JAPON
Miracle au pays du Soleil-Levant ?
A en croire les chiffres, l'activité se redresse et la reprise, comme le soleil, point à l'horizon. Prudence et méfiance quand même !
De quoi jeter tous ses modèles économiques au feu ! Alors que les marchés financiers pensaient que le PIB, du dernier trimestre de 1998 au premier trimestre de 1999, aurait une évolution comprise entre - 0,2 et + 0,3 %, la publication des chiffres de croissance a provoqué la stupeur et, il faut bien le dire, un certain scepticisme.
Au début de l'année, le PIB s'est soudain repris. Le rythme trimestriel a été très fort : + 1,9 % par rapport au trimestre précédent. Si cette performance était répétée sur quatre trimestres consécutifs, elle équivaudrait à une croissance de 7,9 % l'an (ce que les économistes appellent un " taux de croissance annualisé "). Comment expliquer ce miracle ? D'abord, à force d'injecter des fonds publics pour relancer l'économie, le gouvernement a provoqué une hausse de la dépense publique de 6 % par rapport au dernier trimestre de 1998 (soit une hausse d'environ 26 % en taux trimestriel annualisé !) " Le déficit budgétaire est de l'ordre de 10 % du PIB, avertit Véronique Seltz, économiste à la CDC-Marchés. Il est peu probable que le pouvoir puisse continuer longtemps à mettre en place de nouveaux plans de relance par la dépense et par le déficit, même si les Japonais sont des gens riches. " Plus étonnant, la dépense privée a elle aussi fortement progressé. La consommation et l'investissement en logement des ménages ont chacun fait un saut d'environ 1,2 % (5 % en taux annualisé), l'investissement des entreprises a bondi de 2,5 % (10,5 % en rythme trimestriel annualisé). Qui disait que les Japonais étaient maussades ? La reprise du logement semble avoir une réalité. " Elle peut être recoupée avec les indicateurs dont nous disposons, confirme Hervé Goulletquer, chef économiste au Crédit lyonnais. Elle arrange en tout cas le gouvernement, qui veut prouver l'efficacité des bonifications de crédit qu'il a mises en place. " La remontée de la consommation suscite davantage de doutes. Certes, " les bons d'achat, qui ont été distribués ces derniers mois, ont pu soutenir les dépenses des ménages ", rappelle Véronique Seltz. Il n'en reste pas moins que les indicateurs de vente ne sont pas bien orientés. Le redressement de l'investissement des entreprises, tel qu'il est décrit par les statistiques officielles, laisse carrément incrédule. Certes, il existe à présent un mécanisme public qui garantit des lignes de crédit aux PME. " Or les PME représentent 40 % de l'investissement total ", observe Véronique Seltz. En sens inverse, les surcapacités sont encore importantes dans l'Archipel, et la profitabilité des entreprises ne se redresse pas. La levée des contraintes de crédit n'est donc pas suffisante pour pousser les firmes à se précipiter sur l'investissement. En outre, " dans un contexte de prix qui baissent, elles continuent à augmenter les salaires, observe Véronique Seltz. Elles ne pourront pas suivre ". " Les chiffres du premier trimestre, c'est une mauvaise manière faite à la réalité, conclut Hervé Goulletquer. Il ne faut pas les prendre pour argent comptant. Au mieux, il y a eu une stabilisation de l'activité dans l'Archipel au premier trimestre. Avec de telles statistiques, les prévisions pour la croissance pour 1999 n'ont plus grand sens : mettons qu'elle sera entre - 0,5 et + 0,5 %. " Et même si les statistiques étaient exactes, elles ne signifieraient pas la fin des problèmes. L'année 1996 avait elle aussi connu un premier trimestre en fanfare, ce qui n'a pas empêché le Japon d'entrer en récession par la suite. " Je reste très sceptique sur la possibilité immédiate d'une reprise durable ", confirme Véronique Seltz. Au moins, nous voilà prévenus.
L'invité
Docteur Teizo Taya, Directeur de l'institut de recherche Daiwa, à Tokyo
" Vers un taux de chômage entre 6 et 7 % "
La croissance du premier trimestre résout-elle la crise ?
La forte progression du PIB sur les trois premiers mois de 1999 va nous amener à revoir à la hausse notre prévision de croissance pour l'année fiscale 1999-2000, qui court de début avril à fin mars. D'un chiffre initial à - 1,6 %, nous allons probablement passer autour de - 0,6 %. Cela dit, l'activité ne pourra pas garder le même rythme qu'au premier trimestre. D'abord, une aussi forte croissance de la dépense publique n'est pas soutenable budgétairement. Ensuite, la consommation des ménages et l'investissement des entreprises ne resteront pas aussi dynamiques. Certes, consommateurs et entrepreneurs ont repris confiance, en constatant que le nombre de faillites a baissé grâce aux associations qui accordent des garanties de crédit. A court terme, cette mesure était nécessaire pour sortir du marasme ; à long terme, elle n'est pas tenable pour les finances publiques.
Le Japon va-t-il poursuivre ses réformes structurelles ?
Il le faut. La restructuration du secteur bancaire porte ses fruits : le risque systémique s'évanouit, et la " japan premium ", la prime de risque japonaise, a disparu. Les réformes doivent concerner d'autres secteurs. Dans le contexte japonais, la hausse du taux de chômage (qui ira, à moyen terme, jusqu'à 6 ou 7 %) devra être interprétée de façon positive. Elle signifiera que les entreprises continuent de se normaliser. Propos recueillis par O. L.









