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Japon, Chine et USA: la guerre des taux de change

Le 12 mars 2010 par Morgane Remy
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Les taux de change ont un impact direct sur les exportations qui sont un enjeu majeur de la reprise économique. Le Japon et la Chine essayent, avec des stratégies différentes, de jouer au plus fin pour lutter contre une monnaie trop forte.

Le Japon est prêt à prendre «des mesures fermes» contre la force du yen qui nuit à ses exportations, a affirmé vendredi le Premier ministre Yukio Hatoya. C’est un véritable revirement de la part de Tokyo. Depuis mars 2004, le Japon avait renoncé à manipuler le marché des changes pour affaiblir le yen et stimuler les exportations. Sans revenir à une politique interventionniste, le Premier ministre tire la sonnette d’alarme : «En principe, je crois que les taux de change devraient  être déterminés sur les marchés, mais ce n’est pas toujours le cas dans la réalité.» Pour lui, la raison de la réévaluation tient compte de phénomènes économiques extérieurs à l’industrie Japon comme le risque souverain qui règne en Grèce, l'effondrement de Dubaï et, avant cela, la déconfiture de Lehman Brothers.

S’il ne souhaite pas revenir au système des taux fixes, il se permet de lancer cet appel après avoir publiquement contredit son ministre des Finances Naoto Kan, qui avait évoqué la possibilité d’une intervention sur le marché pour affaiblir le yen. Cette volte-face peut s’expliquer par les enjeux lourds qu’implique la fluctuation de la monnaie nationale. « Toutes les industries, mais surtout celles de masse comme l’automobile, ne sont plus concurrentielles. La Corée qui a déprécié sa monnaie rafle les parts de marchés et le Japon peine à exporter,   notamment sur le territoire américain», explique Raymond Van Der Putten, économiste spécialiste du Japon à la BNP-Paribas.

Une politique d’influence

Si la production nippone a augmenté de 2,7% en janvier par rapport à décembre pour le onzième mois consécutif, c’est amplement grâce à la croissance de pouvoir d’achat des pays asiatiques émergents qui se tournent vers le Japon pour les produits de haute technologie. La Chine absorbe désormais 13% des exportations japonaises. Par contre, les industries à forte valeur travail perdent de leur compétitivité. Face à cette crise, le gouvernement ne pouvant pas intervenir directement sans être montré du doigt par la communauté internationale essaye «de faire pression sur la banque centrale», analyse Raymond Van Der Putten.

«Le Japon ayant une faible déflation depuis quelques années – aux alentours de 1% - la banque centrale pourrait introduire plus de liquidités sur les marchés et permettre une dévaluation nécessaire du yen», ajoute-t-il. Alors que la Banque de Japon se réunit en début de semaine, la solution de la planche à billets est envisageable. Contrairement à la zone euro, le spectre de l’inflation est moins effrayant et une dévaluation de la monnaie pourrait stimuler les exportations sans avoir à intervenir politiquement. Les récents propos du Premier ministre seraient donc un véritable appel du pied à la Banque centrale qui, elle, a le pouvoir d’agir.

Une politique interventionniste

En jouant sur la masse monétaire, des emplois dans l’industrie pourraient être sauvés. Si cela est vrai au Japon, l’ampleur que cela prend en Chine explique la résistance de Pékin aux pressions américaines pour la réévaluation du yuan. «Une appréciation du taux de change yuan/dollar d’un point entrainerait une baisse d'un point de bénéfice net dans les industries à forte valeur travail», dit Bei Xu, une économiste en charge de la Chine chez Natixis, qui fait référence à des enquêtes menées de front par le ministère du Commerce chinois et celui de l’Industrie et de l’information. Cette baisse de bénéfice entrainerait inévitablement la délocalisation d’industries comme celles du jouet, de la maroquinerie et du textile vers des pays moins développés où la main d’œuvre est meilleure marché. D’après les autorités chinoises, une telle réévaluation de la monnaie nationale entraînerait la destruction de 90 millions d’emplois.

En Chine, l’enjeu des taux de change est économique mais aussi et surtout social. Depuis quelques années, les ménages ne profitent pas de la forte croissance de l’économie chinoise. Le revenu des ménages représente moins de 50% du produit intérieur brut chinois contre un peu plus de 50% au Brésil, 60% au Royaume-Uni et 68% aux Etats-Unis. «Le partage de la valeur ajoutée se faisant au détriment des salariés, les tensions sociales sont de plus en plus fortes», observe l'économiste de Natexis. Et cela pourrait avoir un impact politique dangereux. Du coup, le gouvernement défend sa monnaie.   La Chine a ainsi rejeté vendredi, la «politisation» de la question de la valeur du yuan, au lendemain d’un discours de Barack Obama qui l'enjoignait à changer leur politique monétaire.

 La bataille internationale

La Maison blanche désire que la Chine réévalue le yuan dont le niveau actuel favorise les exportations chinoises. Barack Obama a rappelé jeudi que « si la Chine évoluait vers un taux de change plus conforme au marché, cela constituerait une contribution importante aux efforts mondiaux de rééquilibrage». Bei Xu décrypte les menaces pesant derrière ces propos diplomatiques: «Les Etats-Unis ont le pouvoir de déclarer la politique de la Chine comme une pratique protectionniste et d’exiger des sanctions commerciales.» La Chine, de son côté, accuse les Etats-Unis de restreindre ses exportations vers son marché. Si les tensions sont importantes entre les deux pays, la rupture n’est pas encore consommée. Celle-ci aurait un impact négatif sur les deux économies et n’est pas souhaitable. Par contre, le jeu des pressions diplomatiques est à son comble, chacun essayant de gagner cette guerre froide des taux de change.

 Morgane Remy

 

 

           

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