INSPECTION GÉNÉRALE DES CENTRALES
Par PAR LUDOVIC DUPIN - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3232
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La France, puis l'Union européenne, vont commanditer des tests de sûreté des centrales nucléaires. Les 58 réacteurs français devront prouver leur capacité à encaisser des risques extrêmes.
Un séisme destructeur en Alsace, un tsunami dans l'océan Atlantique, des tempêtes en mer du Nord... Épisodes improbables ? Le tsunami géant qui a suivi le tremblement de terre du 11 mars au Japon prouve que les pires catastrophes sont possibles et qu'elles peuvent se cumuler. Ce qui a conduit le gouvernement à annoncer un audit des 19 centrales françaises, trois jours après la catastrophe nippone. « Nous allons tester la résistance de chacune de nos centrales », a précisé le Premier ministre François Fillon.
À la manoeuvre ? L'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) qui réalise déjà 450 visites par an dans les 58 réacteurs. Cet audit supplémentaire se concentrera sur « le risque sismique, le risque d'inondation, le risque de rupture des moyens de refroidissement et les outils permettant de faire face aux situations extrêmes de fusion totale ou partielle du coeur », a indiqué Éric Besson, le ministre de l'Industrie et de l'Énergie. Leurs résultats seront rendus publics. Plusieurs voix se sont élevées pour que ces audits ne soient pas confiés à la seule ASN. Le président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, Jean-Marc Ayrault, a jugé nécessaire « que les analyses soient pluralistes et croisées. C'est une démarche nécessaire pour adopter des normes internationales ». Un voeu qui sera exaucé, puisque le commissaire européen à l'Énergie, Günther Oettinger, a annoncé le lancement de tests de sûreté sur les 144 réacteurs européens. En avril, des experts définiront les modalités techniques de ces tests. Il s'agira d'évaluer les conséquences éventuelles d'inondations, de séismes, de tsunamis, d'attaques terroristes et autres coupures d'électricité.
Qu'ils soient français ou européens, l'enjeu est bien d'évaluer la résistance des réacteurs en milieu hostile. « Nous allons isoler complètement un réacteur et voir s'il peut encore être refroidi », résume Jacques Foos, titulaire de la chaire « rayonnements isotopes et applications » au Cnam. « Les tests de résistance montreront que les réacteurs ne satisfont pas tous aux plus hautes normes de sécurité », a prédit le commissaire européen. L'Allemagne a anticipé ces échecs en stoppant sept de ses centrales, âgées de plus de trente ans. Un signal fort envoyé à toute l'Europe. Henri Proglio, le président d'EDF, écarte pourtant cette notion d'âge : « Qu'une centrale ait 10, 20 ou 30 ans, les notions de sûreté sont toujours mises à jour », a-t-il expliqué devant les députés. « Si on décide de fermer une centrale, c'est parce que l'ASN considérera qu'elle doit être fermée, a prévu François Fillon. L'âge n'est pas un critère suffisant. »
Un investissement supplémentaire pour EDF
Pourtant, les plus anciennes unités sont bien dans le viseur des antinucléaires, à commencer par la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin), construite en 1977 sur une zone sismique. Thierry Rosso, son directeur, ne s'inquiète pas : « Le risque de séisme a été pris en compte et rehaussé régulièrement. » En 2008, le bâtiment électrique a ainsi été renforcé avec de nouvelles cloisons et l'intégration de raidisseurs. Thomas Houderé, le directeur des centrales nucléaires à l'ASN, rappelle que l'autorité « a déjà demandé des fermetures de sites nucléaires pour causes sismiques », comme l'Atelier de technologie du plutonium du CEA à Cadarache (Bouches-du-Rhône) en 1998. David Dornbusch, le président de l'ONG Cleantuesday, ancien chercheur du CEA et d'Areva, pense qu'EDF « devra faire des concessions et fermer une demi-douzaine de sites tels le Blayais (Gironde), Fessenheim et Le Tricastin (Drôme - Vaucluse) ».
Quel que soit le résultat des audits, EDF va devoir investir davantage que ce qu'il prévoyait dans ses 19 centrales. « Beaucoup de spécialistes, sinon tous, ont été très surpris de voir qu'on pouvait perdre en même temps l'électricité et les générateurs diesel, c'est cataclysmique », souligne Philippe Jamet, commissaire de l'ASN. François Fillon a annoncé que ces tests pourraient « obliger EDF à investir dans la mise en place d'un système mobile pour suppléer les systèmes de secours d'une centrale qui serait dans la situation de la centrale japonaise ». Système faisant défaut dans l'Hexagone. Paradoxalement, le réacteur EPR de troisième génération en construction à Flamanville (Manche) pourrait payer les défaillances de la centrale de Fukushima. Le professeur Jacques Foos, membre de la commission locale d'information de Flamanville, estime que les bâtiments abritant les groupes diesel de secours seraient noyés par une vague de 9 mètres. Il appelle donc à les loger en haut de la falaise, située 20 mètres au-dessus du niveau de la mer. L'ASN réfléchirait déjà à la question.
À peine les centrales japonaises de Fukushima Daiichi commençaient-elles à chauffer, que les Français se demandaient si leurs réacteurs auraient mieux résisté... « Les centrales françaises et japonaises appartiennent à la même grande famille des réacteurs à eau légère. Les réacteurs japonais sont à eau bouillante (REB) et les français sont à eau pressurisée (REP). Ce n'est pas une distinction fondamentale », précise André-Claude Lacoste, président de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN). L'ancêtre commun des réacteurs japonais et français est américain. General Electric a construit les premiers réacteurs de Fukushima dans les années 1970. Westinghouse a fourni la technologie du premier réacteur de Chooz (Ardennes) construit en 1967 et arrêté en 1991. La grande différence entre les REB japonais et les REP français ? Les premiers possèdent un circuit d'eau unique entre le coeur et la turbine, quand les seconds possèdent deux circuits d'eau distincts. Le REB est moins cher et moins complexe que le REP, ce dernier étant censé confiner un peu mieux la radioactivité. Confronté à la puissance du tsunami japonais du 11 mars, un réacteur français n'aurait sans doute pas mieux supporté la perte de son alimentation électrique et, donc, de sa source de refroidissement. Loin d'être abandonnée, la technologie à eau bouillante a toujours la faveur de plusieurs pays. Areva développe d'ailleurs avec l'allemand E.on un réacteur de troisième génération à eau bouillante appelé Kerena.

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