Jean-Pierre Ploué, Directeur du style PSA Peugeot-Citroën

Le 02 octobre 2008 par Rédaction L'Usine Nouvelle
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« Pour les bureaux de style, l'heure n'est plus aux états d'âmes »

Après avoir dirigé huit ans le bureau de style Citroën, vous venez d'être nommé à la tête du style du groupe PSA. Dans un contexte difficile et une concurrence accrue, un designer peut-il encore donner libre cours à ses envies ?

Chez Citroën, et demain chez Peugeot, mon objectif  est d'affirmer le style propre à la marque. En restant dans les limites du raisonnable. Vu la concurrence, ce n'est plus d'heure d'avoir des états d'âme. Quand le marché demande un produit, on le fait. Il faut sentir les tendances, et non les devancer. Il ne s'agit pas d'aller où la clientèle n'est pas prête à aller. Notre objectif est de concevoir des produits novateurs sans prendre le risque d'un échec commercial. En trouvant le réglage subtil entre attentes du consommateur et design.

Les contraintes de coûts influent-elles sur le design ?

Evidemment. Et de plus en plus. Un exemple : certaines marques à fortes marges, comme BMW, peuvent encore se permettre de concevoir des pièces à sept passes d'emboutissages. Chez les généralistes, comme PSA ou Toyota, le standard est passé de quatre ou cinq, à trois. Nous devons en tenir compte dès la conception. Et sur ce point, l'apport de la CAO a été déterminant.

Après la C5, reconnue pour son design, votre équipe vient de présenter le C3 Picasso. Est-ce, selon vous, l'image du futur automobile ?

Les premières esquisses de la C3 Picasso sont nées de l'imagination des plus jeunes recrues du bureau de style Citroën. Cette génération des 25/30 ans se sent naturellement attirée par ces concepts pratiques et rationnels. Ils ne se reconnaissent que peu dans les coupés sportifs ou les berlines statutaires. Elles les font peu rêver et ils ne savent pas s'y identifier. La C3 Picasso leur correspond parfaitement. Et au bout du compte, c'est une approche stylistique qui n'est pas moins expressive ou moins intéressante que celle d'une voiture dite « de rêve ».

Vous êtes à l'origine du concept-car minimaliste C-Cactus. Croyez-vous en l'avenir du low-cost ?

L'objectif de Citroën n'est pas de faire du low-cost qui risquerait de cannibaliser le reste de la gamme. Si nous décidons de lancer une voiture dérivée de ce concept-car, ce dernier ne fera pas obligatoirement du mal à la C4. Parce que ce sont des produits très différents et qu'ils ne s'adressent pas à la même clientèle.

Que pensez-vous de la mode néo-rétro ? Seriez-vous prêt à imaginer le retour de la 2CV ?

A priori, j'étais contre. Je pense que Citroën gagnera davantage à exploiter son image de marque innovante plutôt que son héritage historique. Aujourd'hui, mon avis a évolué. Il peut être intéressant de réinventer des mythes à condition d'axer la réflexion sur leur valeur technologique. Et dans ces conditions, je me vois mieux revisiter la DS que la 2CV.

Anne Leveillé

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