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Irlande : Non...et après ?

13/06/2008
La victoire annoncée par la télévision publique irlandaise du non au référendum sur le Traité de Lisbonne suscite de nombreux commentaires. Mais l'effet réel sur l'industrie reste difficile à mesurer.
Irlande : Non...et après ? Pays libéral aux valeurs conservatrices, l'Irlande occupe dans l'Europe une place spécifique, mais dont la position sur le référendum rejoint peu ou prou celle des français lors du référendum de 2005. Une sorte de vote sanction contre une politique nationale et une difficile évaluation des enjeux sur le long terme. Sur place, les différents partis politiques, fédérations patronales et gouvernement sont en faveur du oui, tandis que le Sinn Feinn parti nationaliste est logiquement pour le non, de même que Declan Ganley, un milliardaire ultralibéral qui a engagé une fortune pour lutter contre le référendum.

Les arguments du non.  En premier lieu la fiscalité irlandaise est avantageuse pour les entreprises avec un taux d'imposition de 12,5 % du bénéfice. La peur d'une harmonisation européenne avec une revue à la hausse de la fiscalité est un argument de poids. L'éventuel alignement avec l'OTAN alors que l'Irlande affiche une position neutre freine les ardeurs des Irlandais, tout comme l'éventuelle remise en cause de l'avortement, inscrit dans la constitution et partiellement remis en cause par le traité.

Pourquoi le non ?  L'entrée dans l'Union de l'Irlande en 1973 lui aura valu un boom économique sans précédent, passant d'un pays « pauvre » à un des premiers pays européen en termes de PIB dopé par l'immobilier, les prestations de service et les NTIC (64% de la population active). Las. Le référendum intervient à un moment où la croissance irlandaise s'essouffle, plombée par la crise immobilière et la parité de l'euro. Selon les prévisions de l'OCDE, la croissance devrait se situer entre 0,5 et 2 %, soit la plus faible connue depuis 1990. Un ralentissement dû à celui de l'immobilier qui occupe une part importante du PNB, environ 14% et 35% des emplois, tandis que le taux de chômage est au plus haut depuis 10 ans.

L'augmentation des taux d'intérêts entraîne une chute des commandes, et partant un dégonflement de la bulle immobilière. Comme souvent, ce ralentissement se propage progressivement au reste de l'économie qui ne peut s'appuyer sur l'exportation de produits manufacturés dans un contexte de freinage des partenaires, que ce soit l'Angleterre (34% des exportations), l'UE (45% des exportations) ou les Etats-Unis (14%).

Quelle conséquence du non ?  Si l'Angleterre ne ratifie pas à son tour le traité de Lisbonne, l'éventualité de son abandon est forte. Auquel on revient au Traité de Nice.
Une renégociation du traité est peu probable, alors qu'une dérogation sur des sujets comme la défense ou l'avortement peut être mise en place en attendant un éventuel second vote. Autre option évoquée, celle de la création d'une nouvelle union par les pays hostiles au traité. Une situation similaire à celle qui avait prévalu en 1992 lors du traité de Maastricht, mais lourde à mettre en œuvre. Où va l'UE ? Réponse le 19 et 29 juin prochain lors du Conseil européen des chefs d'Etat et de gouvernement à Bruxelles. Comme l'a rappelé M Barroso, « il n'y a pas de plan B ».

Fabrice Frossard


« Nous n'avons pas réussi à convaincre les Irlandais »



Brendan Butler est directeur du pôle « stratégie du commerce dans l'UE et affaires internationales » de la confédération des employeurs et entrepreneurs irlandais (Irish Business and Employers Confederation).

Que va changer le très probable « non » irlandais au traité de Lisbonne pour les industriels ?
« Sur le court terme, ce « non » n'aura pas d'impact sur l'attractivité de notre pays : l'Irlande disposait de sérieux atouts pour attirer les investissements, et elle les a toujours aujourd'hui. Le « non » va néanmoins causer un climat d'incertitudes néfaste pour les investisseurs et notre souhait le plus cher est que la situation se stabilise.»


Quelles conséquences pouvez-vous craindre ?
« Je crains que les lobbies industriels irlandais soient moins écoutés à Bruxelles, et que nous mettions du temps à récupérer notre crédibilité et notre poids au niveau européen.»


Pourquoi la majorité des Irlandais n'a-t-elle pas été convaincue ?
« Les entrepreneurs irlandais étaient très majoritairement favorables au « oui », mais nous n'avons effectivement pas réussi à convaincre les Irlandais. Lors des précédents traités européens comme celui de Maastricht nous pouvions « vendre » des avancées très concrètes comme le marché commun, la monnaie unique. Ici, les questions d'efficacité et de compétitivité que permettent les termes du traité de Lisbonne n'ont pas attrapé l'imaginaire collectif, et le « non » a cristallisé des frustrations qui n'ont rien à voir sur le fond avec le texte du traité.»

Recueilli par Ana Lutzky


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