imprimer

Interview de Daniel Chéron, DG de Limagrain

Le 21 février 2008 par Rédaction L'Usine Nouvelle
DCheron

Daniel Chéron, directeur général de Limagrain, 4ème semencier au niveau mondial et 1er européen, expose ses réflexions sur le dossier des OGM et la stratégie de son groupe.

Limagrain est au cœur du dossier des OGM car tout semencier d'un rang international doit proposer aujourd'hui des semences traditionnelles et des semences OGM pour répondre à la demande des agriculteurs. Le groupe coopératif français doit cependant composer avec une situation française et européenne pour le moins complexe des OGM. Devant le blocage actuel, tous ses essais en champ d'OGM seront effectués à l'étranger.

Les grands semenciers se sont regroupés au niveau des recherches OGM: BASF-Monsanto et DuPont-Syngenta, pensez vous que les investissements en R&D sont trop lourds pour un seul acteur ?
La question de la taille critique des efforts de recherche va bien au-delà des OGM : elle se pose au niveau des biotechnologies en général, la transgénèse n'est qu'un outil parmi d'autres. Limagrain a noué des partenariats de recherche sur les biotechnologies depuis plus de 10 ans. Biogemma, société de biotechnologies du monde agricole, a été créée en 1997 avec Euralis, Sofiprotéol et Unigrains. RAGT a rejoint les quatre fondateurs par la suite.

A part Biogemma, avez-vous d'autres collaborations ?
Oui, bien sur. Biogemma a participé à la création de Génoplante, partenariat 50/50 recherche publique / recherche privée dédié à la génomique, en 1999. En 2001, Vilmorin & Cie a pris une participation dans KeyGene, société néerlandaise de biotechnologies végétales, dont les actionnaires sont des semenciers spécialistes des potagères (3 hollandais, un français et un japonais). En 2006, nous avons pris une participation dans Avesthagen, spécialiste indien des biotechnologies. Nous avons par ailleurs de nombreuses collaborations bilatérales avec des organismes publics de recherche, en Europe, aux Etats Unis, en Asie Pacifique.

Quels sont vos principaux programmes de recherche dans les OGM ? Combien de chercheurs sont mobilisés sur ces programmes ?
Nos programmes de recherche visent à apporter des solutions aux problèmes posés par nos clients. L'enjeu est d'être en mesure de proposer des semences compétitives, ce qui passe par un équilibre entre potentiel de rendement, aptitudes agronomiques (économie de l'eau, de l'azote, résistances aux prédateurs, etc...) et valeur d'usage (composition nutritionnelle, digestibilité, etc...). Parmi nos programmes de recherche sur les OGM, citons la tolérance au stress hydrique (économie de l'eau) et la digestibilité du maïs fourrage.

Quel est le danger d'avoir si peu de recherches sur les OGM dans le secteur académique et privé en France?
L'Europe en général et la France en particulier ont été pionnières en matière de recherche sur les biotechnologies végétales et les OGM, en particulier la recherche publique (INRA, CIRAD, etc...). Le moratoire de 1997 a porté un rude coup à cette dynamique. Voyant qu'ils n'étaient pas suffisamment soutenus, les chercheurs se sont progressivement démobilisés. Dans le même temps, les autres pays redoublaient d'efforts : les Etats-Unis bien sur, mais aussi la Chine, l'Inde et même la Corée. Ce qui se passe en ce moment ne fait qu'aggraver une situation déjà préoccupante.

Quel est votre investissement en R&D dans les semences OGM ?
Encore une fois, ce qui compte est davantage l'effort en biotechnologies végétales. Le notre représente 20% de nos dépenses de recherche. La part consacrée à la transgénèse est de l'ordre de 5%.

Combien d'essais OGM en champ avez-vous fait en 2007 en France et en Europe ?
Très peu ! 5 en France dont 3 détruits.

Même question pour 2008 ?
2008 est partie pour être une « année blanche » pour les essais OGM au champ. Pourquoi ? Parce que le mandat de la CGB, arrivé à expiration fin juin 2007, n'ayant pas été renouvelé, il n'y a plus d'instance en charge de l'évaluation des dossiers. Comme la procédure en vigueur (analyse et consultation du public) prend 120 jours, un renouvellement de mandat au 15 février amènerait un avis au plus tôt 15 juin, beaucoup trop tard pour semer. Concrètement, tous nos essais 2008 sont fait à l'étranger.

Est-ce que le transfert des activités semences dans Vilmorin & Cie a permis d'augmenter cet effort de recherche en OGM ?
Le regroupement de toutes nos activités semences au sein d'une même structure juridique permet de faciliter les coopérations transversales entre les recherches en biotechnologies des branches « grandes cultures » et « potagères ». Beaucoup de technologies étant communes, le potentiel global est renforcé. C'est clairement un plus.

Pensez-vous que les OGM sont devenus incontournables au niveau international ?
Les variétés OGM ont été cultivées sur plus de 100 millions d'hectares dans le monde, dans 21 pays. Les deux tiers des surfaces de soja et plus du quart des surfaces de maïs sont OGM. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Notons au passage que l'Europe importe du soja et du maïs OGM par dizaine de millions de tonnes chaque année et quelle serait bien incapable, y compris la France, de répondre aux besoins de son alimentation animale sans ces importations d'OGM.

En quoi la position de la France et de l'Europe sur les OGM est un danger pour le développement de votre entreprise ?
Les positions actuelles de la France et d'une partie de l'Europe ne sont pas tenables. Limagrain, qui est un groupe international, poursuit son développement avec détermination, en augmentant régulièrement ses efforts de recherche là où c'est possible, en nouant des partenariats avec des organismes de recherche d'envergure mondiale. Les positions prises par la Ministre de la recherche, Valérie Pécresse, vont dans le bon sens. Et nous sommes convaincus que le bon sens finira par l'emporter.

Est-ce qu'au fur et à mesure des années, un écart s'accroit avec les autres semenciers internationaux ? Si oui, à quel niveau ?
Limagrain est le quatrième semencier mondial via Vilmorin & Cie. Le monde de la semence est dans une phase de concentration à laquelle nous participons activement. Nous faisons tout pour éviter que l'écart se creuse ave les leaders. Le partenariat que nous venons de nouer avec Longping High Tech, l'un des leaders de la semence en Chine, témoigne de notre volonté d'aller de l'avant.


Anne Pezet

Partagez l’info :

Partager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedin Partager cet article sur Wikio envoyer à un ami

Effectuer une autre recherche

Rechercher
À la une
Servier

Mediator : plus d'un an après, le scandale se poursuit

"L'affaire Mediator n'a pas eu d'impact sur nos ventes", assurait, en...

Centrale Fessenheim

Nicolas Sarkozy confirme la poursuite de l’exploitation de Fessenheim

A l’occasion d’une visite sur le site de la centrale située...

Drapeau italien

L'Italie face à la réforme du marché du travail

Le président du Conseil italien, Mario Monti, a fort à faire avec un dossier...

Scania

Avec la crise, Scania freine en douceur

Après une très bonne année 2011, le constructeur suédois de poids-lourds a pris...


© L'Usine Nouvelle    - Publicité- Conditions générales d'utilisation - RSS - Pour nous contacter