Dossier

Made for China (dossier - Automobile)

Interview de Grégoire Olivier : « 1 200 ingénieurs travaillent pour la Chine à Vélizy »

Par  - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3283

  Grégoire Olivier est le monsieur Chine de PSA. À l'occasion du salon de Pékin, il nous a accordé une interview exclusive où il dévoile les leviers que compte actionner le constructeur pour se faire une place dans l'ex-empire du Milieu.

Vous êtes à la tête de la division Asie depuis septembre 2010. Qu'est-ce qui a changé depuis deux ans pour Peugeot et Citroën sur le marché chinois ?

Nous avons désormais une offre produits adaptée aux clients chinois. Il nous a fallu du temps à nous, Européens, pour accepter l'idée que ces derniers voulaient vraiment des voitures différentes. Cette prise de conscience date de quatre ou cinq ans. Leurs attentes sont différentes de celles des Européens. Ici, les gens veulent des voitures tricorps, des boîtes automatiques, des harmonies claires à l'intérieur et une conduite plus souple. Depuis deux ans, nous avons été capables de suivre la croissance du marché en adaptant nos véhicules. Chez Peugeot, par exemple, nous proposons aujourd'hui la 508, la 408 tricorps et la 308 tricorps, que nous avons lancée en janvier. Nous avons redessiné cette dernière dans notre centre de style implanté à Shanghai, à partir d'une base développée en Europe. Son lancement nous a permis de gagner 0,2% de part de marché au premier trimestre, avec une pénétration de 3,6% contre 3,4% en 2011. Nous comptons en 2012 croître plus vite que le marché. Ceci dit, nous ne touchons pas un segment important, celui des voitures haut de gamme. La gamme DS doit nous permettre d'y rentrer.

Ici, sur le salon de Pékin, cette gamme possède d'ailleurs un stand qui lui est entièrement dédié...

On ne peut pas être à la fois exclusif et généraliste. La vocation de Peugeot et de Citroën est d'être généraliste, c'est de toucher le plus grand nombre. Citroën est positionné comme une voiture familiale, confortable pratique. Au contraire, nous voulons faire de DS un objet exclusif, un objet de luxe, de désir. Si, en Europe, la signature DS cohabite avec la marque Citroën, en Chine, elle a sa vie propre. Nous avons d'ailleurs créé la coentreprise Changan Automobile PSA Peugeot Citroën (Capsa) avec le chinois Changan, pour cela. DS disposera également d'un réseau dédié et d'une nouvelle usine située à Shenzhen à partir de 2013. À cette date, nous lancerons la production locale des DS5, et en 2014 celle de deux modèles conçus spécialement pour la Chine, une berline tricorps et un crossover [croisement d'une berline et d'un SUV, ndlr]. À l'horizon 2016, nous avons l'objectif d'atteindre dans cette usine la production de 200 000 véhicules par an.

Où seront développés les modèles de la gamme DS dédiés à la Chine ?

Pour les DS faites uniquement en Chine, elles sont développées en Chine, avec un support européen très fort. Nos activités chinoises donnent du travail à des milliers d'ingénieurs de notre centre technique de Vélizy. Ils travaillent à plein-temps pour nous et sont payés via notre coentreprise chinoise. La direction Asie gère l'ensemble de la R et D pour ce marché : 650 personnes du China Tech center de Shanghai et 1 200 ingénieurs installés à Vélizy. En tout, notre budget R et D dépasse les 200 millions d'euros. Il est, pour moitié, investi à Shanghai et pour l'autre en Europe.

Où en est la construction de votre usine avec votre partenaire Changan ?

J'ai visité les installations vendredi dernier. Il y a deux usines sur place. Shenzhen 1, qui est apportée par notre partenaire, et Shenzhen 2. Cette dernière sera construite aux meilleurs standards PSA. Ce sera la meilleure usine du groupe, très compacte, avec une superficie de 130 hectares. Elle sera entièrement dédiée à la gamme DS. Nous aurons sur place 3 000 employés. Nous en avons déjà recruté 1 000, mais c'est un gros travail, surtout de formation. À Shenzhen, dans un bassin d'emploi de 20 millions de personnes, on recrute facilement, mais il faut ensuite former les employés aux standards européens. Nous voulons que la ligne DS démarre avec les meilleurs standards de qualité.

Avez-vous d'autres projets pour le marché chinois ?

Il ne nous manque que le véhicule utilitaire. Nous avons l'idée d'en fabriquer un dans la coentreprise avec Changan, mais ce ne sera qu'une fois la gamme DS lancée et réussie. Nous n'avons pas beaucoup avancé sur ce projet. Avec la baisse du marché de l'utilitaire chinois, nous ne sommes d'ailleurs pas tout à fait convaincus que ce marché soit le plus porteur pour PSA. Si nous faisons du VU, ce sera dans le cadre d'une nouvelle marque. Le gouvernement chinois demande en effet à chaque coentreprise de lancer sa propre signature. Il considère que des coentreprises à moitié chinoises ne peuvent pas faire que la promotion de marques européennes ou japonaises. Nous allons donc lancer des marques propres en Chine et les positionner dans le segment d'entrée de gamme. Elles ne seront pas en concurrence directe des Peugeot et des Citroën, leurs prestations seront un peu moins performantes et chaque voiture sera vendue 2 000 à 3 000 euros de moins.

Comment gérez-vous le revirement des autorités chinoises qui comptent limiter les nouvelles implantations en Chine ?

Nous savons depuis dix-huit mois que les nouvelles coentreprises ne seront plus autorisées. Le gouvernement chinois est assez prévisible. La Chine a encouragé pendant des années les constructeurs étrangers à venir s'établir en Chine, à installer des usines de fabrication. C'est par ce biais que nous nous sommes implantés à Wuhan et que nous construisons une troisième usine en Chine. Seulement, après une période de croissance de 30% par an, le pays entre dans une phase plus raisonnable avec une croissance de 7 à 8%. Tous les constructeurs sont présents. À un moment, la surcapacité menace. Le gouvernement chinois demande donc aujourd'hui de gérer les usines existantes, mais reste intéressé par les nouvelles technologies, celles de l'après-pétrole. Si vous les développez en Chine, le gouvernement vous accordera des subventions. L'un des grands problèmes est aussi le développement de la Chine de l'intérieur. Si les industriels veulent installer une nouvelle usine, le gouvernement leur demandera certainement de s'implanter plus à l'ouest.

PSA vient de s'allier avec le second constructeur en Chine, General Motors. Allez-vous profiter des implantations industrielles de l'américain en Chine ?

Sur le marché chinois, cette alliance va donner accès au groupe PSA à des technologies porteuses : une plate-forme 4 X 4 et une autre grande avec de gros moteurs essence. GM et PSA discutent sur une dizaine de projets et se sont donnés jusqu'à la fin de l'année pour prendre une décision. Deux à quatre projets seront alors lancés. A priori, deux véhicules communs seront fabriqués par nos soins, l'un par notre joint-venture avec Dong Feng, DPCA, l'autre par Capsa.

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