ENQUêTE ENTRETIEN Gérard Mestrallet, le PDG de GDF Suez, attend du débat sur la transition une vision large et internationale, qui protège l'environnement sans sacrifier l'économie et la compétitivité.
Pour vous, que signifie la transition énergétique ?
Souvent la transition énergétique est comprise comme une transition vers les énergies renouvelables. Je crois, et j'espère, que le débat va permettre de lui donner un sens plus large. La transition est tournée vers la réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais elle doit avoir aussi pour objectif la sécurité d'approvisionnement et la compétitivité. En Europe, avec la politique des « trois fois vingt » *, nous avons privilégié le volet climat qui est, certes, essentiel. Cependant, nous nous sommes assez peu souciés de la sécurité d'approvisionnement et absolument pas du coût de l'énergie. Il y a un rééquilibrage à faire et c'est ce que j'attends du débat à venir. Le meilleur levier pour y parvenir est l'efficacité énergétique. GDF Suez est déjà particulièrement engagé en la matière, grâce à sa branche dédiée aux services à l'énergie, qui compte près de 80 000 collaborateurs, dont la moitié en France.
Une transition énergétique à « l'européenne » grèverait-ellela compétitivité de l'économie ?
C'est en effet très clair. Si la transition énergétique signifie exclusivement la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre, cela se fait au détriment de l'économie. Nous sommes très sensibles à la question climatique. GDF Suez est d'ailleurs le premier producteur éolien en France, en Belgique, en Italie... et un leader dans l'hydraulique, la biomasse ou la géothermie. Mais un système énergétique fondé uniquement sur le renouvelable ne peut pas fonctionner. La sécurité d'approvisionnement serait menacée en raison de leur caractère intermittent et de leur coût élevé. La France et l'Europe ne sont pas en situation financière de se permettre de sacrifier leur compétitivité. Les États-Unis sont en train de se redonner une compétitivité énergétique grâce au gaz de schiste bon marché... Ce débat sur la transition énergétique doit être l'occasion d'améliorer la compétitivité énergétique des États européens.
Est-ce qu'un débat franco-français a du sens ?
Il peut être localisé en France, dans la mesure où il intègre les dimensions européenne et mondiale. En France, le débat est parfois trop caricatural. Les énergies fossiles ont été brutalement rejetées, le charbon en particulier. Pourtant, GDF Suez construit aujourd'hui deux centrales à charbon très modernes aux Pays-Bas et en Allemagne. Le gaz naturel subit un peu le même traitement, ce qui est une erreur. C'est négliger le fait qu'il prend une part croissante dans le mix énergétique mondial. Beaucoup de pays le considèrent comme le premier outil de diminution des émissions de CO2, en particulier la Chine et les États-Unis. Dans une transition énergétique qui ne serait pas dogmatique, il faut donner au gaz naturel la place qui lui revient par ses qualités. C'est une énergie faiblement émettrice de CO2 et abondante, capable de sécuriser l'approvisionnement électrique.
Doit-on poser la question de l'exploitation domestique des hydrocarbures, et en particulier des gaz de schiste ?
Oui, à condition que l'exploration et la production soient irréprochables sur le plan de l'environnement. Qu'on le veuille ou non, les hydrocarbures ont leur place dans le mix. Si la France ne veut pas produire d'hydrocarbures sur son territoire, elle devra les acheter à l'extérieur. Nous avons peut-être sous les pieds d'importantes réserves de gaz. Les réticences des populations et des élus sont absolument légitimes, mais il n'est pas possible d'interdire à tout jamais et par principe leur exploration et leur exploitation. Qui peut préjuger des progrès de la science et de la technologie ? La question des gaz de schiste doit être traitée de manière raisonnable et scientifique, sous le contrôle de









