Citée par le BEA-TT, une étude publiée en 2014 par l’institut fédéral de recherche routière allemand (BAST) compare les tests anti-feu réalisés sur les matériaux intérieurs des bus, trains, bateaux et avions. En l’air ou en mer, l’évacuation d’un appareil est difficile. D’où les normes incendie drastiques pour éviter tout départ de feu. Des exigences que l'on retrouve pour les trains, mais pas pour les bus (tableau ci-dessous).

Président du laboratoire CREPIM qui certifie des matériaux contre l'incendie, Franck Poutch explique cette différence par le fait qu'"un train est plus long et plus complexe à évacuer qu'un bus." Mais selon lui, cela est de moins en moins vrai avec des bus de plus en plus gros, à double étage. L’étude du BAST stipule que les conditions d’opération d’un tramway et d’un bus de ville, ou d’un train et d’un bus longue distance sont très similaires. De plus, l'évacuation est encore plus compliquée après une collision. "Les gens sont désorientés, voire blessés", indique Franck Poutch.

Intégrer les tests de fumée

Seules les vitesses de combustion horizontale et verticale sont étudiées sur les matériaux intérieurs des bus. Garnissages, rideaux,... Tous les équipements y passent. "Nous nous assurons également que des gouttes enflammées issues d'un matériau fondu ne se forment pas, sur les luminaires par exemple, indique Franck Poutch. Elles risqueraient de créer un foyer secondaire d'incendie." Mais trains, bateaux et avions incluent d’autres essais, et notamment concernant la densité et la toxicité des fumées dégagées.

Franck Poutch l'affirme : "Le bus est un transport de masse dont les exigences de sécurité incendie restent largement inférieures à celles des trains, avions ou bateaux". Une amélioration selon lui consisterait à "intégrer les mesures d'opacité et de toxicité des fumées qui sont décisives pour les incendies après une collision".

Le rapport de BEA-TT recommande la même chose : “renforcer les exigences concernant la tenue au feu des matériaux utilisés dans la construction des véhicules et introduire de nouvelles exigences en matière de toxicité des gaz dégagés par la combustion de ces matériaux.”

Vers une évolution de la réglementation

Elisabeth Borne, ministre chargée des transports, et Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire, ont réagi à ces recommandations dans un communiqué commun. “La France présentera le rapport d’enquête du BEA-TT au Groupe Réglementaire Sécurité Générale de l’ONU, chargé d’élaborer ces règlements, afin de sensibiliser toutes les parties à ces évolutions.” Ils ajoutent que “la France proposera la création d’un sous-groupe informel pour accélérer l’élaboration de proposition de textes en ce sens.” Les normes incendie des bus sont issues du règlement CEE-ONU n°118 de la Commission économique pour l'Europe des Nations Unies. La route vers une éventuelle évolution sera longue et impliquera de développer de nouveaux matériaux.

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1 commentaire

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14/08/2017 - 15h53 -

Enfin, un rapport objectif, claire et sans discussion sur les impératifs à mettre en oeuvre dans la fabrication des autocars. Bien évidemment, tous les professionnels du transport par autocar (Autocariste, comme moi) qui ont vécus l’incendie d'un de leurs autocars, savent à quel point l'autocar brûle rapidement et intégralement en quelques minutes ( 5 à 10 mn) quel que soit la marque et l'origine de l'incendie. J'ai 2 exemples, un incendie depuis le Webasto, (chauffage d'appoint utilisé essentiellement en hiver) et un autre avec un incendie dont l'origine se trouvait sous le tableau de bord sous les compteurs ( cours circuit électrique), he bien, pour chaque cas, le feux s'est propagé à l'ensemble de l'autocar en moins de 5 mn. Heureusement, à chaque fois, aucun passager, pour le 1er cas, le conducteur trouvait à quelques mètres de son véhicule et il n'a rien pu faire avec l'extincteur, l'autre cas, plus délicat, la conductrice a eu le temps de s'arrêter et de sortir du véhicule.
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