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Japon, les leçons du renouveau

Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3044

Un voyage récent m'a de nouveau confronté aux paradoxes du Japon. Après une décennie de croissance nulle ou faible, le Japon est passé du quatrième au quinzième rang en produit national par habitant. Les entreprises japonaises ont encore beaucoup de difficultés à restructurer leurs opérations domestiques. La distribution est restée très inefficace. Et, face aux suggestions de changement, la réponse est encore souvent : « On ne peut pas, car on ne l'a jamais fait » ou « Cela créerait un conflit ».

Circuler dans les rues de Tokyo, ou parler avec des amis japonais est cependant loin de confirmer cette impression négative. Le niveau de vie japonais est toujours élevé, on ne voit pas de poches de pauvreté comme chez nous, et la qualité de l'environnement est bonne.

Faut-il alors penser à ce « décrochage sous anesthésie » dont parle Michel Camdessus pour la France, ou au contraire admirer un choix fait pour s'épargner les douleurs du changement en sacrifiant la croissance ? Sans doute ni l'un ni l'autre, si l'on observe les évolutions récentes.

Les entreprises japonaises, devant les difficultés domestiques, ont choisi de délocaliser une grande partie de leur production vers la Chine proche, tout en conservant au Japon recherche, développement et innovation, voire parfois la partie la plus noble de la production. Et en même temps, le gouvernement japonais - le fameux Miti - a engagé un énorme effort d'innovation technologique. Les dépenses de R et D ont largement dépassé les 3 % du produit intérieur brut. Dans le cadre d'un consensus négocié, le secteur privé a beaucoup participé à cet effort, tandis que la coopération entre universités et entreprises s'intensifiait.

Cette action a déjà contribué à augmenter la croissance de plus de un point, et devrait permettre au Japon, malgré ses handicaps structurels, de retrouver le chemin d'une croissance saine et durable.

Voilà sans doute une leçon pour la France. Nous n'avons pas la culture japonaise du consensus, et sommes soumis à des pressions plus fortes pour des ajustements rapides. Mais il dépend de nous de mener une politique ambitieuse de développement de la recherche et de l'innovation, dans un partenariat public-privé qui remette en cause les rigidités et les inefficacités des structures actuelles.

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