Jouer avec la sécurité, c'est du sérieux !
Par CÉCILE MAILLARD - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3230
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Pour former et entraîner ses salariés à la santé-sécurité, ERDF a conçu un serious game, nommé Wattou. Cela change des conférences et des brochures...
Le petit bonhomme sort de sa voiture de fonction, s'équipe et entre dans le poste de transformation d'électricité. Quelques gestes de sécurité à accomplir et l'agent ERDF pourra intervenir. La scène se joue sur l'écran d'un ordinateur. « ERDF doit être le référent dans le domaine de la sécurité électrique. Un accident d'origine électrique peut être un drame », explique Pierre Raimbault, le directeur santé-sécurité d'ERDF. En 2010, l'entreprise en a connu neuf et a décidé de renouveler sa politique de prévention sécurité.
Problématique de départ : comment aller au-delà des formations classiques, qui font passer les informations primordiales, mais ne réussissent pas toujours à modifier les attitudes ? ERDF, qui recrute beaucoup de jeunes, a eu l'idée d'utiliser un outil familier à cette génération : l'ordinateur. Non pour y proposer de l'e-learning, déjà trop classique, mais un serious game. Un jeu sérieux à l'approche plus ludique. Développer un tel produit demande du temps. Entre le moment où l'idée a germé et la mise à disposition du jeu, il s'est écoulé deux ans. Le plus long ? « Les dix-huit premiers mois, lorsqu'il a fallu concevoir et organiser le projet, réunir les compétences et trouver le bon prestataire, l'épauler avec nos experts du risque électrique et définir le contenu pédagogique », explique Pierre Raimbault.
ERDF a écrit dix scénarios recoupant 95 % des situations dans lesquelles se retrouvent ses agents de maintenance et de conduite. Le premier, qui vient d'être testé, traite de la consignation aéro-souterraine : avant d'intervenir, l'agent doit mettre le réseau hors tension, s'assurer que l'électricité ne peut pas revenir, puis s'équiper au cas où le courant serait rétabli.
Un enthousiasme fabuleux
Succubus Interactive, la petite entreprise conceptrice du jeu Wattou a imaginé trois niveaux : le débutant, très encadré, ne peut pas échouer ; dans le 2e niveau, moins accompagné, le bonhomme meurt s'il se trompe, mais peut revenir en arrière ; les situations du 3e niveau sont proches de la réalité, l'agent est perturbé par des éléments extérieurs (un chien, un client), incité à travailler en équipe...
Le prochain scénario, prêt en juin, simule une consignation souterraine en basse tension. Cet été, 800 personnes auront testé ces deux premières versions. Si les retours sont positifs, les huit autres seront développées. À terme, la totalité des 8 000 exploitants d'ERDF et leurs managers auront utilisé le serious game. « Ils peuvent apprendre en jouant seuls, mais aussi en équipe, afin d'instaurer des échanges sur leurs pratiques. »
Côté coût, « ce n'est pas si cher que ça », estime le directeur santé-sécurité. ERDF n'a pas retenu la 3 D, plus coûteuse, et s'en sort avec un budget d'un peu moins de 2 millions d'euros. « C'est un outil de formation parmi d'autres, conclut Pierre Raimbault. Mais le jeu a été plébiscité, l'enthousiasme est là ! C'est bon signe, car la prévention ne marche que quand ça intéresse. » D'ailleurs, les anciens, que les jeunes sont allés chercher pour pianoter avec eux, ont eux aussi adoré !

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