ENQUêTE ENTRETIEN Fabrice Brégier, le PDG d'Airbus et président de Pacte PME, plaide pour la création d'un « small business act », qui serait porté par les grands groupes.
Ces dernières semaines, le gouvernement a multiplié les annonces en faveur des PME. A-t-il raison de cibler cette catégorie d'entreprises ?
Je suis favorable à tout type de mesures de soutien aux PME, du moment qu'elles ne consistent pas à déshabiller Pierre pour habiller Paul. Nous avons des dispositifs efficaces, comme le crédit impôt recherche, qui doit être maintenu. Le problème de fond, c'est celui de la compétitivité de l'industrie. Comme les PME sont les plus fragiles par définition, elles ont davantage besoin d'être soutenues. Il faut les renforcer, sans générer de l'opposition avec les grands groupes, car en France on a tendance à penser que ce qui est gros est forcément mauvais. Il faut lutter contre cet état d'esprit et redonner aux petites et moyennes entreprises l'envie de se transformer en entreprises de taille intermédiaire [ETI]. C'est un modèle qui marche. Les ETI allemandes génèrent plus de chiffre d'affaires que toute l'industrie française réunie ! Les grands groupes allemands aident à consolider les filières et à développer l'innovation. Il faut faire pareil, en commençant par faire connaître nos meilleures PME.
Et cela passe donc par les grands groupes ?
Oui. Lorsqu'un grand groupe adhère à Pacte PME, il le fait pour annoncer qu'il souhaite développer son tissu de PME, car il a compris que tout le monde peut y gagner. Être membre de l'association, c'est aussi s'intéresser à ce que les PME pensent de soi : nous avons lancé cette année un baromètre annuel des relations fournisseurs, pour lequel nous interrogeons les PME qui travaillent avec nos membres. Le premier indice de confiance global était de 66%, reste désormais à améliorer ce résultat...
Quel bilan dressez-vous des deux premières années d'activité de Pacte PME ?
L'objectif d'atteindre une centaine de membres en 2012 était ambitieux. Certains secteurs sont encore absents, comme l'automobile et les services. Nous avons tout de même de belles réussites : des fonds ont été créés pour soutenir certaines filières comme l'aéronautique, et nous avons aidé plus de 200 PME à se développer, notamment à l'international. L'association compte 50 membres, qui représentent 50 milliards d'euros d'achats. Pour l'instant, la part accordée aux PME est de l'ordre de 20 %. Nous travaillons à l'augmenter.
Vous militez pour un « small business act »...
Je parle de « small business act à la française » ou de « small business act d'initiative privée », car je ne crois pas à une législation supplémentaire pour régler le problème. En France, dès que quelque chose ne marche pas, on veut faire de nouvelles lois. La solution réside dans la valorisation des initiatives. Je prêche pour que les entreprises dépassent le débat sur le coût du travail, qu'elles parviennent à se prendre en charge par elles-mêmes et qu'elles prennent soin de leur écosystème de fournisseurs sans qu'on les y oblige. Le small business act d'initiative privée que nous défendons est simple : il suffit que les dirigeants et les acheteurs des grands groupes déterminent certains marchés pour lesquels ils réserveront leurs appels d'offres à des PME. La Ville de Paris l'a fait : près de 45 % de ses marchés sont désormais réservés aux PME. Dans le privé c'est plus difficile...
L'État n'a aucun rôle à jouer ?
S'il a un rôle à jouer, c'est celui de faciliter l'accès au financement pour les PME. C'est le seul moyen de préserver leurs capacités d'innovation. Quand une PME innovante veut remporter un marché dans le cadre d'un grand appel d'offres, son parcours est semé d'embûches : elle doit investir en R et D pour prouver sa capacité à fabriquer le produit, puis remporter le marché en proposant un démonstrateur. À chaque étape elle sera mise en concurrence. Et si le donneur d'ordres ne retient pas le démonstrateur, le plus souvent la PME fait faillite car elle perd ce qu'elle a investi en R et D. Il faut donc aider les PME à financer leurs démonstrateurs.
Cela figure-t-il dans le rapport que vous remettrez au gouvernement en octobre ?
Oui, car je regrette que les crédits bancaires n'aillent pas suffisamment vers les PME en croissance, qui ont besoin d'investir. Le pire, pour un patron de PME, c'est d'avoir des idées et de ne pas pouvoir les réaliser. Nous travaillons avec le programme des investissements d'avenir pour aider 40 entreprises qui sollicitent des crédits de l'ordre de 100 millions d'euros. Autre initiative déployée dans le cadre de Pacte PME : pour attirer à nouveau les financements privés dans les PME de l'aéronautique, nous avons incité les grands groupes membres du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales à passer des commandes fermes à six mois, contre trois mois auparavant. Cela fait toute la différence lorsque le patron de PME rencontre son banquier...
FABRICE BRÉGIER, CHRONIQUEUR POUR L'USINE NOUVELLE
« Touche pas à ma PME », c'est la nouvelle chronique réalisée par Fabrice Brégier pour « L'Usine Nouvelle ». Vous pourrez la retrouver dans les pages Guide du magazine, toutes les deux semaines. Le président de Pacte PME reviendra sur une initiative de l'un des membres de l'association en faveur d'un fournisseur, et les bénéfices qu'ils en ont tirés. Cette semaine, découvrez l'histoire de Sofranor, en page 60. Cette PME valenciennoise a été sauvée par le groupe Alstom, qui l'a aidée à trouver un repreneur, préservant ainsi l'usine et ses 120 emplois.









