Israël et la Syrie veulent leur réacteur nucléaire… français
Le 09 mars 2010 par Ana Lutzky
Plusieurs pays du Proche-Orient, Israël et Syrie en tête, souhaitent faire appel à la France pour construire des centrales nucléaires. Un projet formulé lors du sommet sur le nucléaire civil qui s’est tenu hier et aujourd’hui à Paris.
La région est en conflit perpétuel. Las, ses besoins énergétiques se font sentir. Alors que les risques militaires causés par la mise en place de programme nucléaire civil inquiètent, notamment en Iran, le Proche-Orient pose ses pions pour s’électrifier grâce à l’atome. Cette rencontre de 65 pays et organisations sur l'accès au nucléaire civil en est le réceptacle.
Israël. Inquiet du programme atomique iranien, Israël risque par ailleurs une grave pénurie d’électricité : son climat est aride et le pays ne dispose ni de pétrole ni de barrages. Il souhaite dès lors construire une centrale en collaboration avec ses voisins arabes, a affirmé à la presse le ministre israélien des Infrastructures Uzi Landau. Par « voisins arabes », comprenez Jordanie : Tel-Aviv vise un projet commun avec Amman, mené sous la supervision de la France qui fournirait également la technologie, avait indiqué la veille un membre du même ministère. Il en a certainement trop dit : la Jordanie a affirmé ensuite qu'elle n'avait pas de projet nucléaire commun avec Israël, et souligné qu'elle jugeait «prématuré» d'évoquer une telle coopération avant une résolution du conflit israélo-palestinien. Elle compte néanmoins mettre en service son premier réacteur en 2015. Compte tenu du réseau jordanien, trop petit pour les capacités considérables de l’EPR (1600MW), son petit frère de 1000 MW l’Atméa, conçu par Areva et Mitsubishi, serait pressenti. La France a déjà établi une coopération avec la Jordanie, qui a des ressources en uranium et des besoins énergétiques croissants.
Reste qu’Israël n'est pas signataire du Traité de non-prolifération nucléaire. Tel-Avviv a fait savoir qu'il n'adhérerait pas non plus à un Moyen-Orient dénucléarisé, que défend le président américain Barack Obama. Si le pays n'a jamais reconnu disposer d'un arsenal nucléaire, des experts étrangers affirment que l'Etat hébreu s'est doté de 200 ogives nucléaires ainsi que de missiles à longue portée. Deux lieux font en particulier l'objet de soupçons appuyés de programmes militaires clandestins. L’installation de Dimona, dans le désert du Néguev, vieille de plus de 40 ans, est officiellement un centre de recherches. Un autre réacteur dédié à la recherche existe, à Nahal Sorek.
Syrie. De l’autre côté de l’échiquier géopolitique, la Syrie, avec qui Israël reste en conflit, a également exprimé à Paris son intérêt pour le nucléaire civil. Croissance démographique et besoins énergétiques obligent. Le pays n'a pourtant rien pour plaire aux communément désignées "démocraties occidentales". D'une part, la Syrie défend le droit au nucléaire civil de Téhéran, soupçonné par l'Occident de vouloir fabriquer la bombe atomique sous couvert d'un programme civil. De plus, dans son dernier rapport, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) reproche à nouveau à la Syrie son manque de coopération à propos d'un site syrien suspect bombardé en septembre 2007 par des avions israéliens. Damas est néanmoins récemment revenue en odeur de sainteté auprès des capitales des pays industrialisés, qui souhaitent encadrer étroitement tout éventuel transfert de technologie.
France. Ces appels du pied constituent deux bonnes nouvelles pour le carnet de commandes d’Areva. A moins que les nouveaux pays nucléaires ne préfèrent faire appel aux réacteurs VVER issus d’un possible partenariat entre EDF et Rosatom, à l’étude selon Les Echos. Conscient que le principal frein au nucléaire constitue le financement, avec l'acceptation publique, Nicolas Sarkozy a plaidé hier pour une ouverture de financements internationaux à ce secteur. Visés, les bailleurs de fonds traditionnels tels que la Banque mondiale, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la Berd (Banque européenne pour la reconstruction et le développement) et les banques de développement, qui financent pour l'instant des projets d'équipements énergétiques dans le charbon ou les renouvelables. Moins évident, le chef d'Etat français visait aussi… les crédits carbone dans les mécanismes de développement propres.

dans la même rubrique
13/02/2012 Contre le froid, réchauffez le climat social13/02/2012 Comment Eurocopter tourne les "offset" à son avantage en Malaisie
13/02/2012 Les valeurs à suivre à Wall Street












