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Jean Nanoux (GPA) : «Prendre des mesures protectionnistes se retournerait contre nous»

Par Redaction L'Usine Nouvelle - Publié le
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Le président du Groupement Plasturgie Automobile fait le bilan des discussions menées avec Luc Chatel sur l'avenir de la filière automobile. Il aborde le code de bonne conduite, les mesures d'urgence, et le dialogue avec les constructeurs.

La filière de la plasturgie regroupe une centaine d'entreprises et représente 5 à 10 milliards d'euros de chiffre d'affaires par an. Alors que Nicolas Sarkozy pourrait annoncer ce soir de nouvelles mesures dédiées à la relance de l'automobile, le président de l'une des grandes fédérations de sous-traitants de la filière fait le bilan des discussions menées avec le ministère.

Quelles sont les conséquences de la crise sur la filière de la plasturgie ?

Jean Nanoux. La production en janvier a chuté de 30 à 35% sur un an. En décembre nous étions entre -50% et -60%. Ces proportions sont plus importantes que la baisse des ventes des constructeurs, car ils déstockent. En termes de chiffre d'affaires, la baisse est d'environ 25% au quatrième trimestre 2008. Pour l'instant, le secteur n'a presque pas connu de licenciements. Les entreprises ont d'abord privilégié la réduction du nombre d'intérimaires et de prestataires, la prise de RTT et le chômage partiel.

Mais si l'on ne fait rien, il y aura tellement de plasturgistes au tapis lorsque la reprise apparaîtra que la production de pièces ne pourra pas la suivre. Aujourd'hui, trois équipementiers majeurs sont en redressement judiciaire - Eurostyle, Ranger et Key Plastics - et seul le soutien financier des constructeurs les maintient encore en vie. Si ça continue, ces situations vont se multiplier. Car les plasturgistes prennent à leur charge d'énormes frais de développement dans les deux ou trois ans qui précèdent le démarrage de nouvelles séries, avant qu'ils ne soient amortis dans le prix des pièces. Par conséquent, pas de production, pas d'amortissement des investissements, ce qui entraîne une explosion des dettes, et aboutit à une coupure des lignes de crédit.

La concentration de la filière plasturgie est-elle une solution pour surmonter la crise ?

Ce qu'il faudrait avant tout, c'est que davantage d'équipementiers appartiennent à des groupes internationaux, pour pouvoir s'implanter mondialement. Des concentrations, il y en a, par exemple lorsque Faurecia ou Plastic Omnium reprennent des entreprises moribondes. Mais ce n'est pas le cœur du problème, même s'il est vrai que par rapport à l'Allemagne, nos PME manquent de fonds propres.

Etes-vous satisfait des discussions menées avec les autres représentants de l'industrie automobile et le secrétaire d'Etat à l'Industrie Luc Chatel ?

Oui. Les discussions ont beaucoup progressé, les grandes lignes sont définies, mais elles vont encore se poursuivre jusqu'a la fin du mois. Luc Chatel et son équipe sont parvenus à rendre beaucoup plus transparent le dialogue entre fournisseurs et constructeurs.

Où en est-on de l'élaboration du nouveau code de bonnes pratiques pour la filière ? Pensez-vous qu'il pourra réussir là où les précédents codes ont échoué, notamment en matière de délais de paiement ?

Nous sommes parvenus à un accord, mais il faut encore ajouter des éléments spécifiques aux plasturgistes, pour répondre aux problèmes d'investissements évoqués précédemment. Par rapport aux précédentes tentatives, les constructeurs se sont davantage impliqués, et plus de fédérations représentant la filière ont signé : six exactement. Disons que le dernier code était appliqué, mais de manière subjective. Quant au nouveau code, il pourra être mis en œuvre dès que les aides de l'Etat seront débloquées.

Quand ces négociations devraient-elles aboutir ?

A priori d'ici à la fin du mois.

La presse s'est fait l'écho d'éventuelles mesures protectionnistes qui garantiraient aux équipementiers et sous-traitants français un minimum de commandes de la part des constructeurs. Comment réagiriez-vous si le Président annonçait ce type de mesures ?

Je ne suis pas du tout pour des mesures de type protectionnistes. De même que j'étais contre des quotas de fabrication de pièces dans les pays low cost. Je crois qu'il faut des pièces low cost, quelque soit le pays où elles sont fabriquées. Pour éviter les délocalisations, il faut faire aussi bien que les pays de l'Est.
Aujourd'hui toutes les sociétés sont imbriquées. Il faut aussi que PSA et Renault, qui vendent plus à l'étranger qu'en France, soient en mesure de continuer à vendre à l'étranger. Le protectionnisme se retournerait contre nous.

Aux Etats-Unis, les équipementiers réclament une aide de l'Etat, à l'instar de ce qui est accordé aux constructeurs. En France, les équipementiers ne disposent que d'un fonds de 300 millions d'euros. Faut-il faire plus ? Qu'avez-vous proposé au ministère ?

D'autres mesures viendront peut-être compléter le fonds de modernisation. Mon objectif, c'était d'expliquer que si l'on ne fait rien, nous allons droit dans le mur. Je laisse au gouvernement le soin de proposer les mesures concrètes pour financer le secteur. Du côté des équipementiers, l'avancée concrète pour l'instant, c'est le code de bonne conduite.

Propos recueillis par Raphaële Karayan

A lier aussi :

Eric Moleux (GIMEF) : «Les sous-traitants doivent faire partie du comité de sélection du fonds de modernisation de l'automobile» (02/02/09)

Dossier : la crise automobile

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