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L'Usine Auto

Jacques Aschenbroich (Valeo) : " L'automobile vit trois révolutions"

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Entretien Pour le PDG de Valeo, l’électrification de la chaîne de traction, les nouveaux acteurs de la mobilité et la voiture autonome sont sources d’innovation.

Jacques Aschenbroich (Valeo) : L'automobile vit trois révolutions © Pascal Guittet

Sommaire du dossier

Valeo fait partie des industriels qui déposent le plus de brevets en France. Comment l’expliquez-vous ?

Nous avons déposé 1 400 brevets en 2015 dans le monde. Nous augmentons d’ailleurs plus vite le nombre de dépôts de brevets que nos dépenses de R & D, ce qui est un signe de vivacité de notre recherche. Cela prouve notre originalité dans le développement de nouveaux produits et dans les nouvelles technologies. Dans l’automobile, nous sommes en train de vivre trois révolutions. La première, c’est celle de l’électrification de la chaîne de traction, la seconde celle des acteurs de la mobilité, la troisième celle de la voiture autonome. Valeo se trouve au cœur de ces trois révolutions avec des innovations. Je peux citer celles qui permettent de réduire les émissions de CO2 des voitures, mais aussi les capteurs, qui sont les yeux et les oreilles du véhicule, et les logiciels qui en sont le cerveau capable de comprendre tout son environnement. Nous avons aussi des produits sur la mobilité. Les brevets que nous déposons recouvrent ces trois secteurs, mais pas seulement. Nous en déposons aussi dans l’éclairage et le thermique. Quand il n’y aura plus de moteur thermique, il faudra inventer des solutions originales pour conditionner l’air de la voiture.

Est-on sûr que ces technologies vont rencontrer leurs marchés au cours des prochaines années ?

Je suis persuadé que ces marchés vont décoller. L’incertitude concerne le rythme avec lequel ils vont décoller. La place des moteurs thermiques va baisser en raison des objectifs de réduction des émissions de CO2, qui vont pousser au développement du véhicule électrique. Les premiers véhicules autonomes arriveront dans les années 2020. Il y en a déjà. Nous avons pris 5 % du capital d’une start-up française, Navya, qui possède des minibus autonomes à Lyon et à Sion, en Suisse. Il y a des expériences, certes limitées, mais qui existent. Des tests de robots taxis sont réalisés dans des villes comme Singapour et Pittsburgh. Valeo va bénéficier des vagues de croissance. Dans la motorisation, nous en sommes à la vague d’amélioration des moteurs thermiques pour lesquels nous avons développé des convertisseurs de couple, des amortisseurs de vibrations, qui optimisent ces moteurs. La deuxième vague, que l’on commence à voir arriver, concerne l’hybridation avec des méthodes bon marché. La troisième vague, ce sera le moteur électrique et l’électronique de puissance. C’est vrai sur le moteur, mais aussi dans la voiture autonome, avec l’assistance à la conduite qui sera suivie par la voiture de plus en plus autonome. Quand on passe d’un véhicule traditionnel à un véhicule avec un moteur hybride, le contenu potentiel pour Valeo par voiture double, et il est multiplié par sept avec le véhicule électrique. C’est vrai aussi avec le véhicule autonome. On vend de l’ordre de 500?euros par véhicule aujourd’hui, alors que le potentiel est de 5 000?euros avec une voiture autonome. Notre croissance dans les prochaines années sera assurée par ces vagues successives. Nous avons augmenté notre carnet de commandes de 15 % l’an passé et il augmentera à nouveau très fortement en 2016.

Comment répartissez-vous les efforts de R & D dans le groupe ?

En France, le crédit impôt recherche permet de rendre les activités de R & D extrêmement compétitives. C’est l’une des mesures prises ces dix dernières années qui a le plus permis de continuer à localiser sur le territoire français ces activités. La France représente encore 45 % de notre R & D, en particulier concernant la motorisation et l’éclairage. Notre pôle allemand est plutôt orienté sur la voiture autonome. Quant à la recherche appliquée, nous la localisons plus près du marché, en Amérique du Nord, en Chine, en Inde et en Europe de l’Est. La recherche fondamentale reste franco-allemande.

Ne risquez-vous pas de devenir le concurrent de vos clients, les constructeurs automobiles ?

Nous ne serons jamais concurrents de nos clients. Pourquoi ? Parce que nous sommes sur des métiers différents. Celui de la conception, de la production et de la vente d’un véhicule est un métier à part entière. Nous dépensons 11 % de notre chiffre d’affaires en R & D, ce qui place Valeo en position de partenaire stratégique avec la plupart de ses clients. Nous imaginons avec eux ce que seront les technologies dans cinq, dix ou quinze ans. Nos métiers sont complémentaires. Même dans les domaines nouveaux, comme la voiture autonome, nos clients ne produisent pas les capteurs ni les premiers niveaux des logiciels.

Vous avez quand même investi dans Navya…

Nous investissons dans beaucoup de start-up, via notamment le fonds franco-chinois Cathay dédié au digital. Nous avons aussi mis de l’argent dans CloudMade et dans Aledia, une émanation du CEA spécialisée dans les LED trois dimensions. Concernant Navya, nous avons des projets de développement de nos technologies pour les mettre en œuvre dans leurs véhicules. Mais nous n’avons pas vocation à investir dans les robots taxis. Quant à Cruise4U, notre concept de véhicule autonome qui embarque nos technologies hardware et software, il a réalisé le tour des États-Unis, il a roulé sur le périphérique parisien et il effectue en ce moment le tour d’Europe. Il aura roulé de manière autonome à 99 % sur 125 000 kilomètres. Mais nous devons sans cesse améliorer notre savoir-faire, sur la technique des capteurs et celle des logiciels d’interprétation de données, avec le développement de l’intelligence artificielle.

Comment voyez-vous l’avenir de l’automobile ?

La notion de propriété de la voiture sera primordiale à l’avenir, reliée à la question de la mobilité. Votre voiture vous appartiendra-t-elle ou achèterez-vous un service pour en avoir l’usage ? Selon les cas, les types de véhicules seront très différents. Aujourd’hui, on ne sait pas comment va évoluer la nature de la relation entre un individu et un véhicule. On n’en mesure pas les conséquences sur la ville dans son ensemble et sur les transports en commun. J’ai la conviction que la voiture électrique, autonome et liée à un service de mobilité conduira à la réconciliation entre la ville et l’automobile. Tous les services de mobilité sont plus flexibles que les transports de masse d’aujourd’hui. Or le développement économique et la mobilité vont de pair. Les grandes agglomérations qui seront capables d’organiser cette mobilité auront des avantages compétitifs par rapport à celles qui n’en auront pas su le faire. L’apparition de services type Uber va avoir une conséquence assez forte sur l’organisation des grandes agglomérations. Nous avons essayé de modéliser ces grandes tendances chez Valeo. Selon nos modèles, il pourrait y avoir un nombre inférieur de voitures en circulation sans que cela ait d’impact sur le marché de la voiture en raison du renouvellement plus rapide des véhicules. Notre stratégie est de développer différentes briques technologiques, de sorte que nous puissions nous adapter au rythme de ces évolutions successives.

Comptez-vous investir le champ des services ?

Être un acteur de la mobilité, ce n’est pas notre métier. En revanche, c’est notre métier de développer des services qui permettent aux acteurs de la mobilité de mieux assurer leurs offres. C’est le cas, par exemple, de la clé virtuelle InBlue, que nous développons avec Capgemini et grâce à laquelle il est possible notamment d’ouvrir un véhicule avec un smartphone ou bien de géolocaliser une voiture de location. Elle modifie en profondeur l’expérience client. Nous ­travaillons sur ces concepts avec des loueurs de voitures et des sociétés de gestion de flottes automobiles. Nous ­concevons des services spécifiques liés à nos savoir-faire produits.

Renault et PSA retrouvent des couleurs. Le secteur automobile s’est-il assez restructuré en France ?

Je me réjouis que le groupe Renault-Nissan soit l’un des leaders mondiaux et que PSA, après des années difficiles, ait retrouvé le chemin de la croissance et de la rentabilité. Mais la France peut-elle encore être compétitive sur le terrain de la production ? Chez Valeo, nous avons fait le choix du cœur et du patriotisme. Nous avons perdu de l’argent en France pendant quinze ans. Nous avions le choix entre fermer des usines et trouver les moyens pour devenir profitable, site par site. C’est pour cela que nous avons transféré des ­produits à faible valeur ajoutée en Europe de l’Est. Nous les avons remplacés par des produits à forte valeur ajoutée. Nous avons investi plus de 1?milliard d’euros dans nos sites français depuis 2010. La rentabilité dans l’Hexagone s’est fortement améliorée, même si elle reste encore inférieure à celle du groupe, mais nous gagnons de l’argent sur tous nos sites français, sauf un. Nous avons une maladie congénitale en France, c’est l’énorme poids des charges sociales. Voici l’équation de Valeo : la France, c’est 17 % de notre effectif, 20 % de notre chiffre d’affaires, 32 % des salaires et 50 % des charges sociales dans le monde. J’ai la conviction que le problème des charges sociales sera résolu totalement, alors que pour une société comme Valeo, il n’a été que partiellement résolu par le Cice.

Pensez-vous que l’industrie ait retrouvé du crédit aux yeux des politiques ?

Oui, et je m’en réjouis. Tout comme du goût d’entreprendre. Je reviens d’un voyage en Chine et dans la Silicon Valley, j’y ai observé l’incroyable dynamisme des start-up. C’est sous-estimé par beaucoup d’acteurs politiques. C’est en train de changer l’image de l’industrie et de l’entreprise. Les jeunes ne sont plus si attirés par les grands groupes. Ils le sont tout autant par des PME, voire des start-up. Sans oublier ceux qui se lancent dans l’entrepreneuriat. Il y a un changement sociologique important. Le secteur automobile est encerclé par près de 30 000 start-up. C’est vrai aussi d’autres secteurs. Après la crise de 2008, l’entrepreneuriat est redevenu une préoccupation collective. En interne, le digital transforme la relation de travail en brouillant la frontière entre vie privée et vie professionnelle. La distinction entre ces deux sphères est en train de voler en éclat. Les entreprises vont devoir gérer cette mutation. ??

Trois idées phares pour 2017


Réduire la dépense publique « Une réduction massive des dépenses publiques entraînera une réduction massive des charges qui pèsent sur les entreprises. »

Assouplir le droit du travail « Il faut aller vers une flexibilité accrue des lois sociales. Aujourd’hui, nous avons rigidifié les lois du travail. »

Rentre attractif le site France « Il faut favoriser le maintien des sièges sociaux sur le territoire national et améliorer l’attractivité de la France. » ??

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Usine Nouvelle N°3496-3497

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