InvestissementSENOBLE S'OFFRE UNE USINE DE RÊVE EN ESPAGNELe fabricant bourguignon de yaourts vient de construire la deuxième plus grosse usine de produits laitiers d'Espagne. Dès octobre, le site ultramoderne de Noblejas traitera 200 000 litres de lait par jour.

Publié le | L'Usine Nouvelle n° 2840
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Investissement

SENOBLE S'OFFRE UNE USINE DE RÊVE EN ESPAGNE

Le fabricant bourguignon de yaourts vient de construire la deuxième plus grosse usine de produits laitiers d'Espagne. Dès octobre, le site ultramoderne de Noblejas traitera 200 000 litres de lait par jour.



" Ici, dix mois d'hiver, deux mois d'enfer ! " Comme l'illustre ce proverbe castillan, la région de Castille-La Manche n'est pas la plus hospitalière d'Espagne. C'est pourtant là, entre Madrid et Tolède, que Senoble, numéro un français des yaourts sous marque distributeur, a décidé d'implanter sa première usine hors Hexagone. La PME au capital 100 % familial a investi à Noblejas 45 millions d'euros, soit près de la moitié de son chiffre d'affaires annuel, dans ce qui est désormais la deuxième plus grosse usine de yaourts du pays. Une audace qui lui a d'ailleurs valu la visite de François Loos, le ministre délégué du commerce extérieur, pour sa première sortie officielle début septembre. Plantée au coeur d'un site de onze hectares arides se dresse aujourd'hui une usine ultramoderne de 30 000 mètres carrés. Fin mai, les premiers yaourts de Senoble Iberica sont sortis des deux chaînes de production alors mises en service. D'ici une dizaine de jours, six nouvelles lignes auront été lancées. La capacité de production du site de Noblejas atteindra alors les 200 000 litres de lait par jour, de quoi sortir l'équivalent de 1,5 million de pots de yaourts quotidiennement.

Un pari technique gagné

Site pilote pour l'ensemble du groupe Senoble, l'usine se passera des automates programmables que l'on trouve pourtant généralement dans ce type d'installations industrielles. Noblejas utilise un système d'automatisation doté de quatre intégrateurs. Ce sont eux qui assurent le fonctionnement et le contrôle du process et, en particulier, la gestion de la relation temps-température, le point sensible de la transformation laitière. " Techniquement, le pari est gagné. C'est un peu l'usine de nos rêves ", assure Jean-Luc Bourguignon, le directeur d'exploitation, qui fait depuis plusieurs mois la navette entre les cinq sites français de Senoble et son dernier " joujou ". " Objectivement, si j'avais à la refaire, je la ferais plus petite ", reconnaît Marc Senoble. Ce nouvel outil " rendrait presque jaloux " le personnel de Jouy, en Bourgogne, site historique du groupe. Mais Noblejas va aussi considérablement alléger les cadences des usines françaises, au bord de la saturation. " Cela fait plusieurs mois qu'elles tournent à plein régime, sept jours sur sept, pour produire les 65 000 tonnes destinées au marché espagnol. Avec le passage aux trente-cinq heures, ce n'était plus possible ", admet Alain Pérez, directeur financier du groupe. Pour l'instant, l'immense coursive tout en baie vitrée qui surplombe les chaînes et parcourt le site de Noblejas est quasiment déserte. Elle sert d'accès aux salariés qui vont rejoindre leur poste de travail. Ceux qui le quittent passent par le rez-de-chaussée afin que les équipes ne se croisent jamais. 109 personnes sont aujourd'hui embauchées, mais l'effectif total devrait monter prochainement à 170 pour avoisiner les 300 personnes, aux alentours de 2005. Pendant qu'une partie des derniers embauchés sont en formation, notamment aux règles d'hygiène spécifiques aux métiers du lait, des intérimaires assurent les fonctions manquantes. Senoble est ainsi devenu le premier employeur de la commune. Et profite au passage d'un coût de main-d'oeuvre d'environ 20 % moins cher qu'en France.

Une reconversion dans le yaourt opérée en 1987

" Il faut absolument veiller à ce qu'ils portent leur équipement ", rappelle Dominique Blancho à son responsable d'exploitation en apercevant de la coursive des ouvriers sans blouse ni calot. D'abord chargé de prospecter un site d'implantation, puis de suivre le chantier, Dominique Blancho occupe aujourd'hui la direction de l'usine. Cette zone plantée d'oliviers et de vignes de qualité médiocre, sans tradition laitière donc, n'avait tout d'abord pas retenu son attention. Et de fait, les 100 000 tonnes annuelles de lait qui alimentent l'usine en matière première sont acheminées du nord de l'Espagne et de l'Andalousie. Mais ce handicap n'a finalement pas été pas jugé fondamental. " Dans notre industrie, il vaut mieux être près du consommateur que de la matière première, justifie le P-DG. D'ici, nous accédons facilement aux grands foyers de populations espagnols : Madrid, Valence, la Catalogne, et le Portugal est également bien desservi... " En fait, les autorité régionales ont su faire valoir un argument de poids pour convaincre Marc Senoble : Castille-La Manche s'engageait à débloquer des subventions à l'investissement pouvant atteindre 40 % du montant mobilisé. De quoi rendre la région beaucoup plus attrayante même si les fonds tardent à se débloquer... Un sujet justement débattu lors de la visite ministérielle. " Nous avons fait le tour du pays, rencontré beaucoup de responsables politiques régionaux. Notre choix s'est porté sur le partenariat financier le plus important ", reconnaît Dominique Blancho. Mais ces incitations sont loin d'être à l'origine de la volonté de Senoble de s'équiper industriellement en Espagne. Le déclic a été son principal client espagnol, la chaîne Mercadona (632 supermarchés en Espagne). C'est à Senoble que le distributeur valencien a choisi de confier sa gamme de produits frais. Un gros contrat qui s'ajoute à ceux déjà obtenus avec Carrefour, Dia ou Auchan. Des palettes entières de caisses de produits destinés à leurs linéaires attendent déjà dans l'immense chambre froide de Noblejas. Des produits " probiotiques ", très en vogue en Espagne, mais aussi des yaourts à boire aux saveurs exotiques comme l'ananas-noix de coco, des crèmes dessert, les " natillas ", des yaourts à base de lait caillé, les " cuajadas ", best-seller local, ou du fromage frais, le Burgos. Avant l'installation de Senoble, les distributeurs devaient composer avec une kyrielle de fabricants. " L'industrie locale de fabrication de produits frais se caractérise par un grand nombre de sites, souvent régionaux et indépendants mais généralement vétustes au plan industriel, explique Marc Senoble. Nous n'avons rien trouvé d'intéressant à acheter, d'où l'idée de créer notre propre usine. " " Le site de Noblejas est sûrement notre meilleur argument commercial ", renchérit Dominique Delanoy, directeur commercial international. Des contrats déjà acquis, un marché local en progression, mais aussi le resserrement de la concurrence... Senoble a des atouts certains en main. La faillite du groupe Carbon-Blanc (Chambourcy) au début de l'été a éliminé un intervenant sur le secteur très disputé des premiers prix et des marques distributeurs. Autre opportunité : la défection de Yoplait. La " Petite Fleur " va purement et simplement disparaître du marché espagnol. La société a fermé dans le courant du premier trimestre son usine madrilène et compte stopper les exportations. A l'inverse, Danone renforce ses positions avec l'inauguration en juin dernier, à Valence, d'une usine de 96 millions d'euros, destinée à la fabrication des yaourts à boire pour le marché espagnol, mais aussi français. Le poids de l'investissement consenti par Senoble n'est pas seul à l'origine de la pression que doit désormais supporter l'équipe dirigeante. Le marché français du yaourt ne laisse que peu de chances de survivre aux fabricants indépendants et régionaux comme le bourguignon.

Pas de tradition laitière dans la région

Depuis les années 90, Senoble essaie de limiter sa dépendance au segment des produits premiers prix, sur lequel il a commencé avec le yaourt. " C'est mon père qui a décidé que Senoble ne pouvait plus survivre comme fabricant de fromages à pâte molle, son métier depuis la création de la société, en 1918. A parti de 1987, nous sommes devenus monoproduits avec le yaourt, retrace Marc Senoble. Nous sommes allés logiquement là où il y avait encore de la place : le premier prix. " De là, Senoble est monté en gamme, vers la marque distributeur, et en a fait sa spécialité. Mais les exigences croissantes des distributeurs, la concurrence de groupes plus importants rendent aujourd'hui l'activité difficile. " Des appels d'offres sont relancés tous les ans. Avec les contraintes que l'on a pour produire en France, on se retrouve dans la situation paradoxale où, plus on produit, plus on a de chances de perdre de l'argent ", constate Alain Pérez. Le développement de produits sous la marque Senoble, un des axes stratégiques du groupe, ne suffira pas à palier les problèmes de rentabilité que rencontre un acteur de taille moyenne. Les spécialités pâtissières Senoble, soutenues par une campagne de publicité remarquée pourront difficilement passer la barre des 25 % des ventes du groupe. L'export représente donc pour le groupe français le seul relais de croissance possible. Le développement et, au-delà, la pérennité de l'entreprise en dépendent. De notre envoyée spéciale,



CHIFFRES CLÉS

Montant de l'investissement : 45 millions d'euros.

Superficie : 11 hectares, dont 3 couverts.

Capacité de production actuelle : 100 000 tonnes de lait par an.

Nombre de salariés : 170.



Les atouts du site

Issu d'une nouvelle génération d'usines à yaourts, le site de Senoble à Noblejas compte plusieurs innovations.

Un système d'automatisation du process industriel

Il s'articule autour d'une architecture qui proportionne tous les outils de contrôle et fournit un historique du process.

Une ligne de conditionnement de yaourts

C'est un prototype d'une capacité de 48 000 unités par heure, soit une quantité double de celle des machines qui opèrent actuellement dans le secteur. Il incorpore un logiciel de maintenance par diagnostic. Une gestion du changement de références permet d'optimiser la productivité et de limiter les pertes de matières premières.

Un système de nettoyage chimique des installations

Il implique l'utilisation d'un logiciel spécifique pour réduire la consommation des produits de nettoyage et de désinfection et la pollution des eaux résiduelles. Il possède un système de contrôle de démarrage automatique fondé sur trois paramètres : concentration, température, pH. Il utilise de l'eau stérile au dernier rinçage.



L'ESPAGNE, ELDORADO POUR L'AGRO FRANÇAIS

Brioche Pasquier, Danone, Soleco... Depuis plusieurs mois, nombreux sont les patrons de l'agroalimentaire français à traverser les Pyrénées, attirés par le dynamisme économique de la péninsule Ibérique. Mais, contrairement à Senoble, parti de zéro, la majorité optent pour la reprise d'une société locale. Cette entrée en douceur leur permet de pénétrer des circuits de distribution complexes et de conquérir des consommateurs peu enclins à mettre dans leur panier des produits inconnus. Brioche Pasquier a ainsi bouclé il y a un an le rachat de 100 % du capital de Recondo, spécialiste de la panification sèche et des produits sous marque distributeur. Montant estimé de la transaction : 20 à 25 millions d'euros. Quelques mois plus tôt, Soleco, leader français de la salade quatrième gamme (en sachet), avait racheté la société Vega Mayor (35 millions d'euros de chiffre d'affaires). En 2000, Labeyrie s'était offert Vensy (30 millions d'euros de chiffre d'affaires), leader espagnol du saumon fumé. Le français a mis à profit l'implantation commerciale de ce transformateur pour faire de l'Espagne le troisième marché export pour son foie gras. Enfin, la plus espagnole des marques françaises, Danone, a inauguré cet été une usine d'un coût de 96 millions d'euros.

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