InternationalPRUDENCE SUR LE GRAND EXPORTTandis que la santé des Etats-Unis hypothèque celle des pays d'Asie et d'Amérique latine, le commerce intra-européen conserve tout son attrait. En particulier à l'Est.
Publié le | L'Usine Nouvelle n° 2765International
PRUDENCE SUR LE GRAND EXPORT
Tandis que la santé des Etats-Unis hypothèque celle des pays d'Asie et d'Amérique latine, le commerce intra-européen conserve tout son attrait. En particulier à l'Est.
L'année 2001 ne sera pas " pépère " pour nos PME exportatrices ! Les nuages qui s'amoncellent dans le ciel américain font craindre des orages un peu partout dans le monde. C'est en substance le message adressé par la Coface à l'occasion de la présentation de son panorama mondial des " risques pays ", le 30 janvier. Après avoir atteint un plancher à la mi-2000, le taux d'impayés, symptomatique des santés macro- et micro-économique d'un pays, s'oriente à la hausse. Modérément, certes, mais assurément. La Compagnie française d'assurance pour le commerce extérieur met particulièrement en garde contre l'Asie. " Les économies de ces pays reposent fortement sur l'export et le secteur électronique, aujourd'hui sur la sellette. Tandis que la reprise très nette de l'an dernier a remis à plus tard les réformes structurelles ", avertit Sylvia Greisman, responsable des études et statistiques à la direction du " risque pays ". Et les dernières nouvelles ne sont pas totalement rassurantes. Aux Philippines, les problèmes économiques n'ont pas disparu avec le départ de Joseph Estrada. En Thaïlande, l'arrivée au pouvoir de Thaksin Shinawatra, homme d'affaires à succès et milliardaire, inquiète les analystes, qui craignent que son programme économique " audacieux " n'alourdisse un peu plus la dette publique. Cela alors que le Japon, locomotive traditionnelle de la région, fait du surplace ! Ce qui pousse le ministre de l'Economie, Laurent Fabius, à reconnaître : " Le Japon, plus j'y vais, moins je comprends ! " Particulièrement alarmiste, Patrick Artus, directeur de la recherche et des études économiques de la Caisse des dépôts et consignations, estime que le Pays du Soleil-Levant connaîtra une croissance très lente pendant encore de nombreuses années. L'horizon n'est guère plus dégagé en Amérique du Sud. Là encore, tout va dépendre de la gravité de la crise américaine. L'Argentine, en particulier, suscite des inquiétudes. " Le FMI nous a sauvés cette fois, avec 40 milliards de dollars. Mais il convient d'être sélectif et de procéder avec précaution dans ce pays d'ici à avril prochain ", conseille Martin Redrado, président de Fundacion Capital, à Buenos Aires. Où donc exporter sans trop de risques en 2001 ? En Europe, bien sûr ! Tandis que le gouvernement encourage les industriels français à persévérer dans les pays émergents - en priorité en Amérique latine et en Asie, justement -, les experts de la Coface, à commencer par son P-DG (voir ci-contre), les incitent vivement à se concentrer sur l'Europe. Avec trois bémols, toutefois. L'Italie, tout d'abord, seul pays parmi les dix premiers clients de la France (par ordre décroissant, Allemagne, Espagne, Royaume-Uni, Italie, Etats-Unis, Belgique, Pays-Bas, Suisse, Japon et Portugal) à être noté A2. Les autres étant tous A1. " L'Italie est un pays traditionnellement risqué, mais la situation des entreprises s'est dégradée l'an dernier ", souligne Sylvia Greisman. Autre point noir : le Royaume-Uni. " L'automobile, mais aussi l'électroménager et le textile sont mal orientés, et ce notamment en raison de la livre ", ajoute Sylvia Greisman. Or les derniers sondages d'opinion outre-Manche ne laissent pas présager une adhésion rapide à l'euro. Enfin, la Grèce. Noté A2, le pays a réussi son entrée dans l'Union européenne, mais nombre d'entreprises peinent à s'adapter aux nouvelles règles de concurrence. Au-delà de l'Europe occidentale, les exportateurs français peuvent s'aventurer sans risque majeur dans les pays de l'Est. Désormais, le taux d'impayés des entreprises de cette zone est plus faible que celui de l'Amérique du Nord ! Or, si l'on en croit Katarzyna Zukoswska-Gagelmann, économiste à la Bayerische Hypo-Vereinsbank, à Munich, les Peco (Pays d'Europe centrale et orientale) vont devenir les champions de la croissance, avec des taux annuels moyens de progression du PIB de 5,5 % jusqu'en 2010. Plus ou moins téméraires, nos exportateurs français pourront toujours recourir au tout nouvel outil d'évaluation des risques de la Coface, qui complète la notation entreprise de la solution @rating. Cette notation pays @rating évalue le niveau moyen de risque d'impayés présenté par les entreprises d'un pays, autrement dit dans quelle mesure l'engagement financier d'une entreprise dépend des perspectives économiques, financières et politiques de son pays.
L'INVITÉ
François David , P-DG de la Coface
" A l'évidence, l'heure est à la globalisation des risques dans les pays émergents "
Quels sont les pays qui poseront problèmes en 2001 ?
Les Etats-Unis, bien sûr, pour lesquels nous prédisons une évolution heurtée, fonction des décisions des autorités monétaires, d'une part, et de celles des autorités budgétaires, d'autre part. Le Japon constitue une autre source de préoccupations. Ni les exportations, ni l'investissement, ni la consommation ne semblent pouvoir sortir le pays de la crise. Autre zone que nous surveillons de près : les pays émergents. Il est surprenant de noter comment les crises se propagent désormais entre ces pays. En 1997, la crise dans le Sud-Est asiatique a touché des pays qui commerçaient entre eux. Aujourd'hui, la contagion a lieu sans qu'il existe forcément de relation commerciale. On l'a vu avec l'Argentine, où la crise a éclaté le 10 novembre, et avec la Turquie, prise dans la tourmente le 17 novembre, alors même que rien ne soit venu aggraver sa situation économique en sept jours. A l'évidence, l'heure est à la globalisation des risques dans les pays émergents.
Quels conseils donner aux exportateurs français ?
Rester concentrés sur le Vieux Continent. A ce jour, l'Europe présente les perspectives de croissance les plus sympathiques et les risques d'impayés les plus minimes. Pourquoi aller chercher ailleurs ? Propos recueillis par V. M.

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