Jeunes diplômés : soignez vos savoir-être
Par Redaction L'Usine Nouvelle - Publié leS'ils sont mieux formés, maîtrisant l'informatique et les langues étrangères, les jeunes diplômés possèdent aussi de sérieux handicaps. Les enfants du cocooning et du zapping ont du mal à comprendre l'entreprise et ses codes. Décryptage par un pro du recr
Chaque année, la division Ingénieurs et techniciens de Page Personnel, la structure spécialisée pour les jeunes diplômés, réalise 600 missions de recrutement. De quoi donner à son responsable, Julien Weyrich, un certain recul sur les qualités et les handicaps des jeunes diplômés. L'apprentissage n'est pas un sésame, mais un sérieux atout.Vous fréquentez quotidiennement des jeunes diplômés. Quelles sont leurs principales qualités ?
Julien Weyrich : Internet oblige, ils ont incontestablement un spectre de connaissances plus larges que leurs aînés. Ils s'intéressent à plus de sujets, même si, souvent, ces connaissances sont moins approfondies. Les jeunes se posent aussi moins de questions, au sens où ils sont plus fonceurs que les anciens. Ils se lancent, voient le résultat. Ils sont plutôt pragmatiques.
Des jeunes pragmatiques, à l'esprit ouvert, plutôt mieux formés, quels sont leurs défauts ?
Ces jeunes paraissent moins investis, moins ouverts et avec parfois des idées quelque peu préconçues. Je parle en général. Il y a toujours des exceptions. C'est la génération cocooning à outrance. Elle a parfois l'habitude d'avoir ce qu'elle veut. Dans le monde professionnel, cela peut avoir des effets néfastes. Les savoir-être ne sont pas toujours à la hauteur de la compétence qu'ils peuvent avoir. La ponctualité, la préparation de l'entretien, des qualités de savoir-vivre font souvent défaut. Aujourd'hui, un candidat ponctuel qui a préparé l'entretien fait la différence, tant cela est devenu rare. Il y a seulement dix ans, la sélection s'opérait sur d'autres critères, car la ponctualité ou la préparation étaient des évidences.
En conséquence, quels conseils leur donneriez-vous ?
D'abord de bien choisir leur formation. Les écoles s'étant multipliées, on voit de plus en plus de candidats à bac +5 qui auraient peut être mieux fait d'arrêter leurs études plus tôt. Mieux vaut être un excellent technicien qu'un ingénieur moyen. Ils doivent aussi choisir avec attention leur stage de fin d'étude, qu'ils soient en bac +2 ou bac +5. C'est déterminant pour le premier poste. Le secteur d'activité, l'entreprise seront des facteurs de différenciation qui feront pencher la balance.
Et une fois les études terminées ?
Pour l'entretien, les candidats sont souvent « formatés » par leurs écoles. Ils doivent apprendre à se différencier, car, en tant que recruteur, je sais bien qu'au sein d'une promotion tous les candidats ont appris la même chose et ont appris à apprendre. Le meilleur moyen de se singulariser reste de préparer l'entretien. C'est essentiel de savoir qui on va voir et pour quel poste. Il faut aussi savoir être ouvert et à l'écoute des conseils. Sur la question des salaires, gare aux moyennes avancées par les écoles qui sont souvent surestimées. Enfin, je leur conseille de s'impliquer. Il faut éviter de poser d'emblée des questions logistiques sur les tickets restaurants ou les 35 heures. J'ai une mauvaise nouvelle pour les jeunes : tout ne leur est pas dû.
Pour favoriser l'emploi des jeunes, le gouvernement mise sur l'apprentissage. Cela vous semble-t-il une piste intéressante ?
Indéniablement oui aussi bien pour les techniciens que pour les ingénieurs. Et c'est un avis partagé par un nombre croissant d'employeurs. Un ancien apprenti a une connaissance approfondie de l'entreprise. Il a une culture de salarié, il intègrera plus vite le monde du travail. Il sera plus vite opérationnel. Sur le terrain des savoir-être qui sont le gros point faible des jeunes, l'apprentissage permet un gain important.
Propos recueillis par Christophe Bys

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