INOFORGES DANS LES VALISES DE SON CLIENT
Par À SUZHOU, PIERRE-OLIVIER ROUAUD - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3231
© PIERRE-OLIVIER ROUAUD
Le groupe de forge de non ferreux a été soutenu par Schneider Electric pour s'implanter à Suzhou. Une aventure exigeante.
Dans le vaste hall de production un peu vide, une poignée d'opérateurs s'affairent autour d'une presse de forge. De la taille d'un palet de hockey, des bruts en laiton sont chauffés au chalumeau avant de passer à la machine pour des tests. Alban Brisset, le jeune patron d'Inoforges China, lance une discussion animée en mandarin avec son chef de production... Entre ces subtils réglages pour fabriquer la nouvelle valve en laiton vouée au médical, l'embauche des ouvriers pour remplacer ceux évaporés avec le nouvel an et les finitions du bâtiment à régler avec le propriétaire, il n'a guère le temps de souffler. « Nous avons déménagé voilà cinq mois. Avec 5 400 m2, nos locaux ont quadruplé, mais nous anticipons. J'attends une nouvelle forgeuse », explique ce polytechnicien de 32 ans passé chez Saint-Gobain.
Ce développement, l'entreprise le doit pour partie à Schneider. Car en Chine tout arrive, même qu'un groupe amène un fournisseur dans ses valises. En 2004, Schneider, pour qui Inoforges fabrique notamment des contacteurs en cuivre moyenne tension, le sollicite pour ses sites chinois. « Il ne trouvait pas la qualité voulue. J'avais bien ce pays dans mes projets mais pas de suite », relate Emmanuel Vieilliard, le PDG d'Inoforges. Pour le convaincre, Schneider avance un argument choc : un volant d'affaires assuré sur trois ans. L'affaire est conclue. « Ce type d'accord est d'un intérêt mutuel, nous l'avons fait avec d'autres sociétés comme R.Bourgeois », dit Mourad Tamoud, directeur supply chain China de Schneider Electric. Depuis six ans, Inoforges s'est donc installé à Suzhou à 100 km de Shanghai sur le SIP, l'un des plus grands parcs industriels du pays (250 km2), comprenant même une ville nouvelle.
Faire des produits complexes
« Nous avons débuté de zéro avec une machine et trois personnes. Nous en sommes à 80 salariés et 5 millions d'euros », se réjouit le PDG. Inoforges a élargi sa clientèle. Formé en France, le directeur commercial est chinois, mais les marchés avec des clients 100 % locaux sont durs. Certains produits comme les valves standards en laiton, traitées comme des commodités, sont payées au poids ! « Les prix sont bas alors que les salaires sont en hausse de 20 %, le gaz de 30 %... Il faut faire des produits complexes, c'est le seul moyen de se distinguer. Nous vendons pour le marché chinois, mais surtout à des groupes étrangers, avec, outre Schneider et Areva T et D, Siemens ou ABB », relate Alban Brisset.
Pas d'inquiétude en tout cas sur la croissance. Hors l'énergie, il y a des perspectives dans le médical ou le luxe, et le marché croît de 20 % par an. Un rythme exigeant. « Il faut sans cesse réinvestir. Cela donne lieu à des discussions serrées avec le siège », dit Alban Brisset. Bref, la conduite des affaires est rude. Même pour la localisation. Ainsi, le parc SIP est en mutation. Après des déboires, il a été repris en main par les autorités avec une autre orientation. Priorité désormais à la technologie ou aux cleantechs. Pas sûr que dans un an ou deux le SIP accepte encore des sous-traitants. En attendant, notre forgeron compte bien profiter de sa place. Dans un rayon de 50 km sont installés presque tous ses clients potentiels au plan mondial.
BIEN S'ENTOURER. Pour son implantation, Inoforges s'est appuyé sur Cohesium, un consultant parisien pour l'approche. Les aspects juridiques, notamment le contrat de location du site initial et l'obtention de la « business licence » l'indispensable sésame, ont été confiés au cabinet Gide Loyrette Nouel. Pour l'ingénierie du site actuel, l'entreprise a choisit SIP, un gros cabinet britannique de « project management » à Shanghai, comprenant une équipe française. Quant au recrutement du patron actuel, sous contrat local, elle s'est faite via l'Apec.











